31 aces en cinq manches : Jannik Sinner n’avait jamais autant servi d’aces sur un match depuis le début de sa carrière. Cette statistique monumentale rassure quant à la qualité de service de l’Italien, mais elle ne suffit pas à masquer un premier tour heurté, marqué par un total de 52 fautes directes pour 72 coups gagnants. Un bilan inhabituel pour Sinner, qui traduit un manque de repères sur la surface.
Le contexte rendait toutefois cette entrée en lice particulière pour le numéro un mondial, qui n’avait plus disputé de match en compétition officielle depuis sa défaite au deuxième tour de Roland-Garros face à Juan Manuel Cerúndolo. Face au Serbe Miomir Kecmanovic, il s’est imposé 4/6 6/3 6/7 (6-8) 6/2 6/3 en près de 3h30. Un match en cinq sets qui peut s’interpréter de nombreuses manières : un excès de nervosité, un test physique, ou encore une montée en puissance calculée pour aller au bout des deux semaines à Wimbledon.
Sinner loin de son niveau de l’année dernière
Dénaturé, le tennis de Jannik Sinner n’était pas aussi flamboyant que ce à quoi il nous a habitués lors des deux dernières années. Un manque certain de clarté dans son jeu, qui s’est traduit notamment au travers de ses amortis. Ce coup, qui symbolisait en 2024 son changement de dimension dans les plus hautes sphères du tennis mondial, était aux abonnés absents lors de son premier match à Londres. Entre mauvais tempo et glissades inopinées, le tenant du titre n’a pas été verni.
Le public s’est inquiété pour le pied en sang de Jannik Sinner. Contrastant avec le traditionnel blanc de Wimbledon, la chaussure teintée de rouge de l’Italien a été l’objet de nombreux questionnements. Interrogé sur le sujet après sa victoire, il a révélé qu’un ongle était à l’origine de ce saignement inattendu. La hanche du vainqueur du jour a aussi été mise à rude épreuve. En plein cœur du troisième set de la rencontre, Sinner a glissé et est resté quelques instants au sol pour reprendre ses esprits. Une situation inquiétante en apparence, tant on connaît la fragilité du quadruple vainqueur en Grand Chelem, mais plus de peur que de mal.
Un cinq sets en trompe-l’œil
Néanmoins, il serait injuste de ne pas donner de crédit à Miomir Kecmanovic, qui n’a pas hésité à rentrer dans le lard de son adversaire. Entre coups osés et insouciance face au statut d’ultra-favori de Sinner, c’est finalement physiquement qu’il a trouvé ses limites, notamment dans les échanges longs, ne parvenant pas à prendre le dessus dans cette filière au cours des deux dernières manches.
La question subsiste : faut-il s’inquiéter pour Jannik Sinner ? La réponse n’est pas compliquée : non. Il est clair que, malgré un score accroché, les 3h30 de jeu ne devraient pas entamer le capital physique du numéro un mondial, qui n’a jamais totalement perdu le fil de la rencontre. Même s’il s’est retrouvé mené deux sets à un contre le cours du jeu, il a réussi à renverser la vapeur sans trop de difficulté.
Un scénario qui peut faire penser à Rafael Nadal. Toutes proportions gardées, à l’instar du quatuordécuple vainqueur de Roland-Garros, il ne serait pas étonnant de voir Jannik Sinner monter en puissance au fil de la quinzaine. Prochaine étape pour le numéro un mondial : Nuno Borges, face à qui il sera impératif de continuer à construire son capital confiance pour la suite du tournoi.