Moïse Kouame est tout simplement le plus jeune joueur à atteindre le troisième tour d’un tournoi du Grand Chelem depuis Rafael Nadal en 2003. Malgré ses 17 ans, le Français a fait preuve d’une maturité déconcertante, alors qu’il disputait son premier match en cinq sets en Grand Chelem.
Une bataille à deux visages
Après avoir survolé le premier tour en éliminant Marin Čilić, 46e mondial, en trois sets, l’adolescent de Sarcelles a été poussé dans ses retranchements cet après-midi face au Paraguayen Daniel Vallejo, dans une bataille en cinq manches. Moïse Kouame a démarré de la meilleure des manières, prenant les devants pour mener deux sets à zéro après deux heures de jeu. Tout semblait sous contrôle et le Français repartait sur les mêmes bases que lors de son entrée en lice, deux jours plus tôt.

Malheureusement, une baisse de régime, autant physique que mentale, a fini par rattraper la fraîcheur de son jeu. Il concède alors les deux sets suivants au Sud-Américain, qui revient à hauteur de Moïse Kouame avant d’entamer un dernier set palpitant. Les deux joueurs se rendent coup pour coup.
Tous deux rêvent de se qualifier pour la première fois au troisième tour de Roland-Garros. Les jeux s’enchaînent et Vallejo mène 5-2. La victoire semble avoir choisi son camp, tandis que Kouame fait preuve de moins de clairvoyance et de lucidité. Une situation finalement assez logique après plus de 4 h 30 de jeu, à seulement 17 ans.
Cinq heures au bout de la folie
Mais l’adolescent ne va jamais abdiquer. Moïse Kouame réalise l’exploit sensationnel de revenir petit à petit dans la rencontre, jusqu’à recoller à 5-5. Le court Suzanne-Lenglen est en fusion. Les supporters tricolores n’en croient pas leurs yeux. Témoins de ce moment historique, les spectateurs entonnent à plusieurs reprises : « Mo-ïse ! Mo-ïse ! Mo-ïse ! », lui donnant la force et l’abnégation nécessaires pour tout donner jusqu’au bout.

Le super tie-break approche à grands pas et semble inévitable. Moïse Kouame l’entame parfaitement et mène 5-0 au changement de côté, à mi-chemin de la victoire, avant de voir Vallejo revenir jusqu’à reprendre l’avantage à 7-6. Plus rien n’est certain. Les échanges sont tendus, l’atmosphère sur le court Suzanne-Lenglen est électrique, presque irrespirable.
Au bout de l’effort, c’est finalement Moïse Kouame qui s’impose 7-6 dans la cinquième manche, 10-8 au super tie-break. Daniel Vallejo, 22 ans, tire sa révérence, tandis que le Français s’effondre au milieu du court, sans réellement mesurer l’ampleur de l’exploit qu’il vient d’accomplir.
« Merci parce que franchement, sans vous, je n’aurais jamais gagné ce match »
En interview d’après-match, Moïse Kouame adresse ses premiers mots au public français :
« Merci parce que franchement, sans vous, je n’aurais jamais gagné ce match. Je pense que vous ne vous rendez même pas compte à quel point vous m’avez porté. Vous devez être plus fatigués que moi à force de crier comme ça. »
Moïse interrompt ensuite sa prise de parole pour demander de l’eau à l’un des ramasseurs de balles présents sur le côté du court. Déshydraté sous un soleil étouffant, il peine à trouver les mots, épuisé physiquement.

Interrogé sur son état d’esprit lors du super tie-break, Moïse Kouame explique l’origine de sa résilience :
« L’année dernière, j’ai assisté à la finale de Carlos Alcaraz, où il avait effacé trois balles de match. Il avait dit de ne jamais cesser d’y croire. C’est ce que j’ai fait aujourd’hui grâce à vous. »
Le prodige français de 17 ans affrontera un autre Sud-Américain, plus expérimenté cette fois : Alejandro Tabilo, 36e mondial, qui a bénéficié du forfait du Monégasque Valentin Vacherot, touché au pied gauche. Le rendez-vous avec l’histoire est pris pour Moïse Kouame, désormais invité surprise du troisième tour à Roland-Garros.