Arthur Fils avait débarqué à New York avec un premier Masters 1000 dans les bagages et six victoires consécutives. Il en est reparti après un seul match. Battu par Stefanos Tsitsipas (4-6, 7-6 [3], 6-1, 6-4), le 31 août, le Français de 22 ans a brutalement quitté un US Open où sa récente victoire à Cincinnati en avait fait un des principaux outsiders. Le Grec a stoppé son élan en 2 h 54.
Onzième mondial au début du tournoi, Fils figure pourtant au dixième rang du classement provisoire avec 3 150 points malgré son élimination prématurée. Sa première entrée dans le top 10 dépend encore des résultats des joueurs toujours en lice à New York.
La défaite prématurée de Novak Djokovic lui profite
Le classement ATP repose sur des résultats accumulés sur une période glissante d’environ un an. À mesure que les nouveaux points entrent dans le calcul, les anciens en sortent. Une élimination précoce ne provoque donc pas automatiquement une chute : tout dépend du résultat à remplacer et de l’évolution des concurrents.
Or Fils n’avait pas disputé l’US Open 2025, auquel il avait renoncé en raison de sa blessure. Il n’avait donc aucun point à défendre à New York. Les dix points de son premier tour cette année font même légèrement progresser son total, passé de 3 140 à 3 150 unités.
Dans le même temps, Novak Djokovic, également dominé dès le premier tour par l’Argentin Mariano Navone, va redescendre à 2 980 points dans le futur classement. Le Serbe perdra ainsi 790 points par rapport aux 800 rapportés par sa demi-finale à New York la saison passée. Mais ce recul ne suffit pas à garantir une place à Fils parmi les dix premiers : Frances Tiafoe, par exemple, le dépasserait en se qualifiant pour les demi-finales.
Les Masters 1000 comme fondations
Si Arthur Fils se rapproche du top 10, c’est d’abord pour sa saison dans les Masters 1000. Quart de finaliste à Indian Wells, demi-finaliste à Miami puis à Madrid, il a encore atteint les quarts à Montréal avant de triompher à Cincinnati. Sur ses six participations dans la catégorie en 2026, cinq l’ont donc conduit au moins en quart de finale. Seule Rome, où il a abandonné dès son entrée en lice contre Andrea Pellegrino, rompt cette série.
Cette régularité compte autant que son titre acquis dans l’Ohio. Fils a obtenu des résultats sur dur et sur terre battue, au printemps puis durant l’été nord-américain. Il a ainsi évité de faire dépendre toute sa progression d’une seule semaine exceptionnelle. Ses parcours successifs lui ont permis d’accumuler les points nécessaires pour rester au contact des meilleurs, malgré un calendrier encore contrarié par les problèmes physiques. À la Race, qui prend en compte les résultats de la saison en cours, le Français occupe provisoirement la sixième place.
Cincinnati, le changement de dimension
À Cincinnati, le Français a ajouté le titre qui venait récompenser cette régularité. Vainqueur de Frances Tiafoe en finale (6-3, 1-6, 6-0), il a remporté son premier Masters 1000 et son cinquième trophée sur le circuit. Aucun Français n’avait gagné dans cette catégorie depuis Jo-Wilfried Tsonga à Toronto en 2014.
Son parcours a également donné du poids à ce succès. Fils a notamment battu Alex de Minaur et Flavio Cobolli, deux membres du top 10, avant de conclure face à Tiafoe. Les 1 000 points du titre l’ont propulsé au onzième rang mondial, son meilleur classement. Ses demi-finales à Miami et à Madrid avaient annoncé cette capacité à avancer dans les grands tableaux ; Cincinnati lui a permis d’aller au bout.
Le chantier des tournois du Grand Chelem
Reste un point noir que le classement ne peut pas masquer. Cette saison, Fils n’a gagné qu’un match dans les deux tournois du Grand Chelem auxquels il a participé : un tour franchi à Wimbledon, aucun à New York. Sa constance en Masters 1000 ne s’est pas encore traduite dans les épreuves disputées au meilleur des cinq manches. Un décalage qu’a également connu Alexander Zverev, victorieux de son premier Masters 1000 à 20 ans, en 2017, mais qui a dû attendre l’Open d’Australie 2020 pour atteindre sa première demi-finale en Grand Chelem.
Bien que son élimination contre Tsitsipas reste une désillusion, elle ne suffit pas à annuler les résultats qui l’ont précédée. Le prochain défi d’Arthur Fils sera de prolonger cette régularité sur les deux semaines d’un Grand Chelem. En 2027, il n’aura qu’un deuxième tour à défendre à Wimbledon. Forfait à l’Open d’Australie et à Roland-Garros cette année, le Français n’aura aucun point à défendre dans ces deux tournois.