Les grandes questions autour de l’avenir du PGA Tour

Une conférence très attendue, des débats sur le modèle compétitif et des incertitudes persistantes : le PGA Tour se trouve à un moment charnière, encore entouré de nombreuses interrogations.
PGA Tour
Le Masters 2025, à l'Augusta National Golf Club d'Augusta, en Géorgie, le vendredi 11 avril 2025. Crédit photo : Icon Sport

Le PGA Tour prenait la direction de la Floride pour son tournoi phare, organisé au siège de l’institution à Ponte Vedra Beach. Le Players Championship en constituait le tournoi phare du PGA Tour et devait être célébré comme tel, mais plusieurs intrigues périphériques risquaient de venir parasiter ce qui se jouait sur le parcours du Stadium Course de TPC Sawgrass. Depuis plusieurs semaines, une conférence de presse avec le nouveau PDG du PGA Tour, Brian Rolapp, était annoncée comme un moment clé susceptible d’éclairer l’avenir du circuit, ou du moins une partie de celui-ci.

On observait également de nombreuses spéculations, à peine voilées, selon lesquelles le PGA Tour pourrait être prêt à relancer un débat longtemps mis de côté : celui de l’élévation du Players Championship au rang de tournoi majeur.

Une hypothèse qui restait fragile, d’autant que la popularité du Players avait justement progressé ces dernières années lorsque cette idée avait été abandonnée, et que le tournoi avait continué à s’épanouir. Par ailleurs, tant que tous les joueurs ne sont pas éligibles — les membres de LIV Golf ne peuvent pas participer — l’argument peinait à tenir.

Mais à quoi ressembleraient les futurs calendriers ? Comment le modèle compétitif du PGA Tour allait-il évoluer ? Certains tournois historiques, ancrés depuis des décennies dans le paysage et appréciés des fans comme des joueurs, pouvaient-ils être sacrifiés au nom de la rentabilité et des attentes des investisseurs ?

Beaucoup de ces questions restaient à clarifier, et quelques semaines plus tôt, Tiger Woods — membre du PGA Tour Policy Board et nommé l’an dernier par Rolapp au Future Competitions Committee — avait déjà souligné la complexité de cette mission.

Début mars, Sports Illustrated a interrogé plusieurs acteurs du golf, qui ont tous indiqué que le PGA Tour avait encore beaucoup de travail devant lui. Plusieurs sponsors-titres n’avaient toujours pas été contactés, ce qui laissait penser qu’aucune annonce définitive n’était imminente concernant les arrivées et départs de tournois.

En revanche, davantage d’éléments pourraient être communiqués sur certains objectifs précis : la notion de rareté, un nouveau modèle compétitif (le format de la FedEx Cup pourrait-il évoluer ?) ainsi qu’une esquisse plus générale de l’avenir du circuit.

« Je détesterais voir disparaître l’un de nos tournois », a déclaré Lucas Glover, 46 ans, vétéran du PGA Tour récemment élu président du Player Advisory Council, et qui siégera l’an prochain au comité de direction du PGA Tour ainsi qu’au conseil d’administration de PGA Tour Enterprises. « Les grands marchés sont importants, je pense. Mais en même temps, je ne veux pas voir disparaître des tournois comme le John Deere Classic ou celui de Greensboro. Pour les fans locaux, c’est parfois le plus grand événement sportif de leur communauté. »

« Je reste sur cette position… J’espère que nous faisons ce qui est juste pour le golf, ce qui est le mieux pour le jeu, et pas seulement pour les portefeuilles des joueurs. » Et c’est là tout le dilemme.

 

La pression de la rentabilité

La pression est désormais de générer des profits. Le PGA Tour n’affiche plus aussi ouvertement son engagement caritatif, longtemps mis en avant semaine après semaine comme argument central. Cet aspect demeure dans ses missions, mais il est nettement moins présent dans le discours public.

Avec l’investissement de plus de 1,5 milliard de dollars du Strategic Sports Group dans PGA Tour Enterprises et un dispositif de « participation au capital » destiné à verser progressivement des primes aux joueurs pouvant, en théorie, atteindre des millions, la priorité est désormais de faire du Tour une entité rentable.

Lucas Glover se retrouve partagé face à ces objectifs, et c’est ce qui expliquera son rôle particulier au sein des différentes instances à partir de l’an prochain. Il n’est par exemple pas favorable au modèle des « Signature Events », qui l’a vu terminer à la 24e place cette année. Et pourtant, il reconnaît aussi avoir bénéficié de ces tournois à forte dotation, à l’image de la victoire en playoff d’Akshay Bhatia, récompensée par 4 millions de dollars face à Daniel Berger.

