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Mohammed Ben Sulayem veut faire sauter la limite des mandats à la présidence de la FIA

Réélu sans opposition fin 2025, Mohammed Ben Sulayem souhaite modifier les statuts de la FIA afin de supprimer la limite actuelle de trois mandats présidentiels. Présentée comme une harmonisation des règles de gouvernance, cette réforme relance les critiques sur la concentration du pouvoir au sein de l’instance dirigeante du sport automobile.
Mohammed Ben Sulayem est président de la FIA depuis 2021. (Photo by Johnny Fidelin/Icon Sport) - Photo by Icon Sport

Mohammed Ben Sulayem pourrait-il rester à la tête de la FIA au-delà des douze années actuellement autorisées ? La question est désormais posée. Selon les informations de la BBC, le président de la Fédération Internationale de l’Automobile souhaite proposer une modification des statuts de l’instance afin de supprimer la limite du nombre de mandats présidentiels.

Aujourd’hui, les règles sont claires : un président de la FIA peut exercer au maximum trois mandats de quatre ans, consécutifs ou non. Cette disposition, inscrite à l’article 20.10 des statuts, fixe donc à douze ans la durée maximale passée à la tête de la fédération. Une limite instaurée sous la présidence de Jean Todt, qui l’avait lui-même respectée en quittant ses fonctions fin 2021 après trois mandats.

Son successeur, Mohammed Ben Sulayem, élu pour la première fois en 2021 puis reconduit sans opposition fin 2025, souhaite désormais faire évoluer le règlement. La proposition doit être discutée puis soumise au vote lors de la prochaine assemblée générale de la FIA, prévue le mois prochain. D’après plusieurs observateurs, son adoption semble probable, tant le dirigeant émirati dispose d’un solide soutien au sein de la fédération, notamment parmi les clubs et petites fédérations nationales.

Une réforme présentée comme une harmonisation

Officiellement, la FIA défend une logique de cohérence interne. Un porte-parole de la fédération a expliqué qu’une proposition avait été présentée afin de mettre en place « une approche cohérente en matière de mandat » entre les différentes instances de la fédération. Les Conseils mondiaux et le Sénat ne sont en effet pas soumis à une limite équivalente.

L’argument consiste donc à aligner les règles applicables au président de la FIA sur celles d’autres organes de l’institution. La réforme concernerait également certains postes aujourd’hui soumis à la même limite, comme la présidence du comité antidopage ou celle du comité chargé du plafond budgétaire en Formule 1.

Mais le choix de supprimer la limitation, plutôt que de l’étendre à l’ensemble des postes de responsabilité, interroge. D’autant que la fonction présidentielle demeure évidemment la plus stratégique au sein de la FIA. En cas d’adoption, Ben Sulayem pourrait, en théorie, continuer à se présenter tant qu’il respecte les autres critères statutaires, notamment la limite d’âge fixée à 70 ans au moment de l’élection.

Cette perspective intervient alors que le président émirati, âgé de 64 ans, a déjà obtenu un second mandat. Selon les règles actuelles, il pourrait encore briguer un troisième et dernier mandat. La suppression de la limite changerait donc la portée politique de son avenir à la tête de l’instance.

Le précédent historique pèse lourd dans le débat. Avant Jean Todt, feu Max Mosley avait dirigé la FIA de 1993 à 2009, soit seize années marquées par une forte personnalisation du pouvoir et, en fin de règne, par des tensions majeures avec les écuries et les constructeurs. C’est précisément pour éviter ce type de long cycle présidentiel que la limitation des mandats avait été introduite.

Une gouvernance déjà sous tension

La réforme ne surgit pas dans un climat apaisé. La gouvernance de la FIA fait déjà l’objet de vives critiques depuis plusieurs mois, notamment après l’élection présidentielle de 2025, remportée par Mohammed Ben Sulayem sans opposition effective. Plusieurs personnalités avaient envisagé de se présenter, mais les règles de candidature ont fortement réduit leurs possibilités.

Parmi les points les plus contestés figure l’obligation, pour chaque candidat, de présenter une liste complète de vice-présidents issus de différentes régions du monde et sélectionnés parmi les membres éligibles du Conseil mondial. Or, pour l’Amérique du Sud, une seule personne remplissait les conditions : Fabiana Ecclestone, déjà engagée dans l’équipe de Ben Sulayem. Cette configuration a rendu pratiquement impossible la constitution d’une liste concurrente.

Laura Villars, qui souhaitait se présenter à la présidence, a d’ailleurs saisi la justice pour contester les conditions de l’élection. D’autres figures, comme l’ancien commissaire FIA Tim Mayer, ont également critiqué un système jugé trop verrouillé. Mayer estime que la limitation des mandats constitue « une garantie fondamentale de bonne gouvernance », indispensable pour éviter une concentration excessive du pouvoir et favoriser le renouvellement des idées.

Or, de nouvelles mesures pourraient encore durcir les conditions d’accès à la candidature. Parmi les pistes évoquées figurent l’obligation de justifier d’une expérience suffisante au sein d’un organisme membre de la FIA ou d’une instance de la fédération, ainsi qu’un allongement du délai pour fournir la liste des vice-présidents, de 49 à 100 jours avant l’élection. Autant de changements susceptibles de compliquer davantage l’émergence d’une opposition structurée face à un président sortant.

Depuis son arrivée à la tête de la FIA, Mohammed Ben Sulayem a déjà connu plusieurs épisodes de tension. Ses relations avec Liberty Media, détenteur des droits commerciaux de la Formule 1, ont parfois été délicates. Sa ligne dure sur les propos injurieux des pilotes, en F1 comme en rallye, a également suscité des critiques. Son mandat a par ailleurs été marqué par de nombreux départs de responsables au sein de l’organisation, alimentant les interrogations sur le fonctionnement interne de la fédération.

Dans ce contexte, la volonté de supprimer la limite des mandats prend une dimension hautement politique. Pour ses soutiens, il s’agit d’assurer la stabilité et la continuité d’une institution complexe, à un moment où le sport automobile connaît de profondes transformations. Pour ses détracteurs, cette réforme risque au contraire de renforcer un pouvoir déjà très centralisé et de réduire encore les contre-pouvoirs.

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