Zuffa Boxing : le projet de boxe porté par Dana White et inspiré du modèle de l’UFC

Portée par Dana White, financée par l’Arabie saoudite et pilotée par Nick Khan, Zuffa s’impose déjà comme un nouvel acteur de premier plan dans le paysage de la boxe.
Dana White
Dana White, PDG de l'UFC, tient une conférence de presse lors de la Soirée de combat UFC : Strickland contre Hernandez au Toyota Center, le 21 février 2026 à Houston, au Texas. Crédit photo : Icon Sport

Fin janvier, Zuffa Boxing a officiellement fait son entrée sur la scène de la boxe, dans une certaine discrétion. À l’affiche, un combat entre Callum Walsh et Carlos Ocampo : Walsh était un prospect prometteur, Ocampo un vétéran solide au palmarès respectable. Le scénario, lui, était très clair dès l’annonce : Walsh était largement favori (5 contre 1 selon DraftKings), et l’Irlandais (16-0-0, 11 K.-O.) a en effet vaincu Ocampo (38-4-0, 26 K.-O.) par décision unanime (98-90, 98-90, 97-91).

Mais pour les dirigeants de Zuffa, l’essentiel n’est pas le point de départ. C’est la ligne d’arrivée qui compte. L’entrée de Zuffa a été présentée comme l’une des plus attendues dans le paysage de la boxe depuis des années. Avec Dana White en figure de proue, un financement saoudien massif et Nick Khan aux commandes opérationnelles, l’organisation affichait d’emblée de fortes ambitions. Paramount+, fort de 79 millions d’abonnés, devait en être le diffuseur, avec de nombreuses synergies attendues lors des événements UFC et WWE.

L’arrivée de Zuffa sur ce marché avait été minutieusement préparée. En 2025, l’entreprise avait œuvré en coulisses pour faire avancer une législation au Congrès américain lui permettant d’opérer sur un modèle similaire à celui de l’UFC. Le texte s’était révélé controversé : Zuffa assurait qu’il renforcerait la couverture médicale des boxeurs et augmenterait les minima salariaux à l’échelle nationale. Ses détracteurs estimaient au contraire qu’il permettrait de contourner certaines protections financières existantes, notamment celles garantissant la transparence sur les revenus générés. Le projet de loi avait été adopté en janvier par la la commission de la Chambre des représentants sur l’éducation et le travail (House Committee on Education and Workforce).

Sur le plan sportif, Zuffa a déjà recruté de nombreux boxeurs de niveau intermédiaire pour étoffer son effectif. Fin janvier, l’organisation a également attiré Jai Opetaia, champion du monde des poids cruiser.

Le développement de Zuffa devait se faire progressivement, expliquait Khan à l’époque. « Nous sommes une start-up », confiait-il à Sports Illustrated. De fait, les premières affiches de la structure manquaient encore de véritables têtes d’affiche. L’ancien champion des super-légers Jose Valenzuela, le boxeur des super-welters Serhii Bohachuk et le boxeur poids lourd Efe Ajagba figuraient parmi les combattants appelés à apparaître dans les premiers événements.

« Nous allons travailler sans relâche pour gagner la confiance du public, celle des combattants qui collaborent avec nous, et pour honorer celle que Paramount+ nous accorde », explique Khan, également président de la WWE. « Ce que vous allez voir, c’est une équipe dirigeante chez Zuffa qui sait qu’elle est outsider, qui aime ce statut, et qui va tout faire pour dépasser les attentes de chacun. »

En coulisses pourtant, Zuffa ne se comportait pas totalement comme un outsider. Jai Opetaia était sans doute considéré comme le meilleur cruiserweight du moment, même s’il ne bénéficiait pas encore d’une forte notoriété. Les dirigeants de Zuffa avaient également rencontré des représentants du champion unifié Oleksandr Usyk. Plus récemment, la structure avait intensifié ses démarches pour tenter de signer le champion des poids mouches juniors Jesse Rodriguez, surnommé « Bam ».

« Nous parlons à tous ceux que nous considérons comme les talents les plus prometteurs au monde, ou susceptibles de le devenir », a déclaré White. « Je veux signer tous ceux que nous pensons capables d’être les meilleurs du monde, ou déjà les meilleurs du monde, et organiser les meilleurs combats possibles. »

Chez l’UFC, Dana White avait transformé une organisation en difficulté en puissance dominante. À l’automne précédent, Paramount+ avait signé un accord de sept ans et 7,7 milliards de dollars avec l’UFC pour en devenir le diffuseur exclusif. Dans les arts martiaux mixtes, la promotion était devenue plus grande que ses combattants eux-mêmes. Il en allait de même pour la WWE : les billets se vendaient avant même que les affiches soient connues.

Zuffa ambitionne une logique similaire. Le modèle actuel de la boxe est défaillant, estime Khan. Les chaînes américaines ont largement déserté le sport. Autrefois en concurrence avec la NFL et la NBA pour l’audience, la boxe a été reléguée en périphérie.

« Ce que Dana et nous devons faire sur le plan opérationnel, c’est proposer un produit suffisamment attractif pour donner envie aux gens de le regarder », explique Khan. « Cela fait trop longtemps qu’on voit toujours la même chose : un Fighter A+ contre un Fighter C+, des combats à sens unique, avec l’idée de faire monter un boxeur jusqu’à 30–0 avant de lui organiser un combat événement unique en pay-per-view. »

« Que nous réussissions ou non, ce sera au public d’en juger. Si vous avez un bon produit et un peu de succès, vous pouvez obtenir de bons chiffres d’audience. » L’objectif, poursuit Khan, est de concevoir des événements de boxe qui s’apparentent davantage à l’UFC et à la WWE : des cartes composées de combats compétitifs, des affrontements équilibrés, et des main events de haut niveau.

