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Sophie Amiach, ancienne quart de finaliste à l’Open d’Australie, livre sa méthode pour mieux comprendre le tennis

Quart de finaliste à l’Open d’Australie, ancienne joueuse du Top 60, coach sur le circuit, directrice sportive et consultante reconnue, Sophie Amiach a vécu plusieurs vies dans le tennis. Dans cet entretien, elle décrypte pour Sports Illustrated France la philosophie de son nouveau livre, « Tennis Smart & Simple », une véritable bible de la balle jaune, pensée aussi bien pour les amateurs que pour les joueurs aguerris.
Photo de la couverture du livre « Tennis : Smart & Simple », de Sophie Amiach, à Roland-Garros 2026. (Photo : Tennis Smart & Simple / Instagram)

Sports Illustrated France : Qu’est-ce qui vous a donné l’envie, à ce stade de votre carrière, de concevoir un livre pédagogique sur le tennis ?

Sophie Amiach : Alors en fait, ce qui s’est passé, c’est qu’à travers mon enseignement dans les clubs, j’avais toujours mes clients et mes clientes qui jouaient avec moi et qui me disaient : « Mais il faut à tout prix que tu écrives un livre ! » J’ai entendu ça tellement de fois qu’au bout d’un moment, je me suis dit : « Bon, bah, peut-être. » Mais au départ, ce n’était vraiment pas dans une optique commerciale. Puis il y a eu le Covid, une période où on n’a pas pu bosser. J’ai trouvé que c’était le moment opportun pour me lancer, pour commencer à écrire et voir si c’était même possible, et si j’en avais vraiment envie.

J’ai travaillé dessus pendant un an, un an et demi, à poser les bases et à essayer de définir ce qui était vraiment important pour moi. Surtout, je voulais faire un livre qui soit le reflet exact de ma manière de commenter à la télé et d’enseigner sur le court. D’où le titre : Tennis : Smart & Simple. Ça veut dire que c’est donné à tout le monde d’arriver à comprendre le jeu. Après, que l’exécution technique se fasse bien ou pas bien, c’est une autre histoire, mais au moins, si c’est expliqué simplement, vous avez toutes les armes pour essayer de bien exécuter les coups.

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Sophie Amiach, au tournoi de Roland-Garros 2026, tient son livre entre les mains lors d’un moment de présentation relayé sur le compte Instagram Tennis Smart & Simple. (Photo : Tennis Smart & Simple / Instagram)

Le livre est publié chez l’éditeur américain New Chapter Press. Pourquoi avoir fait le choix d’écrire initialement cet ouvrage en anglais ?

Sophie Amiach : J’habite aux États-Unis, donc c’est un projet qui s’est fait naturellement là-bas. Mais écrire un livre, c’est toute une organisation. Bien que je sois bilingue, c’est une chose de parler l’anglais, c’est une autre chose de l’écrire. Quand j’ai tout fini, il a fallu passer à la relecture, et j’ai eu 23 personnes qui ont édité le bouquin en relecture pour que ce soit impeccable.

Au départ, j’allais vraiment faire ça seule, en publication d’auteur. Mais j’ai eu la chance d’avoir un éditeur en Amérique qui a aimé le projet et qui m’a dit : « Moi, je veux faire le projet avec toi. » C’est New Chapter Press, dirigé par Randy Walker. C’est quelqu’un qui a déjà fait beaucoup de bouquins sur le tennis et qui a une structure d’édition solide. Il a regardé ce que je faisais et il m’a dit : « On y va. »

« Le but, c’est de transmettre les fondamentaux »

Le titre « Tennis : Smart & Simple » insiste beaucoup sur la notion de simplicité. Pourquoi cette volonté de simplification est-elle au cœur de votre démarche ?

Sophie Amiach : Justement, parce que je crois qu’on fait tout trop compliqué, même dans la vie de tous les jours. On se complique la vie pour des choses sans importance, pour des trucs qui n’ont aucun intérêt et qui ne font que nous rajouter du stress. Je pense que dans l’enseignement, quel qu’il soit, les meilleurs professeurs qu’on a eus à l’école sont des profils qui ont su nous faire aimer leur matière par leur simplicité, par le dialogue et par une façon de voir les choses qui était adaptée à la compréhension plus simple de l’humain.

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Sophie Amiach, à Paris devant la Tour Eiffel, tient son livre entre les mains lors d’un moment de présentation relayé sur le compte Instagram Tennis Smart & Simple. (Photo : Tennis Smart & Simple / Instagram)

Je crois que plus on fait simple dans la vie, mieux on se porte. Évidemment, je n’ai pas la science infuse ; il y a des gens qui vont adhérer à ce que j’écris et d’autres qui vont penser différemment, et ce n’est pas le but. Le but, c’était de transmettre les fondamentaux, parce qu’il y a des choses qui sont purement géométriques et physiques et qu’on ne peut pas contourner au tennis.

