Pendant que sa mâchoire se remet, Jake Paul met le cap sur la boxe féminine

Le YouTubeur devenu boxeur a évoqué sa nouvelle série dédiée à la boxe féminine, l’évolution de sa propre carrière et de nombreux autres sujets dans une longue interview accordée à Sports Illustrated.
Jake Paul
Jake Paul sur le ring après la victoire d’Alycia Baumgardner face à Bo Mi Re Shin pour le titre MVP des super-plumes, à l’Infosys Theater du Madison Square Garden, à New York, le 17 avril 2026. Crédit photo : Icon Sport

Depuis qu’il est passé professionnel en 2020, Jake Paul a organisé certains des plus grands événements de boxe. Il a affronté d’anciennes figures du MMA telles que Tyron Woodley et Anderson Silva. Il a affronté des boxeurs plus traditionnels comme Julio Cesar Chavez Jr. et Tommy Fury. Plus récemment, il s’est mesuré à des noms prestigieux, dont le poids lourd et membre du Hall of Fame Mike Tyson, puis l’ancien champion du monde Anthony Joshua.

Ces derniers temps, Jake Paul se concentre davantage sur son rôle de promoteur. Co-fondateur de Most Valuable Promotions, il a investi massivement dans la boxe féminine. La structure a récemment signé plusieurs accords de diffusion avec ESPN et Sky Sports pour ses événements. Vendredi 10 avril, la nouvelle série MVPW a fait ses débuts aux États-Unis avec un premier gala organisé au Théâtre du Madison Square Garden, où la championne unifiée des super-plumes Alycia Baumgardner a défendu ses titres face à Bo Mi Re Shin.

Dans cet entretien accordé mi-avril à Sports Illustrated, Jake Paul est revenu sur cette nouvelle série consacrée à la boxe féminine, sur l’évolution de sa carrière, sur l’essor de Zuffa Boxing et sur plusieurs autres sujets.

(Cette interview a été légèrement remaniée pour plus de clarté)

 

Sports Illustrated : Jake, tu es promoteur, influenceur et boxeur. Es-tu toujours un boxeur en activité ? Est-ce encore ainsi qu’on te présente aujourd’hui ?

Jake Paul : Oui, je pense. Enfin, techniquement, je ne suis pas actif pour le moment, mais beaucoup de boxeurs font des pauses. Je laisse simplement ma mâchoire récupérer, et je remonterai sur le ring dès que je serai prêt.

 

SI : L’an dernier, tu as attiré une grande partie des meilleures combattantes. Selon mes calculs, tu comptes six des dix premières du classement pound-for-pound d’ESPN. Dis-moi, selon toi, quel est l’objectif de cette promotion ? À quoi espères-tu qu’elle ressemble dans cinq ans ?

JP : J’aime comparer la NBA à la WNBA. Cette dernière a mis du temps à vraiment s’imposer et à faire émerger des superstars comme Caitlin Clark. Avec la MVPW, notre objectif est d’accélérer ce processus côté féminin, et plus largement de favoriser l’essor des femmes dans le sport. Tout a vraiment commencé avec Amanda Serrano : j’ai vu son charisme et compris qu’il lui suffisait d’être exposée pour franchir un cap et devenir une figure majeure. L’idée, c’est donc de reproduire ce modèle, encore et encore : offrir à ces athlètes une plateforme, les meilleures conditions possibles, une promotion forte et des contrats solides, afin qu’elles obtiennent la reconnaissance et la visibilité qu’elles méritent.

 

SI : Poursuivons sur cette lancée : la WNBA regroupe aujourd’hui l’essentiel des meilleures joueuses. Est-il nécessaire, pour toi, de rassembler la quasi-totalité des meilleures boxeuses pour atteindre tes objectifs ?