« Le capital-investissement ne comprend pas certains athlètes, certains golfeurs », expliquait Lucas Glover. « Ce n’est pas une question d’argent pour tout le monde. Scottie Scheffler a plus d’argent qu’il ne saura jamais quoi en faire. Lui, ce qu’il veut, c’est gagner, battre tout le monde ici. C’est tout ce qui l’intéresse : bien jouer et gagner. C’est comme ça que j’ai été élevé. On a eu beaucoup de chance. »

« Mais la réponse, très souvent, c’est : “donnez-leur simplement plus d’argent.” J’espère pouvoir apporter un autre point de vue : tout le monde ne fonctionne pas comme ça. »

Lucas Glover pourrait toutefois intervenir alors que le PGA Tour s’engageait déjà dans une nouvelle direction, susceptible de créer des tensions chez ceux qui étaient attachés au modèle en place depuis des années.

Des réductions de calendrier et l’abandon possible de certains tournois historiques étaient envisagés, dans l’objectif de construire un modèle compétitif plus attractif et, surtout, plus rentable sur le plan des droits médias. Une transformation présentée comme nécessaire, mais exigeant une forte montée en puissance économique.

Le degré d’information communiqué sur ces évolutions avant le début du jeu sur le Stadium Course devait donc être particulièrement scruté.

 

Le bras de fer autour de Jon Rahm

Jon Rahm a remporté dimanche 5 mars le tournoi LIV Golf de Hong Kong, au terme d’une semaine mouvementée, marquée par sa défense de sa position selon laquelle il ne devait pas payer les amendes imposées par le DP World Tour. Il a également aidé discrètement plusieurs de ses compatriotes à organiser leur déplacement du Moyen-Orient vers Hong Kong dans un contexte logistique compliqué.

Rahm a clairement indiqué qu’il n’était pas satisfait de la proposition formulée par le DP World Tour, qui aurait permis de lever les sanctions liées aux participations à des événements concurrents en 2026 — ainsi que les amendes associées — à condition d’abandonner ses recours tout en s’acquittant des pénalités dues jusqu’en 2025.

Huit de ses collègues de LIV Golf ont accepté cet accord et sont désormais libres de jouer sur le DP World Tour sans sanction. Rahm, lui, estime que ces amendes n’étaient pas justifiées et conteste plusieurs éléments des conditions proposées. Ses déclarations, particulièrement détaillées, en témoignent.

Il y a quelques mois, Jon Rahm expliquait : « Ma position n’a pas changé depuis une semaine. Je n’aime pas ce qu’ils font actuellement avec le contrat qu’ils nous demandent de signer. Je n’aime pas les conditions. Ils me demandent de jouer un minimum de six tournois, et ils imposent également deux destinations parmi ces épreuves, entre autres éléments avec lesquels je ne suis pas d’accord. »

Mise en perspective : Il est facile de comprendre pourquoi Jon Rahm exprime son agacement face à cette obligation d’ajouter des tournois à son calendrier. On lui demande de jouer deux événements de plus que le minimum requis pour conserver son statut de membre. Mais il n’est pas ciblé individuellement : cette exigence s’inscrit dans un compromis lié à la suppression des demandes de dérogation et des amendes. Les huit autres joueurs concernés ont d’ailleurs accepté un accord similaire.

Jon Rahm : « Si l’on part de ce principe, j’ai été membre de deux circuits tout au long de ma carrière, le PGA Tour et le DP World Tour. Aujourd’hui, avec LIV Golf intégré au système mondial de classement, on pourrait presque parler d’un statut de triple membre, même si je suis suspendu du PGA Tour. Mais j’ai toujours été membre de ces deux circuits. Jamais on ne m’a demandé d’obtenir une autorisation pour jouer sur l’un ou l’autre. Nous n’avons jamais eu à déposer de demande de dérogation. Alors pourquoi devrait-on le faire aujourd’hui, avec toutes ces sanctions ? Je comprends pourquoi ils le font, mais où est le problème ? »

Mise en perspective : Jon Rahm n’est pas totalement exact sur ce point. Côté PGA Tour, il bénéficiait du « home tour rule », qui permet à un joueur européen de bénéficier de larges exemptions de déplacement en échange d’un minimum de 15 tournois disputés sur le circuit américain. En cas de non-respect, la perte de carte peut intervenir pour une saison (comme ce fut le cas pour Martin Kaymer en 2015).

Le DP World Tour, de son côté, n’exigeait pas systématiquement des autorisations pour chaque participation au PGA Tour, tant que les obligations de participation (minimum quatre tournois) étaient respectées. La différence majeure reste que les joueurs de LIV Golf ne peuvent pas manquer leurs propres tournois.

Jon Rahm : « On m’a aussi demandé, il y a deux ans, de faire appel des amendes afin de laisser le temps de régler la situation, ce que j’ai fait, et nous nous retrouvons aujourd’hui avec encore plus de problèmes. »

Mise en perspective : Il serait en effet intéressant de savoir si le DP World Tour avait encouragé Jon Rahm — ainsi que Tyrrell Hatton — à faire appel de ces sanctions afin de repousser une décision globale sur le statut des joueurs et, indirectement, sur la Ryder Cup. Les deux joueurs avaient participé à Bethpage l’an dernier, alors que le processus d’appel était toujours en cours.

