Ce dimanche 25 octobre, 78 488 personnes étaient présentes au Stade de France pour assister à la victoire des Pittsburgh Steelers pour le tout premier match de NFL disputé dans l’Hexagone. Plus de 700 000 téléspectateurs étaient également devant France 2 pour suivre le match en direct. Sans oublier ceux qui ont regardé la rencontre sur beIN Sports (aucun chiffre communiqué), les chaînes YouTube et Twitch de Domingo (385 000 vues au total), ou encore en différé sur la chaîne L’Équipe (environ 70 000, selon le site TouchdownActu).
Au cours de la rencontre, tous ont pu voir apparaître à l’écran (celui de la télévision ou ceux du stade) des statistiques avancées telles que la vitesse d’un joueur, la probabilité qu’il réussisse un plaquage (la « tackle probability »), ou tout simplement le nombre de yards parcourus à la course. C’est ce que la NFL appelle les « Next Gen Stats ».
500 millions de points de données récoltés par saison
Développées avec AWS, la branche de cloud computing d’Amazon, ces Next Gen Stats permettent à la Ligue nord-américaine d’expliquer le jeu à ses fans, ou à ses potentiels fans. Le public français fait bien évidemment partie de ces deux catégories, admet Josh Helmrich, responsable des Next Gen Stats au sein de la NFL.
« Les passionnés se plongent dans des statistiques spécifiques. Pour les novices, il y a des statistiques qui sont simples : combien de fois un joueur est-il entré sur le terrain ? Quelle distance a-t-il parcouru ? […] Pour simplifier, on utilise ces données pour rendre le jeu plus compréhensible, plus accessible », indique-t-il à notre micro.
Utile lorsque le football américain ressemble à un gigantesque jeu d’échecs, admet celui qui travaille depuis 18 ans au sein de la grande ligue. Et encore, les données que voient les fans à la télévision ou au stade ne représentent que « la partie émergée de l’iceberg », s’accordent à dire Josh Helmrich et Armel Negret, responsable du marché du sport chez AWS France. À titre d’exemple, sur une saison complète de NFL, plus de 500 millions de points de données sont ainsi collectés.
Une armada technologique déployée à chaque match
La récolte de ces données se déroule les jours de match. Oubliez les statisticiens présents en tribune avec leur paire de jumelles et leur carnet : une grande partie de ce suivi passe désormais par la technologie. Chaque stade accueillant une rencontre de NFL est équipé d’un système de suivi comparable, indique Josh Helmrich. Ce match délocalisé à Paris n’a donc pas échappé à la règle.
« Il y a beaucoup de technologie le jour du match. Nous essayons de ne pas trop mettre en avant cela et de l’intégrer de manière transparente », ajoute-t-il, avant de détailler le dispositif complet.
Selon leur position sur le terrain, chaque joueur porte deux à trois puces RFID dans ses épaulières. Une équipe peut compter jusqu’à 53 joueurs dans son effectif actif, dont 46 à 48 sont généralement disponibles le jour du match. Cela représente déjà environ une centaine de puces par équipe. Une puce est également présente dans les ballons utilisés pendant la rencontre. Au total, la NFL estime qu’environ 250 dispositifs de suivi sont déployés dans une enceinte lors d’un match. Ils émettent vers une vingtaine de récepteurs installés sur les hauteurs du stade.
« Le mieux est de comparer cela à un système GPS, où l’appareil capte le signal des satellites. De notre côté, ce que nous appelons le LPS (pour “local positioning”, ou positionnement local) envoie des signaux aux 22 capteurs du stade et localise en temps réel, un peu plus de 10 fois par seconde pour un joueur et 20 fois par seconde pour le ballon, la position de chaque objet », précise Josh Helmrich.
Les poteaux, les piquets d’en-but et les équipements utilisés pour matérialiser et mesurer les distances servent également de points de référence. Le flux d’informations part ensuite vers un serveur, puis vers le cloud AWS, où il est stocké, traité et distribué aux diffuseurs. « Des puces jusqu’au cloud, puis à la diffusion : tout se passe en moins d’une seconde », conclut Armel Negret, d’AWS France.
Des données utilisées par les franchises
Les fans ne sont pas les seuls à pouvoir profiter de ces statistiques avancées. Les différents diffuseurs de la NFL dans le monde les utilisent, mais aussi les équipes de la Ligue, notamment pour préparer leurs rencontres. C’est en tout cas ce que nous assure Josh Helmrich :
« Lorsque les Steelers se préparaient à affronter les Saints et inversement, je peux vous assurer qu’ils utilisaient ces données d’une manière ou d’une autre. Même si les entraîneurs ne savent pas d’où proviennent ces données – certains le savent, d’autres non –, ils les exploitent quand même ».
C’est dans cette optique que plus de la moitié des franchises ont engagé un data analyst, ajoute-t-il. D’autant plus que les équipes ont accès aux données de suivi mises à disposition par la NFL. Au-delà de l’aspect sportif, l’analyse des données sert aussi à améliorer la protection de la santé des joueurs. Si une blessure précise intervient de façon régulière sur un type d’action précis, la NFL cherche à savoir comment protéger davantage ses joueurs, notamment en adaptant au mieux les règles du jeu.