JP : Absolument pas. Comme vous l’avez souligné, nous comptons déjà 60 % du top 10, et je pense qu’Alycia Baumgardner est appelée à devenir l’un des visages du sport, voire le principal. Nous sommes donc ouverts à collaborer avec d’autres promoteurs pour organiser les plus grands combats. Il y a, selon moi, de très belles affiches à monter, notamment avec Claressa Shields, Shadasia Green et d’autres grandes athlètes. Alycia veut ces combats, et nous sommes prêts à les concrétiser. À plus long terme, je pense néanmoins que ces boxeuses auront envie de travailler avec MVP. Nous offrons la meilleure exposition pour la boxe féminine, les plus grandes plateformes, les bourses les plus élevées et une audience considérable pour les mettre en valeur. À terme, beaucoup voudront rejoindre notre structure — mais ce n’est pas une condition indispensable pour atteindre nos objectifs.

 

SI : En avril, la série féminine de Most Valuable Promotions (MVPW) a bien démarré avec le combat entre Caroline Dubois et Terri Harper. Deux grands noms, un beau combat, une unification de titres : exactement ce qu’on attend généralement de ce genre de rencontres. Le deuxième week-end d’avril, Alycia Baumgardner était à l’affiche d’un combat intéressant. Shin est une bonne boxeuse, qui avait récemment posé des problèmes à Dubois. Mais une question s’est posée au moment de l’annonce de cette carte : pourquoi ne pas avoir organisé un affrontement entre Baumgardner et Amanda Serrano ? Il y a Serrano, multi-titrée chez les 126 livres, et Baumgardner chez les 130. J’imagine que l’idée t’a traversé l’esprit. Pourquoi ce combat ne figurait-il pas parmi tes priorités ?

JP : Nous voulions que ce combat ait lieu et, personnellement, je le considère comme l’un des plus excitants en boxe féminine. J’ai fait tout mon possible pour qu’il se concrétise, croyez-moi. Mais nous avions le temps, et c’est aussi ce qui fait la beauté de ce sport. Tous ces grands noms finissent par se rencontrer, il suffit de faire preuve de patience. J’étais convaincu que ce combat finirait par voir le jour, tant il a du sens — et qu’il s’agit, à mes yeux, de l’une des plus grandes affiches possibles en boxe.

 

SI : En discutant avec Amanda, as-tu le sentiment qu’elle est toujours intéressée par ce type d’affrontements ?

JP : Oui, c’est mon impression. C’est une guerrière, prête à affronter n’importe qui. Elle s’entraîne tous les jours avec des hommes à la salle et reste une boxeuse d’élite. Sa dernière apparition sur le ring a été très impressionnante sur le plan de la performance, et elle n’a clairement pas ralenti le rythme. La notoriété d’Alycia continuait déjà de grandir, et je pense que ce combat avait du sens. J’ai le sentiment qu’Amanda voulait aussi le faire.

 

SI : Tu as dit que tu n’avais pas besoin de regrouper toutes les femmes. Zuffa Boxing, du moins en théorie, cherche à devenir une organisation centrale de la boxe. Leur ambition est de devenir une UBO, ce qui leur permettrait de créer leurs propres classements et leurs propres titres. Tout cela s’inscrit dans cette logique. Est-ce que la création d’une forme d’UBO fait partie de tes objectifs ? Autrement dit, veux-tu que les boxeuses se disputent une ceinture MVP lors de certains de tes galas ?

JP : Je ne pense pas que l’objectif soit de devenir une UBO, mais j’imagine un monde où une ceinture MVP existerait et serait reconnue et respectée. Je ne pense pas non plus que nous cherchions à devenir une ligue à ce stade, et je ne crois même pas que ce soit réellement possible dans le monde de la boxe. Nous aimons travailler avec les différentes fédérations et organismes de sanction, qui jouent un rôle important dans le sport. Je ne pense pas que qui que ce soit ait aujourd’hui le pouvoir de bouleverser entièrement la boxe, ni les moyens financiers pour le faire. Ce n’est pas seulement une question d’influence : il faudrait des ressources colossales. Et je ne vois personne dans ce sport capable de tout contrôler.

C’est aussi ce qui fait la beauté de la boxe : une forme de « démocratie » qui permet aux boxeurs de conserver une certaine autonomie et de rester au centre du système. Et c’est justement ce qui m’inquiète avec Zuffa : s’ils prennent une part trop importante du marché, je pense qu’à long terme, les boxeurs pourraient finir par regretter d’avoir contribué à leur propre perte, en voyant leurs revenus diminuer sous l’effet d’un modèle plus monopolistique, comme celui de l’UFC.

