Dans la légende du vélo, ils y sont déjà entrés avec fracas et bien installés. Mais ce Paris-Roubaix de dimanche 12 avril sera peut-être, pour l’un des deux, celui d’un record de plus.
Tadej Pogacar, double champion du monde et quadruple vainqueur du Tour de France, a remporté tous les « Monuments », c’est-à-dire courses d’un jour, du cyclisme mondial. Sauf un… Paris-Roubaix, qu’il n’a découvert que l’an dernier et terminé à la deuxième place. Il est en quête du palmarès total.
Mathieu Van der Poel rêve d’un quatrième succès consécutif car il serait le premier dans l’Histoire à afficher une telle série ! Cette course est la sienne. Pas celle de l’insatiable Slovène qui l’a déjà battu partout ailleurs.
« Un duel au sommet sans le moindre doute », a assuré Christian Prudhomme, le directeur du cyclisme chez ASO en présentant le 3 avril dernier la course qui s’appelle désormais le « Paris-Roubaix Hauts-de-France ».
Et un choc de styles. Van der Poel est un coureur polyvalent, explosif, performant principalement sur les courses d’un jour. Il est d’ailleurs le premier coureur champion du monde dans trois disciplines cyclistes que sont le cyclo-cross, le cyclisme sur route et le gravel (routes goudronnées et graviers) ! Il est à l’aise sur les pavés comme il l’a tellement prouvé, gérant magnifiquement les trajectoires et les relances. Pogacar, plus léger et plus puncheur, est un adepte des attaques de loin pour faire basculer la course. Déjà, l’an dernier, les deux champions avaient enflammé la course, offrant un combat physique et mental au sommet.
Avantage Pogacar ?
D’ailleurs, le duel a commencé le week-end dernier sur le Tour des Flandres, tracé qui compte également de nombreux secteurs pavés. Van der Poel a craqué, Pogacar a gagné. Le Slovène a lâché son rival pour la… troisième fois dans cette épreuve après 2023 et 2025. Van der Poel a admis sa « défaite », finissant deuxième.
« C’est simple, Tadej était plus fort… » a-t-il déclaré. Impensable pour « VDP » de céder à nouveau lors de Paris-Roubaix. Surtout que Pogacar n’a pas donné le sentiment qu’il s’agira pour lui de l’enjeu de l’année…
« Je vais aller à Roubaix avec une grande motivation et on verra ce qui se passe. Mais il n’y a pas trop de pression sur mes épaules. La pression sera basse, comme dans les pneus… »
Du bluff, certainement, qui ne diminue en rien l’intérêt de ce « mano a mano » qui se promet entre les deux immenses champions. Au point qu’il se suffit presque à lui-même alors que des outsiders seront prêts à profiter des incertitudes d’une course qui est aussi une lutte. Contre les pavés, la poussière, la boue, la fatigue et la malchance. Paris-Roubaix échappe souvent aux pronostics avec ses chutes, crevaisons et coups de grisou.
Parmi ces outsiders, Wout Van Aert, coureur belge très complet, en quête lui aussi d’un premier succès sur cette épreuve qu’il maîtrise parfaitement puisqu’il est souvent monté sur le podium. Puissant et endurant, bien entouré par son équipe, il est le candidat le plus solide derrière les deux « monstres ». Mais aussi le Danois Mads Pedersen, excellent rouleur, très résistant et surtout grand sprinteur, qui aime quand la course devient imprévisible.
Même les sangliers…
Cette année, trente secteurs pavés couvrant 54,8 km jalonneront le tracé à partir de Troisvilles (Nord), pour un total de 258,3 km. Avec une difficulté encore accrue !
« Les quatre premiers secteurs s’enchaînent très vite, il n’y a presque pas de bitume, ce qui donne une densité de pavés inégalée », précise Thierry Gouvenou, le directeur technique de l’épreuve.
Le week-end dernier, la mythique trouée d’Arenberg a subi un carnage, défoncée par des sangliers qui ont provoqué d’importants dégâts, transformant l’herbe sur le côté en zone boueuse. Comme un clin d’œil pour rendre la course encore plus folle là où, justement, elle pourrait se jouer.
Tadej Pogacar est, depuis 2020 et sa première victoire au Tour de France, souvent comparé à Eddy Merckx, « le meilleur cycliste de tous les temps ». Mais ce dernier a remporté trois Paris-Roubaix. Dès dimanche, les historiens tatillons du vélo qui estiment que Pogacar n’est pas tout à fait l’égal de Merckx « car il manque encore Paris-Roubaix… » rangeront peut-être au tiroir leur dernier argument.
Entre Compiègne et le Vélodrome de Roubaix se jouera, déjà, l’un des rendez-vous les plus explosifs de la saison cycliste.