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Formule 1 : avec l’ADUO, les motoristes entrent dans une partie d’échecs

Au cœur des discussions depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation de la Formule 1, les écuries sont désormais fixées sur leurs possibilités de faire évoluer leur groupe moteur. Récit du début d’une longue partie d’échecs.
George Russell (GBR), Mercedes AMG Formula One Team W17, et Pierre Gasly (FRA), Alpine F1 Team A526, lors du Championnat du monde de Formule 1, Grand Prix de Monaco du 7 juin 2026, Copyright : Charniaux / XPB Images. Photo : Icon Sport.

C’est une des étapes majeures de cette saison 2026 de Formule 1 : les premiers résultats de la FIA concernant les mesures de performance des groupes moteurs sont tombés. L’ADUO, ou Additional Development and Upgrade Opportunities, est un système mis en place par la FIA censé aider certains motoristes en ce début de nouvelle réglementation.

Pour rappel, 2026 marque la première année en Formule 1 où les écuries ont dû développer des moteurs avec une répartition sensiblement égale entre la partie thermique et la partie électrique de leur moteur. De ce fait, les écarts sont nombreux entre les différents groupes moteurs présents parmi les 22 monoplaces du plateau. C’est dans ce contexte de performances très étalées sur l’ensemble de la grille qu’entre en jeu l’ADUO.

Un système pensé pour lisser les performances moteur

Le système de la FIA a un protocole bien précis pour déterminer qui bénéficiera de l’ADUO. L’instance qui s’occupe de la Formule 1 mesure les performances des groupes moteurs développés par chaque motoriste, à savoir Mercedes, Red Bull-Ford, Ferrari, Audi et Honda. Plus précisément, cette évaluation porte sur la partie thermique des unités de puissance, via un indice appelé ICE Performance Index, et non sur la performance globale du groupe propulseur.

Il est important de noter que General Motors, qui travaille avec Cadillac, a également un rôle dans les discussions autour des évolutions de la réglementation moteur, en raison de sa volonté de développer son propre groupe moteur d’ici 2029. Cadillac utilise toutefois un moteur Ferrari en 2026, en attendant l’arrivée de GM comme motoriste.

Seule la FIA a connaissance des tests et de la manière dont ils sont menés, afin d’éviter que des écuries cachent de la performance pour bénéficier de l’ADUO. À la suite de ces tests, un classement de la partie thermique des groupes moteurs est établi avec des scores de performance attribués à chaque motoriste. Une unité de puissance est donc classée comme référence. En fonction de l’écart avec cette dernière, les motoristes se voient attribuer, ou non, la possibilité d’apporter des modifications à leur groupe moteur.

L’ADUO ou l’aubaine inattendue pour Mercedes

Ultra dominante depuis le début de la saison, avec une avance moyenne de 350 millisecondes en qualification sur ses rivales, Mercedes était désignée par l’ensemble des observateurs assidus comme la favorite logique pour être la référence de l’ADUO. Mais quelle ne fut pas la surprise du constructeur allemand lorsque, ce week-end à Monaco, la FIA n’a pas seulement désigné Red Bull-Ford comme référence, mais que Mercedes s’est aussi retrouvée éligible à l’ADUO.

En effet, l’écurie dirigée par l’emblématique Toto Wolff se situe dans une fenêtre de plus de 2 % de retard par rapport à Red Bull-Ford sur l’indice thermique retenu par la FIA. Cette situation lui octroie une évolution possible sur son groupe moteur, ainsi qu’une augmentation pouvant aller jusqu’à 3 millions de dollars de budget et du temps supplémentaire sur banc d’essai.

Une annonce pour le moins inattendue, qui peut s’expliquer rationnellement : Mercedes est l’un des motoristes qui maîtrise le mieux l’hybridation de son moteur. En plus d’être forte de son immense expérience dans la discipline reine du sport automobile, Mercedes produit son propre moteur, ce qui lui permet, en début de réglementation, de mieux intégrer son groupe moteur au sein du châssis de la monoplace.

