Mercedes ne montera finalement pas au capital d’Alpine F1. Selon les informations rapportées par la BBC, confirmées par plusieurs sources reprises par l’AFP, le constructeur allemand Mercedes-Benz et son écurie Mercedes-AMG F1 se sont retirés des négociations visant à racheter les 24 % détenus par le fonds d’investissement new-yorkais Otro Capital dans l’équipe de Formule 1 détenue majoritairement par Renault.
Les discussions, menées depuis plusieurs mois, portaient sur une entrée minoritaire mais stratégique au capital d’Alpine F1. L’écurie, dont les activités sont réparties entre Viry-Châtillon, en région parisienne, et Enstone, au Royaume-Uni, reste détenue à 76 % par Renault. Les 24 % restants sont entre les mains d’Otro Capital, entré au capital en 2023.
C’est précisément sur la valeur de ces parts que les discussions ont pris fin. D’après la BBC, Otro Capital réclamait 536 millions de livres sterling, soit environ 618 millions d’euros, pour céder sa participation. Une somme qui valorisait l’ensemble d’Alpine F1 à 2,2 milliards de livres, soit environ 2,5 milliards d’euros. Mercedes aurait jugé ce montant trop éloigné de la valeur réelle de l’écurie.
Le groupe allemand estimait plutôt Alpine entre 1,6 et 1,8 milliard de livres, soit nettement moins que le prix implicite demandé par Otro. L’écart est d’autant plus sensible que le fonds américain aurait acheté ses parts en 2023 pour environ un tiers du montant réclamé aujourd’hui. Contactée par l’AFP, Mercedes-AMG F1 n’a pas souhaité commenter.
La position de Mercedes s’explique aussi par la situation sportive et financière d’Alpine. L’équipe, déficitaire, a terminé dernière du Championnat du monde des constructeurs en 2025. Elle occupe actuellement la cinquième place cette saison, un net redressement, mais insuffisant pour justifier, aux yeux du constructeur allemand, une valorisation aussi ambitieuse.
Cette issue met un terme, au moins provisoirement, à un rapprochement capitalistique qui aurait renforcé des liens déjà existants entre les deux structures. Depuis cette saison, Alpine utilise en effet les moteurs Mercedes, à l’instar de McLaren et Williams. Le motoriste allemand équipe également les monoplaces de ses propres pilotes, l’Italien Kimi Antonelli, actuellement en tête du championnat, et le Britannique George Russell.
Renault garde la main, Briatore poursuit la transformation
Du côté de Renault, actionnaire majoritaire, la prudence reste de mise. Une source interne citée par la BBC a indiqué avoir « cru comprendre que les discussions s’étaient arrêtées ». Le constructeur français disposerait par ailleurs d’un droit de veto jusqu’à l’automne, lui permettant de bloquer d’éventuelles négociations avec d’autres investisseurs.
Même sans entrée de Mercedes au capital, Alpine poursuit sa réorganisation. L’équipe a été reprise en main par Flavio Briatore en mai 2024. L’homme d’affaires italien cherche à replacer Alpine dans une dynamique plus attractive, sur le plan sportif comme commercial.
Dernier signe de cette stratégie : l’arrivée annoncée de Gucci comme sponsor titre d’Alpine à partir de 2027. Ce partenariat illustre la volonté de donner à l’écurie une image plus premium et internationale. Il s’inscrit aussi dans un réseau de relations personnelles, Briatore connaissant bien Luca de Meo, ancien directeur général de Renault et désormais à la tête de Kering, propriétaire de Gucci.
Mais ces mouvements capitalistiques et commerciaux interrogent une partie du paddock. Fin avril, Zak Brown, directeur général de McLaren, avait dénoncé les liens financiers croissants entre écuries concurrentes, estimant qu’ils pouvaient menacer « l’intégrité du sport automobile ». Sans viser explicitement Alpine ou Mercedes, le dirigeant américain pointait une tendance de fond : la multiplication des intérêts croisés dans une Formule 1 devenue un actif financier très convoité.
Le retrait de Mercedes ne clôt donc pas toutes les questions. Otro Capital reste propriétaire de près d’un quart d’Alpine F1, Renault conserve la majorité et l’équipe cherche encore à consolider son avenir dans un contexte de valorisation explosive des écuries de Formule 1. La discipline attire de nouveaux investisseurs, portée par son audience mondiale et par une rentabilité devenue centrale dans son modèle économique.
Pour Alpine, l’enjeu est désormais double : poursuivre son redressement sportif tout en clarifiant son avenir capitalistique. Le prix demandé par Otro Capital a refroidi Mercedes, mais il témoigne aussi des ambitions financières qui entourent aujourd’hui la F1. Reste à savoir si un autre investisseur acceptera de payer le montant espéré, ou si le fonds américain devra revoir ses prétentions à la baisse.