La WTA traverse une zone de turbulences financières. D’après des chiffres présentés lors de réunions tenues à New York ces deux dernières semaines et rapportés par The Telegraph, l’instance du tennis féminin anticiperait 23 millions de dollars de pertes opérationnelles sur l’exercice 2026. À ce rythme, ses réserves de trésorerie tomberaient à environ 15 millions de dollars en fin d’année, avec un risque d’épuisement dès l’automne 2027.
Un défi financier pour Valerie Camillo
Le circuit féminin, pourtant porté par des joueuses de premier plan et une audience internationale, disposerait ainsi d’une marge financière réduite. L’enjeu est de faire progresser les revenus pour couvrir le coût de son développement. Le modèle doit financer un calendrier international, soutenir les tournois, accompagner la hausse des dotations et investir dans sa commercialisation.
Cette équation arrive sur le bureau de Valerie Camillo, entrée en fonction à la présidence de la WTA en novembre 2025 après le long mandat de Steve Simon. Son profil, forgé dans les grandes ligues nord-américaines, avait été choisi pour accélérer la croissance commerciale. Elle doit désormais composer avec ces difficultés financières tout en préservant la dynamique sportive.
Le coût de la délocalisation des WTA Finals à Indian Wells
L’un des points sensibles concerne les WTA Finals. Après deux éditions à Riyad, l’épreuve de fin de saison doit se tenir à Indian Wells, en Californie, du 8 au 15 novembre 2026, un an avant la fin prévue du contrat saoudien. La décision, officialisée en juillet à la suite d’un accord entre la WTA et la Fédération saoudienne de tennis, met fin à un partenariat critiqué notamment pour la situation des droits humains en Arabie saoudite.
Ce changement pèserait toutefois sur les finances de l’instance. Le contrat saoudien apportait une ressource importante. Son arrêt anticipé obligerait désormais la WTA à absorber une part plus grande du coût de l’événement, au moment même où ses réserves diminuent.
Le pari CVC n’a pas tout réglé
La situation est d’autant plus scrutée que la WTA avait ouvert en 2023 un nouveau chapitre avec CVC Capital Partners. Le fonds d’investissement avait injecté 150 millions de dollars dans la structure commerciale WTA Ventures, en échange d’une participation de 20 %, avec l’objectif de faire progresser les revenus médias, numériques et commerciaux.
Trois ans plus tard, cet investissement n’aurait donc pas suffi à mettre la WTA à l’abri de difficultés financières. La question n’est pas seulement celle d’un déficit ponctuel, mais celle de la capacité du circuit à transformer sa visibilité en revenus récurrents. Malgré la notoriété de ses joueuses, le circuit féminin reste confronté à un écart de revenus avec le circuit masculin.
L’égalité des dotations, entre ambition et contrainte
La WTA s’est engagée sur une trajectoire d’égalité des dotations avec l’ATP : les tournois combinés WTA 1000 et WTA 500 doivent atteindre la parité d’ici 2027, les tournois WTA 1000 et WTA 500 d’une semaine d’ici 2033. Cette promesse s’inscrit dans l’histoire d’une organisation née en 1973 autour du combat de Billie Jean King pour l’égalité entre les hommes et les femmes.
Sa mise en œuvre suppose toutefois des ressources suffisantes. Augmenter les dotations sans croissance équivalente des revenus peut fragiliser les organisateurs. Le défi consiste donc à préserver l’ambition politique et sportive tout en assurant son financement.
Ces projections ne permettent pas de conclure à une faillite à venir. Elles soulignent en revanche la nécessité de reconstituer une marge financière. La maîtrise des coûts et le développement des revenus commerciaux seront déterminants. Pour le circuit féminin, une partie du match se jouera aussi dans les comptes.