Justement, comment cette simplification se traduit-elle concrètement sur le court pour le joueur ?

Sophie Amiach : C’est un peu le B.A.-BA dans un sens, mais c’est devenu tellement compliqué dans les discours que les gens s’y perdent complètement. Prenez des trucs très simples : si vous n’avez pas une tête de raquette qui descend sous la balle, vous allez faire uniquement des coups à plat. Vous n’allez pas avoir cet arc au-dessus du filet, vous ne ferez pas de lift. C’est physique !

Si une balle descend et meurt en bas du filet, c’est que vous avez couvert la balle avec votre tamis à un moment donné, il n’y a pas d’autre solution. Ce n’est même pas moi qui le dis, c’est juste de la physique. Le livre s’appuie là-dessus pour que les bases soient claires et impossibles à contester.

« Après ma blessure, j’étais incapable d’expliquer ce que je faisais techniquement »

Votre méthode s’adresse-t-elle véritablement à tous les profils de pratiquants, du parfait débutant au joueur professionnel ?

Sophie Amiach : Oui, elle s’adresse à tout le monde, de celui ou celle qui n’a jamais tenu une raquette jusqu’aux professionnels. Je pense que chacun y trouvera un pourcentage de connaissances utiles. Pour vous donner un exemple personnel, j’étais arrivée en quart de finale en Australie, mais quand je me suis retrouvée sur le court avec Billie Jean King, après ma blessure, j’étais incapable d’expliquer vraiment ce que je faisais techniquement. Je savais l’exécuter, mais je ne pouvais pas corriger mes erreurs parce que je ne regardais pas les choses de la bonne manière.

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Billie Jean King des États-Unis sur le Centre Court de Wimbledon en 1973, avec les trois trophées remportés lors du tournoi. Elle a été sacrée en simple, en double dames et en double mixte cette année-là. (Photo : Icon Sport)

Elle m’a appris à faire ce que j’appelle le backtrack : vous partez de l’endroit où la balle a atterri, et vous reculez le film petit à petit pour voir pourquoi elle est allée là, notamment par rapport à l’aspect physique de votre raquette au moment de l’impact. Dans mon enseignement, je demandais toujours à mes élèves quand ils rataient une balle : « Pourquoi as-tu raté et où est-ce qu’elle est allée ? » C’est le premier point. À partir de là, on décortiquait et on voyait pourquoi. C’est ce travail de retour en arrière, que les gens ne font jamais, qui est intéressant dans le livre.

Votre livre est salué par de grandes figures du tennis mondial, comme Billie Jean King, Martina Navratilova ou Ivan Lendl. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Sophie Amiach : Déjà, ça représente que ce sont des gens qui ont cru en mon livre et qui m’ont épaulée en pensant que je faisais un truc intéressant. Et puis oui, ça a un impact énorme. Mon nom aujourd’hui ne représente plus grand-chose ; j’ai beau avoir fait un quart de finale en Grand Chelem, il n’y a plus une personne qui connaît mon nom, à part si vous êtes vraiment un mordu ancré dans le milieu du tennis.

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Andy Murray et son entraîneur Ivan Lendl lors d’une séance d’entraînement en marge du tournoi ATP de Brisbane, le 7 janvier 2012. Le Britannique prépare alors sa saison aux côtés de l’ancien numéro 1 mondial tchèque. (Photo : SMP Images / Icon Sport)

Pour moi, c’était important d’avoir ces figures d’hier, d’aujourd’hui et de demain qui pouvaient poser un regard positif sur le livre. J’ai eu de la chance, j’ai eu 11 personnes qui ont été vraiment top. Il y a un respect mutuel entre nous, et c’était vachement important pour moi d’avoir ça, pas seulement pour le livre, mais personnellement, parce que ça reconnaît que j’ai fait du bon travail.

« Le mur, c’est l’outil idéal du tennis pour apprendre le contrôle »

Quand vous parlez de condenser l’équivalent de « 90 heures de leçons à portée de main », y avait-il aussi une volonté de démocratiser un sport souvent jugé coûteux ?

Sophie Amiach : Je pense qu’on a tous connu ça. Moi, quand j’ai grandi, personne ne voulait jouer avec moi parce que j’étais trop petite. Alors, il y a un outil dont je parle dans le bouquin et qui est capital : le mur. Des murs, vous en trouvez partout. Vous en trouvez dans la rue, dans les parcs… Ce ne seront peut-être pas des murs fabuleux, mais je suis sûre qu’il y a la possibilité de trouver un mur dans n’importe quel coin de Paris, d’y aller avec sa raquette et de taper dedans, même si les gens vous regardent avec une tête bizarre en se demandant ce que vous faites.

