Pourquoi les prix des billets de l’US Open s’envolent ?

Les plateformes de revente font grimper le prix des billets de l’US Open, mais l’USTA peut-elle endiguer ce phénomène ?
US Open
US Open

Aucun sujet n’a suscité autant de passion et de discussions que la flambée des prix des billets pour l’US Open. Des pass d’accès au site à 65 dollars sont revendus à plus de 300 dollars. Le maire de New York, Zohran Mamdani, est intervenu en réservant 1 000 billets pour l’US Open aux habitants de New York, au prix de 100 dollars chacun. Les billets pour le match d’exhibition de Roger Federer étaient vendus à partir de 100 dollars, mais étaient proposés à plus de 1 000 dollars à la revente.

D’un côté, le marché s’est exprimé, et il est clair que cet évènement a connu un regain de popularité. Que ce soit grâce aux joueurs, à l’événement lui-même ou aux influenceurs, les billets pour l’US Open sont très convoités. Hélas, ces prix ont rendu l’US Open tout simplement inabordable pour de très nombreux fans, sans parler des familles, ce qui est terrible et révoltant pour beaucoup.

La revente sur les plateformes secondaires est légale à New York. Il existe quelques restrictions (il est interdit de revendre des billets à proximité des grands évènements, c’est la raison pour laquelle vous ne verrez plus de revendeurs au pied des gradins à l’extérieur de Flushing Meadows), mais à part cela, c’est un marché libre.

L’article 25 de la loi new-yorkaise sur les arts et les affaires culturelles (ACA), « réglemente la revente de billets pour les lieux de divertissement ». Cependant, il s’agit d’une réglementation très légère.

Ticketmaster (le partenaire officiel de billetterie de l’US Open) et les autres revendeurs jouissent d’une grande liberté. Notez que le département d’État américain à la Justice a eu l’occasion, plus tôt cette année, de briser le monopole Ticketmaster/Live Nation devant un tribunal fédéral, mais qu’il a fini par conclure un accord à l’amiable. Ce sont les consommateurs qui ont perdu.

Quel est le rôle de l’USTA dans tout cela ? Tout d’abord, soyons clairs : l’USTA tire clairement profit de ce marché de la revente en surchauffe. Elle perçoit des recettes sur la vente initiale, puis à nouveau (pour le même billet) sur la revente. Oui, l’USTA perçoit une « commission » (une commission légale ou une part légale des recettes) de la part de Ticketmaster sur les billets revendus. Il s’agit d’une partie des frais que Ticketmaster facture au revendeur et à l’acheteur sur le marché secondaire, et non du prix des billets, mais quiconque a déjà utilisé Ticketmaster sait que ces frais peuvent être exorbitants. Les tarifs varient en fonction de la demande et du prix de revente, mais on ne parle pas ici de quelques centimes.

Interrogée sur le montant des frais perçus sur les ventes secondaires (légales) réalisées sur la plateforme Ticketmaster, l’USTA a répondu :

« Nous percevons effectivement une partie des frais (et non du prix du billet) sur les billets revendus de manière vérifiée sur Ticketmaster. Mais la réalité est que la revente de billets est légale à New York, que les gens revendent ces billets et que nous ne pouvons pas l’empêcher. Par exemple, nous avons vendu des pass d’accès au site à partir de 65 dollars, mais nous ne pouvons pas contrôler s’ils sont ensuite revendus à un prix plus élevé. »

L’USTA n’a pas fourni de chiffre en dollars ni de pourcentage de partage des recettes. Notez que dans le formulaire 990 de l’USTA datant de 2024 (le dernier document rendu public), il existe une ligne budgétaire consacrée à la billetterie, mais celle-ci ne fait pas la distinction entre les ventes au guichet et les commissions de revente. L’USTA n’a pas précisé quel pourcentage des 208 millions de dollars provenait des commissions perçues par Ticketmaster.