Les défis, toutefois, restent considérables. L’UFC fonctionne comme une situation de quasi-monopole, tandis que la WWE domine son secteur. La boxe, elle, est fragmentée : les talents y sont dispersés. Aux débuts de l’UFC, Dana White a pu racheter ou éliminer ses concurrents. La WWE a procédé de la même manière en absorbant sa principale rivale, la World Championship Wrestling, en 2001.

Reproduire une telle domination dans la boxe sera bien plus complexe. Matchroom Boxing est une structure puissante, soutenue par un diffuseur solidement financé, DAZN. Golden Boy Promotions, la société d’Oscar De La Hoya, bénéficie d’un modèle similaire. D’autres promoteurs comme Top Rank, Queensberry Promotions et Boxxer se disputent également les talents.

Certains managers se montraient déjà réservés à l’idée d’envoyer leurs meilleurs boxeurs vers Zuffa, l’organisation affichant clairement une volonté d’adopter une approche « UFC », en exposant rapidement les jeunes talents à des combats difficiles. « Si j’ai un boxeur avec quelques défaites, qui ne génère pas beaucoup d’intérêt, oui, je l’orienterais vers eux », confiait un manager influent à Sports Illustrated. « Mais si j’ai un jeune talent prometteur, avec du potentiel et une vraie capacité à vendre des billets, non. Je l’orienterais ailleurs. »

Les messages envoyés par Zuffa apparaissaient déjà contradictoires. Dana White avait affirmé vouloir fonctionner en dehors du système des fédérations de titres. Dans une vidéo promotionnelle du premier gala, on le voyait même entrer sur le ring avec une ceinture Zuffa. Pourtant, lors de la signature de Jai Opetaia, champion IBF, l’organisation s’était engagée à lui permettre de poursuivre des combats d’unification. Des promesses similaires avaient été faites à d’autres boxeurs, selon des sources proches des négociations citées par Sports Illustrated.

« Tous ces boxeurs viennent de quelque part, ils avaient des plans et des rêves quand ils étaient enfants et qu’ils ont enfilé leurs premiers gants », a déclaré White. « Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour leur permettre de réaliser ce qu’ils ont toujours voulu accomplir. »

Sur le plan financier, TKO, maison mère de Zuffa, assume un « risque minimal », a expliqué son président et directeur des opérations Mark Shapiro lors d’une conférence avec les investisseurs l’été dernier. TKO perçoit environ 10 millions de dollars pour la gestion et l’exploitation du projet, précise-t-il. « C’est uniquement de la marge pour nous », a-t-il ajouté. « TKO n’a aucune obligation de financement. »

Le financement, lui, provient de l’Arabie saoudite, sous l’impulsion de Turki Alalshikh, président de la General Entertainment Authority, et de Sela, filiale du Public Investment Fund. Alalshikh est aujourd’hui considéré comme l’une des figures les plus influentes de la boxe mondiale : il possède notamment The Ring Magazine et a financé plus d’une dizaine de galas majeurs. Dans une interview accordée à Sports Illustrated l’an dernier, il décrivait White comme une « force de la nature » et disait être convaincu que cette coentreprise serait un succès.

Mais Zuffa n’était pas la seule structure avec laquelle travaillait Turki Alalshikh. La semaine suivante, il finançait une affiche dominée par Shakur Stevenson et Teofimo Lopez. Ce gala était promu par Matchroom Boxing et diffusé sur DAZN. Le mois suivant, Sela co-promouvait un autre événement diffusé par DAZN, avec en tête d’affiche Ryan Garcia et Mario Barrios.

Khan ne voit aucun problème au fait qu’Alalshikh collabore avec d’autres promoteurs. « Je ne considère pas Turki comme quelqu’un qui joue sur plusieurs tableaux, d’aucune manière », affirme-t-il. « Turki est un excellent partenaire. » Khan entretient par ailleurs des liens profonds avec la boxe : il a représenté Freddie Roach et géré Manny Pacquiao ainsi que James Toney. En tant qu’agent, il a également négocié des accords télévisés lucratifs entre Top Rank et ESPN. Un promoteur a confié à Sports Illustrated : « Nick est la raison pour laquelle tout cela peut fonctionner. »

Khan sait que des difficultés apparaîtront tôt ou tard. « Il faut construire, puis passer à l’étape suivante », explique-t-il. Mais il assure que l’engagement est total pour faire de Zuffa une puissance majeure de la promotion, capable de transformer la boxe en profondeur. Concernant la signature de combattants, il reconnaît que seul le temps permettra de déterminer si Zuffa parviendra à rivaliser avec les promoteurs établis pour attirer les meilleurs talents.

« Si vous voulez être actif, si vous voulez mettre en avant votre talent sur une plateforme à forte visibilité, si vous voulez un promoteur comme Dana et Zuffa qui ne se contente pas d’organiser un combat puis de disparaître, mais qui s’implique aussi pour promouvoir l’événement et le boxeur, alors Zuffa est le bon choix pour vous », conclut Khan.

Article publié le 23/01/2026 sur si.com. Traduction : Lisa Deleforterie
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