Pour moi, le mur, c’est l’outil idéal du tennis pour apprendre, parce qu’on y apprend le contrôle. Plus vous frappez fort sur un mur, moins vous pouvez contrôler la balle qui revient, parce qu’elle vous arrive trop vite. Vous êtes obligé d’apprendre à contrôler. Et financièrement, c’est abordable, ça ne vous coûte rien. Il faut juste acheter une raquette à 60 € et des balles, on n’a pas besoin de plus.

Un futur livre « Pickleball : Smart & Simple » ?

À la fin de votre ouvrage, un QR code intitulé « What’s Next ? » ouvre la porte au pickleball. Votre ambition est-elle d’exporter la méthode Smart & Simple vers cette discipline ?

Sophie Amiach : Oui, tout à fait. C’est un jeu qui m’éclate, je viens d’ailleurs de gagner l’US Open de pickleball en simple dans ma catégorie. C’est le seul jeu au monde où vous arrivez et, au bout de cinq minutes, non seulement vous réussissez vos coups, mais vous vous éclatez. C’est très rare de trouver un truc pareil, à n’importe quel âge, avec un tel mix de générations. Alors oui, à la fin du bouquin, le QR code renvoie sur une vidéo de moi sur un court de pickleball où je dis qu’on fera peut-être un Pickleball : Smart & Simple. Dans ce livre, il y aura facilement 40 % de ce que j’ai mis dans celui sur le tennis, parce que la préparation ou le mental, c’est pareil.

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Deux raquettes de pickleball et une balle jaune reposent sur un terrain extérieur bleu et vert, illustrant l’énergie de ce sport en plein essor. (Photo : xZoonar.com / Dasha Petrenko)

Mais bon, ce n’est pas encore fait ! Là, il faut d’avance que je me repose parce que l’écriture d’un livre reste un travail de titan et c’est épuisant. Et puis le pickleball est un sport tactiquement et techniquement très différent, ça joue très vite en 11 points, sans aucun temps mort contrairement au tennis et ses 20 secondes précieuses. Je ne suis pas encore tout à fait à la hauteur pour l’écrire seule, il faudra que je me perfectionne ou que je le fasse avec quelqu’un qui a encore plus de connaissances sur les tactiques de jeu. Mais l’idée est là.

« Si Serena Williams ne se blesse pas, elle peut regagner un Majeur »

Pour conclure, comment appliquez-vous cette grille de lecture « Smart & Simple » sur le tournoi de Roland-Garros de cette année, marqué par des tableaux très ouverts ?

Sophie Amiach : Écoutez, moi j’aime quand il y a des surprises. Je suis contente de savoir qu’on va avoir un vainqueur ou une joueuse gagnante qui n’a jamais gagné de Grand Chelem. Chez les hommes, pendant toutes ces années, on a eu Federer, Djokovic et Nadal qui sont des joueurs exceptionnels, des zèbres hors catégorie, mais au bout d’un moment, j’en avais marre de savoir à l’avance que sur 90 % des tournois, c’était eux qui gagnaient. Ça ne m’amusait plus du tout. Moi, j’aime voir les différents styles, les différentes joueuses.

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Illustration de la Tribune Concorde de Roland-Garros lors de la 11e journée de l’édition 2025, place de la Concorde à Paris.
Photo prise le 4 juin 2025 à Paris, France. (Photo : Le Resporter / Icon Sport – Photo Icon Sport)

On voit aussi le retour de Serena Williams, c’est un truc fabuleux. C’est une fille qui revient à 44 ans, mais elle vient de perdre 12 kilos. Les gens qui ont un doute doivent l’enlever : la frappe de balle qu’elle a et sa façon de bouger vont être monumentales. Le seul danger, c’est de savoir si elle va tenir physiquement face à la demande sans se blesser. Si elle ne se blesse pas, elle peut regagner un Majeur, j’en ai aucun doute.

Regardez Cîrstea à 36 ans, elle fait la meilleure saison de sa carrière alors qu’elle n’a ni la frappe, ni le service, ni la mentalité de Serena. En France, on prend cher en ce moment, on a du mal, mais on a Arthur Fils. Je suis convaincue que c’est un mec qui va gagner des Grands Chelems s’il arrive à trouver la façon de se soigner, parce que ses pépins physiques n’arrêtent pas. C’est malheureux, c’est triste, mais ça fait partie du métier de professionnel. C’est la loi du sport.

 

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Tennis : Smart & Simple, Couverture du livre.

« Tennis : Smart & Simple », de Sophie Amiach est paru le 26 mai 2026 aux éditions New Chapter Press (150 pages, 17,20 €).

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