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Roland-Garros 2026 : comment l’Italie a pris le pouvoir

Les favoris tombent les uns après les autres à Roland-Garros, à l’exception de Zverev. Dans ce chaos, l’Italie tire son épingle du jeu avec deux demi-finalistes et la certitude d’un représentant en finale dimanche - avec, surtout, une première masculine en Grand Chelem à l’ère Open : une demi-finale 100 % italienne. Si cette réussite soudaine surprend, elle ne doit rien au hasard.
Flavio Cobolli (ITA) lors de son quart de finale à Roland-Garros 2026, à Paris (France), le 3 juin 2026. Photo : Corinne Dubreuil / ABACAPRESS.COM

Cinquante ans que le tennis transalpin attend patiemment le successeur d’Adriano Panatta, dernier vainqueur italien de Roland-Garros en 1976. À l’époque, le Romain avait décroché son unique titre du Grand Chelem en battant l’Américain Harold Solomon en finale, après avoir écarté le numéro 1 mondial Björn Borg en quart de finale.

En 2026, l’Italie aura un représentant en finale de Roland-Garros, et non, ce ne sera pas l’actuel numéro 1 mondial Jannik Sinner. Une preuve que le tennis transalpin se porte bien, et que le meilleur est probablement encore devant lui.

Un Roland-Garros aux accents italiens

Le 24 mai, Jannik Sinner arrivait à la porte d’Auteuil en favori logique. Soulagé par le forfait de son principal rival, Carlos Alcaraz, touché au poignet, le Tyrolien pouvait enfin espérer toucher du bout des doigts la Coupe des Mousquetaires, seul Grand Chelem manquant à son palmarès. Mais une vague de chaleur s’abat sur l’Europe de l’Ouest et Jannik Sinner, d’ordinaire si imperturbable, la supporte très mal ce jour-là. Trahi par son corps dès le deuxième tour, il s’incline face à l’Argentin Juan Manuel Cerúndolo, laissant le tournoi sans véritable favori clair.

En l’absence du numéro 1 mondial et de son deuxième Italien, Lorenzo Musetti (11e mondial), forfait sur blessure, rien ne laissait présager la présence d’un Italien en finale du tableau masculin de Roland-Garros dimanche. Ce vendredi, deux compatriotes s’affrontent pour une place en finale : Flavio Cobolli tête de série n°10 ou Matteo Arnaldi (104e mondial).

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Matteo Berrettini (ITA) lors de son match face à Matteo Arnaldi (ITA) durant la 11e journée de Roland-Garros 2026, au Stade Roland-Garros à Paris (France), le 3 juin 2026. Photo : Loïc Baratoux / Icon Sport

En quart de finale, les fans de la balle jaune avaient déjà eu droit à un affrontement 100 % italien, puisque Matteo Berrettini, actuel 105e mondial et ancien numéro 6 en 2022, avait lui aussi créé la surprise en se hissant à ce stade du tournoi, alors qu’il n’avait plus disputé Roland-Garros depuis 2021. Le Romain était pourtant le plus expérimenté des trois : demi-finaliste à l’US Open 2019, demi-finaliste à l’Open d’Australie 2022 et finaliste à Wimbledon 2021. Rattrapé par ses vieux démons physiques, c’est boitillant et les larmes aux yeux qu’il a dû abandonner, touché à la hanche, laissant à son jeune compatriote Matteo Arnaldi le privilège de poursuivre l’aventure.

Par ailleurs, notons aussi la performance de Sara Errani et Andrea Vavassori, tous deux vainqueurs du double mixte jeudi, en finale face à Gabriela Dabrowski et Evan King. La paire italienne avait déjà réalisé cet exploit en 2025 face aux Américains Taylor Townsend et Evan King. « On doit se réjouir pour notre tennis », confie Flavio Cobolli, dont la nation est triple tenante du titre de la Coupe Davis.

L’Italie, nouveau modèle du tennis européen

Ce succès récent du tennis italien n’a rien du hasard. Réputée dans le monde entier pour son équipe de football, l’Italie est aujourd’hui un vivier de talents destinés aux courts de tennis, tandis que le calcio, lui, peine à se réinventer.