Depuis, la situation a évolué pour Hatton. Et il est possible qu’à l’époque, les différentes parties impliquées imaginaient encore qu’un accord global entre le PGA Tour, le DP World Tour et le Public Investment Fund — soutien financier de LIV Golf — permettrait de régler ce dossier complexe.

Jon Rahm : « Je n’aime tout simplement pas la situation. Je pense que nous devrions être libres de jouer où nous voulons, de choisir nos tournois, et ne pas être contraints dans nos décisions. Surtout moi. Je ne peux pas parler pour les autres, seulement pour moi. »

Mise en perspective : Jon Rahm fait ici preuve d’une lecture contestable de la situation. Il sait qu’il existe des règles propres à chaque circuit. Il sait aussi que, avant son arrivée sur LIV Golf, le DP World Tour avait remporté une procédure d’arbitrage lui permettant d’appliquer strictement ses règles sur les événements concurrents. Enfin, il sait qu’il n’est pas libre de jouer où il veut lorsque LIV Golf est en compétition : il est contractuellement engagé à y participer.

Jon Rahm : « Je ne sais pas quel jeu ils essaient de jouer actuellement, mais on a l’impression qu’ils utilisent notre influence sur les tournois, qu’ils nous sanctionnent financièrement, et qu’ils cherchent à en tirer profit dans les deux sens de ce que nous pouvons apporter. D’une certaine manière, ils exploitent des joueurs comme moi, et des jeunes joueurs qui n’ont rien à voir avec la politique du golf. »

Mise en perspective : Il ne fait aucun doute que le DP World Tour adapte sa position pour tenter de réintégrer certains joueurs de LIV Golf dans ses tournois. Cela s’explique sans doute aussi par la pression des sponsors et des organisateurs : les tournois en Espagne souhaitent la présence de Rahm et ne se préoccupent guère des enjeux politiques, tout comme ceux en Allemagne espèrent revoir Martin Kaymer. De la même manière, les organisateurs aimeraient pouvoir compter sur Sergio Garcia. Le terme « exploitation » paraît toutefois excessif, d’autant que Rory McIlroy avait décrit l’offre comme « généreuse » la semaine précédente : elle permet d’assouplir certaines règles en échange de deux tournois supplémentaires et de la suppression des sanctions futures.

Jon Rahm : « Je leur ai même dit, et c’est assez ironique, que s’ils ramenaient ça à quatre tournois, comme le minimum l’indique, je signerais le soir-même. Mais ils n’ont pas accepté. Je refuse simplement de jouer six tournois. Je n’en ai pas envie, et ce n’est pas ce que prévoient les règles. »

Mise en perspective : Pris isolément, cet aveu est intéressant : Jon Rahm serait prêt à accepter l’accord avec quatre tournois obligatoires. Cela suggère que sa position de principe n’est pas totalement figée. Mais les règles en question sont plus complexes qu’un simple minimum de participation : il s’agit avant tout d’un échange global permettant la suppression des demandes de dérogation et des amendes.

Il reste difficile d’imaginer un scénario dans lequel ce dossier ne finit pas par se régler. Mais les options sont encore nombreuses — et la voie la plus simple, pour l’instant, serait que Rahm accepte l’accord proposé.

 

Découverte du parcours d’Augusta

Chris Gotterup a effectué sa première visite à Augusta National au cours du premier trimestre et a pleinement profité de l’expérience, accompagné de son père et de son frère pour une première reconnaissance mémorable. Comme le veut le protocole, il devait jouer en compagnie d’un membre d’Augusta National.

« On peut venir avec deux invités, mais il faut jouer avec un membre », a-t-il expliqué. « Il faut donc trouver quelqu’un qui accepte de vous emmener et de passer la journée avec vous. Par chance, la personne qui nous a accompagnés était un local, très sympa, qui nous a tout montré sur le parcours. On a passé la journée entière là-bas. On a joué le parcours de par-3. On a tout fait. »

Interrogé sur ses premières impressions du parcours où il disputera plus tard son premier Masters, Chris Gotterup a poursuivi : « Le fairway du 18 est beaucoup plus étroit que ce que la télévision laisse penser. Et le trou n°2 sans public est complètement différent : le green paraît énorme à la télévision, avec tous les spectateurs derrière, mais en réalité il semble beaucoup plus petit, très différent visuellement, avec une herbe parfaite. C’est assez surprenant. Et je dirais aussi que le green du 1 est beaucoup plus exigeant que ce que la télévision montre. On a déjà un coup de départ difficile, puis il faut un excellent second coup pour atteindre la bonne zone du green. »

Article publié le 09/03/2026 sur si.com. Traduction : Lisa Deleforterie
RECOMMANDÉS