Les fans de basketball du monde entier ont assisté à une soirée invraisemblable la nuit dernière dans les rues de New York, au Madison Square Garden. Un match à suspense, renversant, dont l’issue vertigineuse rappelle à quel point le basketball est un sport imprévisible.
Une remontada construite dans l’ombre
Les New York Knicks ont marqué l’histoire de la NBA en remontant un déficit de 29 points au début du troisième quart-temps pour finalement s’imposer d’un seul petit point (107-106), prenant ainsi les devants 3-1 dans la série. Pourtant, les San Antonio Spurs de Victor Wembanyama semblaient tout maîtriser pendant une grande partie de la rencontre. Une équipe supérieure dans l’organisation, le jeu proposé, l’intensité et la volonté affichée dès les premières minutes.

49-76 à la mi-temps, puis 52-81 au début du troisième quart-temps : un écart abyssal, alors que les Spurs semblaient tout contrôler pour égaliser dans la série. Mais c’était sans compter sur les New York Knicks et surtout sur deux de leurs hommes forts : Jalen Brunson (36 points, 7 passes décisives et 3 interceptions) et OG Anunoby (33 points, 1 contre et 7 tirs à trois points inscrits).
La main d’OG
Au début de l’ultime quart-temps, la franchise orange et bleue accuse encore un retard de 15 points (75-90). Pourtant, les hommes de Mike Brown vont réussir l’improbable.
Le héros de cette soirée, qui restera dans les annales des Finales NBA, se nomme OG Anunoby. L’ailier britannique des Knicks, âgé de 28 ans, a livré une dernière minute de jeu parfaite, déterminante dans l’issue de la rencontre. Avant de sceller le destin du match, Anunoby est à l’origine d’un contre monumental sur De’Aaron Fox, annihilant la tentative du meneur des Spurs près du cercle et offrant à ses coéquipiers l’opportunité de reprendre l’avantage (105-106). À cet instant, il était encore loin de se douter qu’il allait également signer l’action décisive de la rencontre.

Alors que les Knicks doivent absolument marquer avec 5,7 secondes à jouer, Jalen Brunson tente un tir très lointain qui manque sa cible. Mais Anunoby s’élève plus haut que tout le monde, libre de tout marquage, pour effleurer le ballon du bout des doigts et le rediriger dans le filet. Les Knicks passent devant à 1,2 seconde du terme.
Portés par un Madison Square Garden en fusion, les New-Yorkais empêchent ensuite les Texans de se procurer une ultime occasion. Une fin de match irrespirable qui fait basculer une rencontre déjà entrée dans la légende.
Le Madison Square Garden s’en mêle
La tâche s’annonce désormais quasi impossible pour les San Antonio Spurs. Les statistiques ne plaident d’ailleurs pas en leur faveur : seuls les Cleveland Cavaliers sont parvenus en 2016 à remonter un déficit de 3-1 en Finales NBA. Un exploit signé LeBron James, Kyrie Irving et Kevin Love face aux Golden State Warriors de Stephen Curry, Andre Iguodala, Klay Thompson et Draymond Green.
La franchise à l’étrier peut s’en vouloir : si la stratégie s’est révélée irréprochable en première mi-temps, la dérive tactique et physique est frappante après la pause. Au terme du temps réglementaire, les oublis défensifs à répétition des Spurs leur coûtent le match. En attaque, les schémas se répètent et manquent de variation : le jeu est statique, prévisible, et le manque d’inspiration cristallise l’impuissance face au poids de l’histoire.

Les Spurs ont voulu tuer le match à coups de tirs longue distance, un exercice dans lequel aucun d’entre eux n’a véritablement brillé après la pause. Arme du crime à l’appui : Victor Wembanyama, franchise player, termine la rencontre à 2/8 à trois points, ainsi qu’à 9/25 au tir. À 2m24, difficile d’afficher une telle inefficacité dans un match de cette importance.
L’addition est salée. Cet effectif, qui paraissait explosif et entreprenant, apparaît désormais comme une équipe en manque de maturité, presque naïve, trop jeune face à la lourdeur de l’enjeu.
« Il faut ressentir la douleur et le dégoût »
En conférence de presse d’après-match, Victor Wembanyama a été interrogé sur l’issue du Game 4. Ayant du mal à prendre du recul face à ce qui s’est passé sur le parquet, le pivot tricolore peine à trouver les mots : « Je ne peux pas vraiment l’expliquer en ce moment. Je ne sais pas. Ce sont des problèmes d’exécution, de gourmandise. On n’était pas l’équipe la plus affamée en deuxième mi-temps. »
Quant à la suite de la série, celle-ci s’annonce palpitante puisque, dos au mur, les Spurs sont désormais dans l’obligation de gagner pour rester en vie.
« Je pense qu’après ça, il y a deux chemins : un bon et un mauvais. Le mauvais, c’est d’abandonner. Le bon, c’est de devenir plus fort grâce à ça, de se rassembler. Je sais que c’est ce qu’on va faire. Il n’y a pas de mode d’emploi pour rebondir après ça, poursuit Victor Wembanyama. Je ne sais pas s’il faut digérer cette défaite. Je pense qu’il faut ressentir la douleur, le dégoût. Ça ne s’apprend pas : soit on a ce qu’il faut, soit on ne l’a pas. »

Plus tard dans la soirée, les San Antonio Spurs ont regagné leur hôtel de Manhattan, à dix minutes du Madison Square Garden, un retour tendu où la ferveur des supporters des Knicks aurait pu virer au cauchemar. Après les incidents survenus lors du Game 3 et l’agression de plusieurs fans des Spurs, des vidéos relayées par plusieurs médias américains montrent des supporters new-yorkais massés devant l’hôtel des Spurs, avec au moins un projectile lancé en direction de Victor Wembanyama alors qu’il descendait du bus et se dirigeait vers l’entrée de l’hôtel. Accueilli par une foule hostile contenue par des barrières, le Français de 22 ans est devenu en quelques jours l’ennemi public numéro un à New York. Au milieu des chants « Knicks in five », Wembanyama s’est retourné quelques secondes avant de poursuivre sa route.
Les deux jours de transition à venir avant le Game 5 devraient faire du bien aux Spurs, qui doivent se remettre en question et se remobiliser. Ils seront de retour en terre texane ce jeudi pour préparer le match suivant, programmé dans la nuit de samedi à dimanche.