Depuis le début du XXIe siècle, les sportifs de légende se sont succédé, tous aussi divers les uns que les autres. Chacun a marqué l’histoire de sa discipline, mais peu parviennent à laisser une empreinte au-delà de leur pratique sportive. Tout comme son aîné Michael Jordan, LeBron James fait partie de ces athlètes dont l’héritage ne se limite pas aux simples résultats sur les parquets, et c’est là que toute sa grandeur en fait une légende incontournable, élue par le magazine TIME, à la plus haute marche du Top 100 des sportifs les plus influents du XXIe siècle.
Parmi cette liste exhaustive, d’autres athlètes ont sans doute pu placer leur nom dans les discussions du choix de la couverture. Mais c’est sans grande hésitation que Sam Jacobs, rédacteur en chef de TIME, explique ce choix :
« Nous l’appelons l’athlète du siècle non seulement pour ses performances sur le terrain, mais aussi parce qu’au fil de sa carrière, il a redéfini ce que signifie être un sportif professionnel dans la sphère publique. À travers son engagement politique et ses activités entrepreneuriales, James a établi un nouveau standard pour les générations à venir, ainsi que pour ceux qui figurent à ses côtés dans cette liste, éditée par Lori Fradkin, Cate Matthews et Mark Selig. »
Un règne de longévité et de records
Dans cette consécration, le socle sportif de LeBron James reste un atout à ne pas négliger. À 41 ans, le numéro 1 de la Draft 2003 repousse les limites du possible en NBA. Après 23 saisons passées au plus haut niveau mondial, clin d’œil à son numéro de maillot, le « King » continue de faire tomber les records de longévité dans une ligue qui se rajeunit d’année en année.
Quadruple champion NBA et quadruple MVP des Finales, ainsi que quadruple MVP de la saison régulière, il est également triple champion olympique avec Team USA (2008, 2012 et 2024). L’enfant de l’Ohio s’est imposé comme l’un des basketteurs les plus dominants de son époque.

Le 7 février 2023, il est devenu le meilleur marqueur de l’histoire de la NBA en saison régulière, en dépassant Kareem Abdul-Jabbar face à l’Oklahoma City Thunder. En mars 2026, il a également dépassé Abdul-Jabbar pour devenir le joueur ayant inscrit le plus grand nombre de paniers en carrière NBA. Bref, LeBron James cumule tellement de records qu’il serait possible d’en remplir plusieurs ouvrages.
Mais au-delà de son armoire à trophées, ou devrais-je plutôt dire musée, ce sont tous les « à-côtés » qui font de son parcours une mémoire qui, sans aucun doute, traversera les décennies. LeBron James n’est pas qu’un sportif, c’est un athlète complet, autant dans ses missions sous les maillots des Lakers, des Cavaliers ou du Heat, mais aussi dans sa manière d’explorer d’autres domaines, sans avoir peur de mouiller sa réputation.
Quand le sport devient tribune
Avec rigueur, talent, intelligence de jeu et obsession de la condition physique, James est parvenu à bâtir un palmarès XXL en NBA. C’est avec cette même démarche et une once de curiosité qu’il a également investi d’autres secteurs, en dehors des terrains.
Contrairement à de nombreuses superstars avant lui, LeBron James a utilisé sa notoriété pour développer des entreprises, investir dans le sport et la technologie, défendre des causes politiques et sociales et soutenir sa communauté d’Akron, dans l’Ohio.
TIME insiste là-dessus en retraçant notamment la création de son empire économique avec son ami d’enfance devenu agent, Rich Paul, ainsi que Maverick Carter et Randy Mims. D’une certaine manière, selon Rich Paul, LeBron James a changé les règles du jeu en refusant de laisser les grandes entreprises ou les dirigeants traditionnels décider à sa place.

Parallèlement, le « King » ne craint pas la politique et son engagement quotidien en fait un activiste régulier, sans jamais créer de polémique par des propos déplacés. Tout est millimétré et cela fonctionne. Il a notamment exprimé son soutien à la famille de Trayvon Martin, un Afro-Américain de 17 ans, non armé et assassiné en 2012 en Floride.
LeBron James a aussi pris position contre les violences policières et critiqué le président américain Donald Trump. Son initiative More Than a Vote, lancée en juin 2020, en marge des manifestations Black Lives Matter après les meurtres de Breonna Taylor et George Floyd, est une association qui défend les droits de vote des Afro-Américains. Elle est soutenue par plusieurs athlètes, notamment des joueuses de WNBA.
Un empire médiatique en construction
Dans la continuité de son immense carrière sportive, LeBron James est à la tête d’un véritable empire médiatique. Avec Uninterrupted et SpringHill Company, il produit des émissions, des documentaires et même des films afin de permettre aux athlètes de raconter eux-mêmes leurs histoires.
LeBron James apparaît notamment dans l’émission américaine The Shop, créée par Paul Rivera. Ce talk-show trouve son origine dans l’enfance de James :
« Quand j’étais enfant, aller chez le coiffeur signifiait écouter les adultes parler de sport, de vêtements, de politique, de musique… Tout se passait dans le salon. C’était un lieu authentique et spontané, où personne n’avait l’impression de devoir cacher sa véritable personnalité. »
D’abord diffusé sur HBO pendant quatre saisons, le programme a ensuite été relancé sur YouTube, où il en est aujourd’hui à sa huitième saison.

