Deux Argentins du nom de Cerúndolo figurent parmi les 32 joueurs restants du tableau principal de Roland-Garros. Les deux frères originaires de Buenos Aires, dont les destins tennistiques ne se sont croisés qu’une seule fois lors d’un match officiel – en 2025 au tournoi ATP 250 de la capitale argentine, remporté par l’aîné Francisco – sont toujours en lice sur la poussière ocre de Roland-Garros.
Ils sont devenus les troisièmes frères de l’histoire du tournoi à atteindre le troisième tour. Auparavant, les Mayer (Gene et Sandy) l’avaient fait en 1979, puis les Zverev (Alexander et Mischa) en 2018.
Le cadet face au mur Sinner
Pourtant, rien ne prédestinait le plus jeune des deux frères, Juan Manuel Cerúndolo (24 ans), à un tel parcours. Le tirage au sort du tableau principal l’avait placé dans la partie du numéro 1 mondial, Jannik Sinner, qu’il a affronté dès le deuxième tour, après un succès 6-3, 6-0 face à Jacob Fearnley (125e mondial).

C’est donc face au robotique Jannik Sinner que l’Argentin jouait son destin à Roland-Garros, lui qui n’avait jamais dépassé le stade du deuxième tour en Grand Chelem depuis le début de sa carrière professionnelle en 2018.
Sans surprise, Jannik Sinner a déroulé dès les premiers échanges, breakant Cerúndolo d’entrée de jeu. L’Italien du Tyrol ne semblait pas perturbé par la chaleur accablante qui plongeait le Chatrier dans une lutte interminable avec les rayons du soleil. Résultat : en 1h22 de jeu, Sinner menait deux sets à zéro (6-3, 6-2). Impérial, le numéro 1 mondial a ensuite remporté les quatre premiers jeux de la troisième manche, continuant de démontrer une supériorité totale dans cette édition de Roland-Garros, qui semblait lui tendre les bras.
« Je suis désolé pour lui »
Mais à 5-1 dans la troisième manche, Jannik Sinner a été stoppé net et s’est brutalement effondré. Incapable de retrouver son intensité initiale, le numéro 1 mondial a finalement été renversé par Juan Manuel Cerúndolo en cinq sets 3-6, 2-6, 7-5, 6-1, 6-1. Certains ont évoqué des crampes ou une défaillance physique ; lui n’a pas voulu réduire sa défaite à la seule chaleur. Méconnaissable, fragilisé, incapable de se mouvoir normalement, le colosse italien a mis un genou à terre. Ce n’est pas la première fois que, sous des conditions éprouvantes, le joueur italien souffre physiquement.
« Je ne me sentais pas bien sur le court, ma tête tournait, je n’avais plus d’énergie, rien ne sortait », a indiqué l’Italien en conférence de presse une heure après son élimination prématurée.
« C’est étrange, je n’avais pas d’énergie, je ne pouvais pas faire plus. En Grand Chelem, il y a toujours des jours où tu ne te sens pas bien. Je me suis pris un mur, et c’est difficile de savoir exactement pourquoi. Quand j’ai des soucis d’habitude, je trouve des solutions. Mais personne n’est un robot. Il faisait chaud, mais pas tant que ça, les conditions étaient bonnes pour jouer. C’était moi. »

À Shanghai et à Melbourne, plus tôt cette saison, il avait déjà connu deux épisodes difficiles dans des conditions météorologiques qu’il juge plus éprouvantes : « À Shanghai et en Australie, il faisait très chaud avec beaucoup d’humidité, et c’est différent sur les courts en dur, où la chaleur vient d’en dessous. Ici, ça allait, je n’étais pas en train de mourir à cause de la chaleur », a-t-il expliqué.
« Bien sûr que c’est dur pour lui. Il menait le match, je n’arrivais pas à remporter plus de trois jeux par set, donc je pense que j’ai eu un peu de chance. Je suis désolé pour lui, car il mérite de remporter de nombreux tournois du Grand Chelem et méritait de l’emporter dans ce match », a déclaré Juan Manuel Cerúndolo au terme de sa confrontation ambivalente contre Jannik Sinner.
Actuel 56e mondial, Juan Manuel Cerúndolo vient d’enchaîner une septième victoire consécutive, après avoir remporté, en préparation du Grand Chelem parisien, le Challenger de Bordeaux. Il y a notamment signé des succès face à Luca Van Assche, Quentin Halys et Raphaël Collignon, avant que le Belge ne crée lui aussi la surprise à Roland-Garros en éliminant la tête de série n°5 Ben Shelton.
Le cadet devra affronter la pépite espagnole de 20 ans, Martín Landaluce (69e mondial), quart de finaliste au Masters 1000 de Rome, pour pousser encore un peu plus loin ce rêve éveillé.
L’autre Cerúndolo, celui de la continuité
Ayant débuté sa carrière professionnelle en même temps que son petit frère, Francisco Cerúndolo (26e mondial) a connu plusieurs moments de gloire, au cours desquels son aisance sur terre battue s’est révélée aux yeux du circuit.
À 27 ans, Francisco Cerúndolo compte sept finales sur le circuit ATP, dont quatre titres : Bastad en 2022, Eastbourne en 2023, Umag en 2024 et Buenos Aires en 2026. Parmi ces sept finales disputées, six se sont déroulées sur terre battue, tandis que son sacre à Eastbourne avait été obtenu sur gazon. Souvenez-vous : il y a deux ans, il avait été éliminé par Novak Djokovic en huitième de finale de Roland-Garros, après avoir dominé l’Américain Tommy Paul.

Ayant atteint son meilleur classement il y a environ un an, Francisco Cerúndolo arrive à la porte d’Auteuil avec un statut d’outsider expérimenté sur terre battue, un profil idéal dans le contexte particulier de cette édition 2026. Ses deux premiers matchs ont été des formalités, tous deux remportés en quatre sets, contre Botic van de Zandschulp (55e mondial) et le Toulousain Hugo Gaston (118e mondial).
Pour le compte du troisième tour, Francisco fait face à la fougue de la jeunesse américaine, Zachary Svajda (85e mondial), bourreau de deux Australiens, Alexei Popyrin et Adam Walton.
Imaginez un instant un scénario idéal pour les deux frères argentins : ils pourraient se retrouver tous deux en demi-finale de Roland-Garros, dans la partie haute du tableau. Un scénario inédit, que leur entraîneur commun, Kevin Konfederak, aurait probablement du mal à gérer.