Présidée par Angelo Binaghi depuis 2001, la Fédération italienne de tennis et de padel (FITP) a connu un essor impressionnant au cours des vingt dernières années. Comptant aujourd’hui environ 1,2 million de licenciés, elle n’en comptait que 129 000 en 2001. Elle se situe désormais juste derrière la Fédération italienne de football en nombre de licenciés. En 2023, la FIT a intégré le padel pour devenir la Fédération italienne de tennis et de padel (FITP). Lorsqu’on additionne l’ensemble des pratiquants, la FITP revendique près de 6,2 millions de personnes exerçant ces sports de manière régulière. Aujourd’hui, la FITP est aussi devenue l’une des fédérations les plus dynamiques économiquement, avec des revenus fédéraux estimés à plus de 230 millions d’euros en 2025.

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Le président de la FITP, Angelo Binaghi, lors de la finale de la Coupe Davis 2023 entre l’Italie et l’Australie, au Palacio de Deportes José María Martín Carpena à Malaga (Espagne), le 26 novembre 2023. Photo : Icon Sport

Le renouveau du tennis transalpin s’est construit par étapes, porté par l’engouement autour de joueurs emblématiques du circuit ATP. Selon Mats Wilander, dans un entretien accordé à L’Équipe, Fabio Fognini en serait l’initiateur, bien avant l’arrivée de Sinner et Musetti :

« Il ne faut sans doute pas négliger non plus l’effet Fabio Fognini. À sa manière, il a rendu le tennis populaire dans son pays, même si parfois son comportement laissait à désirer et qu’il ne se donnait pas toujours à fond. Mais quand il était vraiment motivé, il a été top 10 (9e en 2019), avec une personnalité incroyable. Il a lancé le mouvement parce qu’il a rendu le tennis cool », explique l’ancien numéro 1 mondial suédois.

Il établit d’ailleurs un parallèle avec des « personnages charismatiques et drôles » tels que Gaël Monfils ou Nick Kyrgios. Ces figures alternatives du circuit ATP, si elles ne possèdent pas toujours les plus grands palmarès, font lever les foules et incitent les jeunes à choisir ce sport. Ironiquement, c’est le cas de Flavio Cobolli, qui a choisi les courts de tennis plutôt que le calcio, qu’il pratiquait en fervent supporter de l’AS Roma. Pour Mats Wilander, c’est aussi cela qui explique l’émergence de nouveaux talents.

Les fondations d’une génération dorée

Une partie du succès des joueurs italiens est également due à la formation des jeunes talents. Depuis une dizaine d’années, la Fédération italienne de tennis collabore de manière étroite avec les académies de tennis privées. Cela joue un rôle central dans la formation de la prochaine génération de joueurs et de joueuses italiens.

En France, cette relation reste encore freinée par des enjeux autres que sportifs. Le Piatti Tennis Center, l’académie de Riccardo Piatti située entre Vintimille et Sanremo, en est l’exemple parfait. À l’image de la Mouratoglou Academy dans le sud-est de la France, celle-ci constitue un atout majeur pour le tennis transalpin, en permettant de former la prochaine génération de professionnels dans les meilleures conditions possibles. Jannik Sinner en est l’archétype du produit fini, lui qui a collaboré avec Riccardo Piatti entre 2013 et 2022.

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Passage de la Patrouille de France au-dessus du court central lors du tournoi international de tennis, pendant le match entre Lorenzo Musetti (ITA) et Casper Ruud (NOR) à l’Italian Open de Rome, le mardi 12 mai 2026. Photo : Alfredo Falcone / LaPresse

En parallèle de cette structuration de la formation, la FITP a multiplié les tournois Challenger sur terre battue sur son sol. La catégorie des Challengers, échelon inférieur de l’ATP mais supérieur aux circuits ITF, permet aux jeunes espoirs de se confronter pour la première fois au niveau professionnel. Souvent limités par des moyens financiers en début de carrière, ces jeunes joueurs italiens ont ainsi l’opportunité de participer à ces tournois dans leur pays, ce qui leur évite des frais supplémentaires de transport et d’hébergement, souvent très élevés. Plus d’une dizaine de Challengers se déroulent sur le sol italien, ce qui constitue un véritable atout pour la fédération, qui y voit un terrain de développement idéal pour les futurs piliers du tennis italien.

Jannik Sinner, Flavio Cobolli, Lorenzo Musetti, Matteo Arnaldi, Matteo Berrettini, Lorenzo Sonego et, avant eux, Fabio Fognini, ont tous fait leurs gammes sur le circuit Challenger italien. C’est là que se construisent les premières victoires, les premiers repères et la confiance indispensable à une carrière au plus haut niveau. Une chose est certaine : le tennis italien a de beaux jours devant lui, et la finale de Roland-Garros 2026 n’est sans doute que la partie émergée d’un travail de fond entamé depuis plus de vingt ans.

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