La position de repli de l’USTA consiste à baisser les bras et à dire : « Nous ne pouvons rien faire pour empêcher la revente. » C’est, pour le moins, un argument incomplet. Sports Illustrated a discuté avec deux avocats, qui affirment tous deux que l’USTA n’est pas une partie innocente dans cette affaire. Tout comme il existe peu de réglementations sur la revente, il en existe peu sur ce qu’un émetteur (c’est-à-dire l’USTA) peut imposer. L’USTA pourrait interdire la revente de billets individuels. Cela pourrait être difficile à faire respecter, étant donné que la revente est légale, mais cela pourrait avoir un effet dissuasif sur le marché de la revente. Comme l’a expliqué un avocat : « Ticketmaster veut travailler avec l’USTA. Compte tenu notamment du marché de la revente, l’USTA peut user de son influence si elle le souhaite. »

Les exemples de musiciens imposant des restrictions à Ticketmaster ne manquent pas (Billie Eilish, Pearl Jam, etc.). À ce sujet, Courtney Nguyen note que même le PDG d’AMC met un frein à la revente abusive.

À l’heure actuelle, l’achat de billets pour l’US Open est limité à huit par client et par session, mais les bots ont une longueur d’avance sur la technologie, ce qui leur permet de contourner ce plafond. L’USTA pourrait limiter les achats à, disons, deux ou quatre billets individuels. Cela freinerait les plateformes d’IA, les bots et les plus cupides qui accaparent les billets pour les revendre immédiatement.

L’USTA reconnaît que ce marché de la revente en surchauffe (qui exclut les fans en raison des prix exorbitants et les met en colère) donne une très mauvaise image et constitue un problème auquel il faut remédier. « Toutes les options sont sur la table », confie un porte-parole de l’USTA, et la politique de billetterie sera réévaluée après l’événement.

Autre argument en faveur de l’USTA : si elle souhaitait réellement maximiser la valeur, il lui suffirait de pratiquer d’emblée les prix du marché. Et ces pass d’accès à 65 dollars seraient vendus 300 dollars dès le départ.

Le statut d’association à but non lucratif de l’USTA rend cette question particulièrement saillante et la différencie, par exemple, des prix exorbitants des billets des New York Knicks. Il est difficile de mettre en avant sa bonne foi en tant qu’association à but non lucratif, d’afficher partout des photos d’enfants issus de milieux défavorisés tenant des raquettes, de promouvoir l’importance du tennis communautaire, puis d’exclure par les prix tous ceux qui ne font pas partie des plus riches parmi les riches.

Le contexte a également son importance. Le nouveau maire de New York est un socialiste démocrate. L’accessibilité financière est actuellement un enjeu crucial à New York. Un tournoi de tennis (qui se déroule sur le domaine public et est géré par une association à but non lucratif) pris en otage par le capitalisme et qui n’est plus accessible ? C’est inconcevable.

Brendan McIntyre, directeur général et responsable de l’US Open, du tennis professionnel et du contenu et de la communication de USA Tennis, a déclaré :

« Dans l’État de New York, les billets doivent être transférables et la revente est légale. Désactiver la revente sur Ticketmaster ne va pas mettre fin à la revente : elle se fera simplement sur un autre site où nous n’avons aucun contrôle. Nous ne pouvons pas contrôler le marché secondaire ni empêcher un détenteur de billets de revendre ses billets. Mais grâce à Ticketmaster, nous pouvons garantir que, si une revente a lieu, elle soit légitime et que nous puissions intervenir en cas de problème. Cela dit, nous allons étudier des changements potentiels et différentes façons de mettre davantage de billets entre les mains des fans qui ont l’intention de les utiliser, plutôt que de les revendre, en 2027. »

L’USTA doit redoubler d’efforts et user de son influence sur Ticketmaster/Live Nation pour éviter cette situation en 2027. Ce n’est pas seulement une question de principe. Il y a également un argument commercial à faire valoir. L’un des objectifs de l’US Open est d’attirer de nouveaux fans vers ce sport et de fidéliser les spectateurs. La mission de l’USTA est de développer et de promouvoir le tennis. Exclure par des prix trop élevés tant de consommateurs potentiels qui pourraient suivre cette discipline pendant des décennies va à l’encontre de cet objectif.

Article publié le 26/08/2026 sur si.com. Traduction : Flora Lucas
RECOMMANDÉS