Red Bull grand perdant, Ferrari déçue, Honda dans les choux

L’incertitude planait autour de la performance intrinsèque du moteur Red Bull-Ford, développé par Red Bull Powertrains avec l’appui de Ford, et c’est peu dire que les géants autrichien et américain ont fait du bon travail. En revanche, cette nouvelle, qui devrait les réjouir, a eu l’effet d’un coup derrière la tête tant la monoplace pilotée par Max Verstappen est en difficulté depuis le début de la saison. Elle expose alors ses faiblesses au niveau du châssis et de l’hybridation.

Ferrari se situe, à l’instar d’Audi, au-delà du seuil ouvrant droit à des évolutions supplémentaires. Honda, motoriste d’Aston Martin, est également concerné par ces possibilités de développement. Une position qui ne convient que moyennement à Fred Vasseur, qui comptait grandement sur l’ADUO afin de combler l’écart qui sépare Ferrari de Mercedes.

Selon les éléments rapportés par Sky Sports, Mercedes peut effectuer une évolution supplémentaire, tandis que Ferrari, Audi et Honda peuvent en effectuer deux. Aston Martin, dont le moteur est développé par Honda, accuse un retard important sur la partie thermique et pourrait donc bénéficier indirectement des ressources accordées au motoriste japonais pour combler le fossé qui le sépare du reste de la grille.

ADUO et puis s’en va

L’annonce n’avait pas fait beaucoup de bruit, mais la donne pourrait bien changer. Les motoristes sont parvenus à un accord de principe avec la FIA afin de modifier la répartition thermique – électrique dès la saison prochaine. L’objectif serait de passer d’un équilibre proche du 50-50 à une répartition autour de 60 % pour le moteur thermique et 40 % pour l’électrique.

Néanmoins, cette évolution doit encore être formellement validée par les instances compétentes. Elle passerait notamment par une hausse d’environ 50 kW de la puissance thermique et par une baisse correspondante de la puissance électrique fournie par l’ERS.

Et c’est à partir de là que les annonces récentes viennent faire leur effet. Pour rappel, avant que le moteur Red Bull-Ford ne soit désigné comme référence par la FIA concernant l’ADUO, seuls deux des six acteurs concernés étaient clairement favorables à un potentiel changement : Mercedes et Red Bull-Ford. Avec la nomination du moteur autrichien comme référence thermique, l’écurie dirigée par Laurent Mekies n’a plus forcément intérêt à changer de position. En revanche, Mercedes, grande gagnante avec l’ADUO, pourrait potentiellement revoir la sienne.

Une situation où chacun a des intérêts à défendre

Reste donc Ferrari, Audi, Honda et General Motors. La première, qui n’était pas favorable jusque-là à un changement, pourrait bien changer de point de vue. Ferrari dispose cette année d’une voiture compétitive et espérait bénéficier d’un ADUO auquel Mercedes n’aurait pas accès. Or, ce n’est pas ce qu’il s’est produit. Il est donc tout à fait envisageable que l’écurie italienne rejoigne le camp favorable au changement.

En revanche, Audi, qui a déjà investi massivement pour racheter Sauber, écurie iconique de la grille, et se faire un chemin dans la plus prestigieuse des compétitions automobiles, se verrait mal abandonner après seulement un an en compétition le groupe moteur pour lequel elle a engagé des moyens considérables. De même, General Motors, qui devrait produire son propre groupe moteur d’ici 2029, ne souhaite pas assister à un changement majeur deux ans avant son entrée en Formule 1 comme motoriste.

De son côté, Honda est resté en Formule 1 en grande partie grâce à cette nouvelle réglementation, alignée avec son objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Mais au vu du retard qui est le sien, sa position pourrait encore être amenée à changer.

Une situation qui est vouée à évoluer dans les prochaines semaines, où chaque écurie aura à cœur de défendre sa position afin de parvenir, ou non, à un accord formel. À ce stade, la date butoir du 23 juin doit être vérifiée avec une source réglementaire solide avant d’être conservée dans le papier. Sans confirmation, mieux vaut écrire que les discussions doivent encore aboutir à une validation formelle avant toute modification effective du règlement 2027.

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