Le présent et l’avenir. Au terme d’un formidable duel qui s’est achevé dans la côte de Roche-aux-Faucons, Paul Seixas a montré qu’il avait tout pour devenir l’héritier de Tadej Pogačar.
Le phénomène est déjà adoubé par Tadej Pogačar
Déjà, lors des Strade Bianche, le Français avait tenu la roue du Slovène pendant 600 mètres avant de craquer dans le final et de finir 2e sur la Piazza del Campo à Sienne. Cette fois, sur la « Doyenne » Liège-Bastogne-Liège, Seixas a tenu en haleine la meilleure version de Pogačar sur les courses d’un jour, celle qui n’a connu la défaite qu’une seule fois en cinq jours, sur le Vélodrome de Roubaix.
Sur ce Liège-Bastogne-Liège au cru 2026, les deux ont écrasé le record d’ascension de la côte de la Redoute et bouclé l’édition la plus rapide de l’histoire, avec une moyenne horaire de 44,426 km/h, soit environ 2,4 km/h de plus que la marque réalisée l’année dernière : 41,983 km/h. En terminant deuxième à Liège, Seixas a montré qu’il n’était pas simplement l’avenir, mais qu’il incarnait déjà le présent. Ce n’est pas un hasard si Tadej Pogačar, lui-même, l’a adoubé à l’arrivée :
« À la Redoute, j’ai poussé très fort. J’ai vu qu’il faisait un peu l’élastique, mais il est resté dans ma roue. Il m’a vraiment impressionné. Il a pris des relais qui nous ont permis de creuser un gros écart. Dans ma tête, je m’étais préparé à un sprint à deux avec lui (Paul Seixas). Mais heureusement, j’ai réussi à le lâcher dans la Roche-aux-Faucons. »
L’écart avec le double champion du monde s’est considérablement réduit. Depuis les Championnats d’Europe où le Français, 3e, avait été relégué à 3 minutes et 41 secondes du Slovène, le Lyonnais a progressé et, depuis le début de la saison 2026, il n’a quasiment jamais concédé plus d’une minute sur les deux courses où il a affronté Pogačar.
Impressionnée par ses performances, l’équipe UAE Team Emirates – XRG souhaite enrôler le Lyonnais pour l’après Pogi, alors que le Mexicain Isaac del Toro, 2e du Giro à 21 ans et vainqueur cette année de Tirreno Adriatico, semblait incarner la relève de l’équipe émiratie. Mauro Giannetti n’a pas tari d’éloges à son sujet et n’a pas caché sa volonté de le signer pour 2028 dans une interview accordée à Cyclism’Actu. Il aura alors 21 ans :
« Comme toutes les autres équipes, on va regarder ce qu’il va faire dans le futur, mais c’est lui qui va décider dans quelle équipe il va aller. C’est le nouveau phénomène qui arrive et tout le monde rêve de l’avoir dans son équipe »
Quid du Tour de France ?
Comme beaucoup de Français performants très jeunes, les attentes sur le Tour de France vont être grandes et dans le cas de Paul Seixas, elles semblent déjà très élevées. Mais la plus grande course du monde peut brûler les ailes.
Tadej Pogačar avait eu l’expérience de la Vuelta 2019 au cours de laquelle le Slovène avait remporté trois étapes et terminé troisième du classement général derrière Primož Roglič et Alejandro Valverde avant de faire ses débuts sur le Tour de France. Et même sur cette Grande Boucle qu’il renversa lors du contre-la-montre légendaire de la Planche des Belles Filles en 2020, Pogi était initialement aligné dans le but d’apprendre et d’épauler Fabio Aru.
S’il venait à débarquer en juillet sur le Tour de France, Paul Seixas devrait à nouveau se livrer face à Tadej Pogačar, mais aussi à Jonas Vingegaard. Le Danois aura certes disputé le Giro auparavant pour compléter sa trilogie des trois Grands Tours, mais est à ce jour le seul à avoir battu le Slovène en juillet, en 2022 et 2023. Il devra également faire face à l’armada Red Bull – BORA – hansgrohe qui compte dans ses rangs Remco Evenepoel et Florian Lipowitz, troisièmes des deux dernières Grandes Boucles derrière le duo Pogačar et Vingegaard. En tout cas, si le Français venait à être aligné sur le Tour, ce ne serait pas pour autre chose que la gagne. C’est son mantra, comme l’a expliqué Julien Jurdie, le directeur sportif de la Decathlon CMA-CGM, à L’Équipe, après Liège-Bastogne-Liège :
« Paul a de l’ambition. On se doit de l’accompagner parce qu’il ne pense qu’à gagner. Il a des capacités physiques hors norme, donc, avec lui, on ne parle que de victoire. Et c’était réaliste. Il a joué longtemps avec »Pogi » dans la Redoute. C’était juste extraordinaire. »
En survolant le Tour du Pays basque au cours duquel il a remporté trois étapes et tous les maillots distinctifs face à des coureurs comme Primož Roglič, Florian Lipowitz ou encore Isaac del Toro, Paul Seixas est devenu l’un des premiers Français depuis longtemps à remporter une course à étapes de niveau World Tour depuis Christophe Moreau sur le Critérium du Dauphiné (désormais Tour Auvergne – Rhône-Alpes) 2007, et a renforcé les attentes d’un héritier qu’attend Bernard Hinault depuis 1985. Le Lyonnais le sait. Si sa participation au plus grand événement de juillet demeure encore incertaine cette année, sa précocité et sa maturité font qu’il semble déjà prêt.