Dans le brouhaha du Chase Center, le soir du 31 octobre, Gabby Williams n’a pas remporté un match. Elle a conclu une année hors norme. Deux points à la pause, trente au coup de sifflet final : la Française a renversé la soirée, puis Atlanta (68-63), lors du septième et dernier match des finales WNBA. Au bout, le premier titre des Golden State Valkyries, franchise entrée dans la ligue en 2025, et un trophée de MVP des finales jamais remporté jusque-là par une Française. En une saison, l’ailière a gagné sur deux continents et s’est imposée partout grâce à sa défense et à son audace.
Un triplé à Istanbul
Avec Fenerbahçe, Williams a remporté le championnat et la Coupe de Turquie avant de s’adjuger l’Euroligue, le 19 avril, aux dépens du grand rival Galatasaray (68-55), au terme d’une saison où son club stambouliote aura connu une domination presque sans partage : quarante-trois victoires en quarante-quatre rencontres sur ces trois compétitions. Pour l’internationale française, sacrée une première fois avec Sopron en 2022, c’était un deuxième titre continental, obtenu au sein d’un effectif où figurait également sa compatriote Iliana Rupert.
Dans cette armada, Williams n’était pas une simple lieutenante. Élue meilleure défenseuse d’Euroligue pour la troisième fois de sa carrière, après 2021 et 2025, elle a montré ce qui fait d’elle une joueuse si spéciale : sa capacité à perturber la circulation du ballon, à changer de vis-à-vis et à peser sur un match sans attendre que les tirs rentrent. Les titres se sont accumulés, mais surtout, son influence ne se comptait pas qu’en points.
Du Nevada au maillot bleu
Née en 1996 dans le Nevada, d’un père américain et d’une mère française, Williams a d’abord excellé en saut en hauteur, jusqu’à terminer cinquième des sélections olympiques américaines en 2012 et à obtenir le statut de remplaçante. Des blessures au genou l’ont ensuite conduite à privilégier le basket. À l’université du Connecticut, elle a remporté deux titres NCAA, en 2015 et 2016, avant d’être choisie au quatrième rang de la draft WNBA 2018 par Chicago. La suite s’est écrite entre les États-Unis et l’Europe, de Gérone à Sopron, puis Lyon et Istanbul.
Son identité sportive, elle aussi, a traversé l’Atlantique. Après avoir appris la langue française auprès de sa grand-mère, elle est devenue l’un des maillons forts des Bleues. Médaillée de bronze aux Jeux de Tokyo, puis d’argent à Paris en 2024, Williams s’est installée dans le rôle de leader de l’équipe de France. Pas seulement par son talent, mais par sa façon d’assumer les responsabilités dans les matchs importants.
Avec les Bleues, la cicatrice du Mondial
En septembre, à Berlin, la France a atteint la première finale mondiale de son histoire, portée par sa capitaine. Face à l’Allemagne en demi-finale (86-64), Williams a signé 22 points, cinq rebonds, cinq passes et quatre interceptions. Contre les États-Unis, le rêve a de nouveau buté sur l’armada américaine : défaite 97-79, deux ans après la finale olympique perdue d’un point à Paris.
Paradoxalement, l’une de ses plus fortes performances collectives s’est conclue sans le titre au bout. Avec 18,7 points, 4,8 rebonds et quatre passes de moyenne au Mondial, Williams a intégré le meilleur cinq du tournoi et reçu le prix de meilleure défenseuse.
Golden State, le pari gagnant
Quelques mois plus tôt, en avril, Williams avait quitté Seattle pour rejoindre Golden State. Un choix ambitieux : les Valkyries n’avaient qu’une saison d’existence en WNBA, même si elles avaient déjà découvert les play-offs. Dans l’équipe de Natalie Nakase, l’ancienne joueuse du Storm a trouvé un collectif construit autour de l’intensité défensive. Elle en est devenue la première joueuse de l’histoire de la franchise élue titulaire au All-Star Game.
Avec 14,4 points de moyenne en saison régulière, son record personnel, elle a aussi pris une autre place en attaque. Sa sélection dans le meilleur cinq défensif de WNBA a confirmé sa réputation ; sa capacité à créer son tir a élargi son registre. Golden State a terminé avec 32 victoires pour 12 défaites, deuxième de la saison régulière. Autour d’elle, son équipe est passée du statut d’outsider à prétendant au titre.
Le match déclic
La campagne de play-offs a fait passer la Française dans une autre dimension. Dallas écarté au premier tour, Las Vegas balayé en demi-finales, Atlanta poussé jusqu’à un septième match : Golden State a été la franchise la plus solide des play-offs. Williams, elle, a haussé le niveau à mesure que la pression et le niveau montaient. Après 26 points lors du Game 6 contre les Atlanta Dream, elle a gardé le meilleur pour la fin.
« On n’aurait jamais pu accomplir ça sans toi »
À la mi-temps du match décisif, les Valkyries étaient menées 30-24 et leur leader n’avait inscrit que deux points. La suite appartient à l’histoire : attaques du cercle, tirs primés, lancers francs décisifs. Ses trente points ont permis à son équipe de remporter le match décisif et le titre ; ses 19,6 points de moyenne sur la série lui ont valu le titre de MVP. « On n’aurait jamais pu accomplir ça sans toi », l’a remerciée sa coéquipière Kiah Stokes après le sacre. Pour Williams, longtemps reconnue d’abord comme une défenseuse d’exception, ce titre est aussi une consécration.
Une saison et un nouveau statut
Le trophée Alain-Gilles, attribué début octobre à la meilleure basketteuse ou au meilleur basketteur français de l’année, avait déjà récompensé son année, devant Victor Wembanyama, finaliste NBA avec les Spurs de San Antonio. À 30 ans, Williams possède deux Euroligues, une bague WNBA et une place centrale dans l’histoire des Bleues.
Il ne lui manque que l’or en équipe de France. C’est probablement son principal défi désormais. Gabby Williams a presque tout gagné en 2026 et s’est imposée comme une championne des deux côtés de l’Atlantique.