 

SI : Pour finir, j’aimerais te poser une question sur le joyau de la couronne de MVP : toi-même. Tu es la plus grande star de l’écurie. Tu sors tout juste de ton combat contre Anthony Joshua, au cours duquel tu as tenu six rounds face à A.J. et où tu t’es fracturé la mâchoire. Où en es-tu aujourd’hui dans ta carrière ? Est-ce que tu réfléchis déjà à ton prochain combat ? Penses-tu à ton prochain objectif ?

JP : C’est une bonne question. Je ne pense pas vraiment à mon prochain adversaire, mais plutôt à mon objectif global : continuer à tracer ma route vers un titre mondial et affronter les meilleurs de ma catégorie. La seule exception, c’est Francis Ngannou, mais je suis clairement un poids lourd-léger. Je l’ai compris encore davantage en affrontant Anthony Joshua. Je veux évoluer dans cette catégorie, où je me sens le plus à l’aise. J’ai 29 ans, et beaucoup de champions ou de prétendants dans cette division ont 35, 36 ou 37 ans. Il y a bien sûr des profils plus jeunes comme Jai Opetaia, mais je pense pouvoir construire une carrière longue chez les poids lourds-légers et progresser jusqu’au titre mondial.

 

SI : Imaginons que le vainqueur du combat entre Zurdo Ramírez et David Benavidez, disputé le 2 mai, ait déclaré après sa victoire : « Je veux affronter Jake Paul. » Est-ce que tu estimes avoir besoin de plus de combats pour être prêt à relever ce type de défi ?

JP : Oui, à 100 %. Et c’est justement là que le combat contre Anthony Joshua m’a énormément apporté. Il a un excellent sens du ring, et j’ai beaucoup appris en me retrouvant face à quelqu’un de bien plus imposant et plus accompli que moi : un médaillé d’or olympique. Toutes ces expériences continuent de me faire progresser. Je ne sais pas encore quand ni où je viserai une ceinture, mais je pense que c’est inévitable. J’aurai encore besoin de temps pour pouvoir réellement rivaliser avec certains de ces boxeurs, mais cela fait partie du processus et du travail à accomplir. Beaucoup doutent encore de mon sérieux, mais si on m’avait dit, il y a six ans, lorsque je suis passé professionnel, que je me retrouverais un jour dans le top 15 des poids lourds-légers, personne ne l’aurait cru. Alors, qu’est-ce qui peut encore se passer dans trois, quatre ou cinq ans ?

 

SI : Tu as évoqué Ngannou. Est-il plus probable de te voir l’affronter sur un ring de boxe après son combat prévu ce mois-ci lors d’une soirée Most Valuable Promotions ? Ou bien te verrons-nous plutôt décrocher une victoire face à un boxeur plus traditionnel, dans ta progression vers la catégorie des poids lourds-légers ?

JP : On verra bien. Je pense qu’à ce stade de ma carrière, quand on est au sommet et qu’il y a beaucoup d’options, il s’agit surtout d’envisager plusieurs possibilités, puis de choisir la meilleure au moment voulu. C’est une position privilégiée dans ce sport, et seuls quelques combattants ont cette chance de pouvoir sélectionner leurs combats et faire ce qu’ils veulent. Donc, au moment où j’aurai l’autorisation de reprendre le sparring et de vraiment revenir à l’entraînement, mes coachs, Nakisa Bidarian et moi prendrons la bonne décision quant à mon prochain adversaire.

 

SI : Si tu pouvais revivre le combat contre Anthony Joshua en sachant comment ça s’est passé, en connaissant le résultat (ta mâchoire cassée), est-ce que tu le referais ?

JP : À 100 %. J’ai passé un super moment et j’ai énormément appris. Au final, je pense que tout ça a été positif et que mon parcours est guidé par quelque chose de plus grand. Donc oui, je le referais sans hésiter. Je pense que ça a été très divertissant pour le monde entier et que ça a été une bonne expérience dans l’ensemble.

Article publié le 13/04/2026 sur si.com. Traduction : Lisa Deleforterie
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