L’enfant d’Akron a également lancé son propre podcast avec JJ Redick, intitulé Mind the Game. Cette émission au long format explore les rouages techniques et tactiques du basketball. Les discussions plongent l’auditeur dans des séquences marquantes de sa carrière, analysées et décortiquées en profondeur, tout en abordant l’actualité de la NBA. Depuis la deuxième saison, l’ancien double MVP Steve Nash a rejoint le programme.
En 2021, il suit la lignée de Michael Jordan en jouant dans la suite de Space Jam, Space Jam : Nouvelle Ère, produit par Warner Bros.
Là où certains joueurs en activité utilisent leur plateforme pour multiplier les déclarations polémiques, LeBron James consacre son temps à transmettre sa compréhension du jeu. Car s’il existe un domaine dans lequel le « King » fait quasiment l’unanimité, c’est bien son intelligence basket. Peu de joueurs dans l’histoire ont possédé une telle capacité à lire, comprendre et anticiper le jeu.
Sa plus grande fierté
Dans son entretien avec le correspondant du TIME, Sean Gregory, LeBron James évoque sa plus grande réussite sur le plan personnel :
« Parmi toutes les choses que j’ai accomplies dans le basket-ball, c’est la plus grande réussite que j’aie jamais connue », confie James en parlant de son duo père-fils avec Bronny James aux Los Angeles Lakers, premier duo père-fils à avoir partagé le parquet en NBA, puis à avoir combiné pour une passe décisive dans la ligue.

Après 23 années à faire la même chose, penser, respirer, manger, dormir basketball, une routine millimétrée pour la réussite sportive, il a aussi dû renoncer à certains moments familiaux. « J’ai passé énormément de temps à faire des sacrifices », relate James.
« J’ai consacré une grande partie de ma vie à perfectionner mon métier et, pour cela, j’ai dû renoncer à beaucoup de moments en famille. Une grande partie des dix prochaines années ne consistera pas à récupérer ce temps perdu, parce qu’on ne récupère jamais le temps. Mais ma fille a 11 ans. Je vais me consacrer à elle. Je vais me consacrer à mon épouse. Parce que je voulais devenir le plus grand joueur de l’histoire, je n’ai pas toujours pu être le mari et le père que j’aurais voulu être. »
Lorsque Sean Gregory évoque sa retraite, qui, avec ses 41 ans, semble se rapprocher, LeBron reste volontairement évasif. Il affirme que son avenir en NBA est dicté par sa passion pour le basketball, même s’il reconnaît vouloir consacrer davantage de temps à sa femme Savannah et à ses enfants, notamment sa fille Zhuri, 11 ans.
L’éternel débat du GOAT
Peu importe le nombre de matchs ou d’années qu’il lui reste dans les jambes, lorsque LeBron James décidera de raccrocher définitivement les baskets, il mettra un point final à un parcours sans précédent. La fin de près d’un quart de siècle de joies, de remises en question, de succès, d’échecs et de rebonds, qui s’évaporeront dans un air de nostalgie pour tous ceux qui auront pu constater, de près ou de loin, la grandeur de sa carrière et du sportif qu’il était.

Et même s’il refuse de se proclamer lui-même l’athlète le plus influent des cinquante dernières années, lorsqu’il est question du débat sur le GOAT du basket-ball, il n’hésite pas :
« Je ne choisirais personne avant moi. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais je pense que Michael Jordan dirait la même chose… Kobe aurait dit la même chose. Magic Johnson aussi. Larry Bird aussi. Shaquille O’Neal également. Wilt Chamberlain. Kareem Abdul-Jabbar. Aucun d’entre nous ne choisirait quelqu’un d’autre. Si un directeur général avait le premier choix de la draft et nous voyait tous alignés devant lui, il serait difficile de ne pas me sélectionner. »