Il n’était pas le favori absolu au moment du départ de la course, hier matin à 7 heures, alors que la brise alpine rafraîchissait l’atmosphère de Morzine, chargée par l’enjeu de ce rendez-vous. Et pourtant, Grégory Basilico a rapidement pris la mesure du parcours, des sensations – surtout des douleurs – pour révéler toute l’étendue de son talent d’athlète ultra, finalement taillé pour ce type d’épreuve.
« C’était un nouveau challenge… ça a vraiment bien marché »
Une performance qui impressionne d’autant plus qu’il s’agissait d’une première sur ce format Ultra. Quelques instants après avoir franchi la ligne d’arrivée, encore marqué par l’effort, Grégory Basilico s’est confié au micro de Sports Illustrated France :
« Pour moi, c’était un nouveau challenge en Spartan Race. Ça a vraiment bien marché. Je suis hyper content d’aller chercher ce nouveau titre aujourd’hui. »
Le Français n’a pourtant rien eu d’un vainqueur en gestion :
« Il a fallu aller chercher très loin dans l’effort et dans mes ressources, parce que c’était vraiment très dur aujourd’hui. »

Malgré une carrière riche en expérience sur route, en trail et en cross, la transition vers ces disciplines hybrides cache bien des difficultés. Pour l’Ultra Spartan Race World Championship à Morzine, ce sont 50 km de parcours et 3 500 mètres de dénivelé positif, ponctués de 60 obstacles d’une variété déconcertante, avec pour objectif de solliciter chaque recoin du corps humain.
Le parcours de l’édition 2026 était inédit et particulièrement exigeant, puisque Vincent Di Benedetto, directeur de course, a ajouté 500 mètres de dénivelé par rapport à l’année précédente.
Porter des bûches et des chaînes rouillées, grimper des filets, franchir des murs inclinés, réussir un lancer de lance, nager dans un lac de haute montagne, ramper sous des fils barbelés : autant d’épreuves qui terroriseraient le commun des mortels, à mesure que les kilomètres s’accumulent dans les jambes.
« J’ai compensé avec le mental »
C’est en quête de nouvelles sensations que Grégory Basilico s’est tourné vers cette discipline en 2019, après avoir déjà beaucoup accompli dans la course à pied traditionnelle et le cross.
Cette victoire prend une dimension encore plus forte au regard de sa préparation. Loin des terrains alpins, Basilico a dû composer avec un désavantage structurel.
« Malheureusement, je n’habite pas en montagne. J’ai dû adapter mon entraînement. J’ai essayé de faire au mieux, même si je partais avec un handicap par rapport à ceux qui vivent à Chamonix ou dans les Dolomites. Je pense que j’ai compensé avec le mental aujourd’hui. Après, il y a aussi le talent. »

En l’espace de sept ans, Basilico a montré que l’extrême difficulté des Spartan Races lui correspondait parfaitement. Dès novembre 2023, en Grèce, il devient champion du monde Trifecta grâce au meilleur temps cumulé sur les trois formats de course : le Sprint (environ 5 km et 20 obstacles), le Super (environ 10 km et 25 obstacles) et le Beast (environ 21 km et 30 obstacles). Un exploit retentissant qui confirme son statut d’athlète hybride, fort de son passé de coureur et d’ancien militaire.
L’année suivante, en Autriche, Grégory Basilico décroche un second sacre, cette fois à l’échelle européenne. Depuis, il a remporté deux autres titres mondiaux, un doublé aux championnats du monde Beast en 2024 et 2025 à Abu Dhabi.
Ce succès, Basilico l’explique en partie par son passé militaire.
« Grâce au parcours du combattant chez les militaires, je peux utiliser certaines techniques de franchissement en Spartan Race. Le mental que j’ai acquis pendant cette période est aussi un atout important. »
« Ma carrière est plus derrière moi que devant moi »
Mais derrière les performances se cache surtout une discipline de fer.
« Il ne faut pas se le cacher, il y a énormément de travail derrière. Il y a des années d’entraînement, beaucoup de sacrifices et des choix de vie. Ce sont des victoires comme celle-ci qui permettent de donner du sens à tout ça. »
À 39 ans, ce prestigieux titre d’Ultra World Championship vient récompenser un parcours unique, une abnégation sans faille et une volonté profonde de repousser les limites de la Spartan Race.
Un succès que Grégory Basilico savoure pleinement, tout en gardant un regard lucide sur la suite de sa carrière.