C’est une rivalité de plusieurs années qui s’est achevée vendredi soir à la LDLC Arena de Lyon-Décines, en l’espace de quelques secondes. Peu d’observateurs imaginaient un combat allant jusqu’à la décision, mais voir Paul Denis Navero s’incliner par KO était loin d’être le scénario privilégié.
L’entrée en grâce du favori
Dès son entrée dans l’arène au son d’une musique traditionnelle tchétchène, Anzor Baybatyrov est copieusement sifflé par le public. La veille, il avait dépassé de 400 grammes la limite fixée à 64 kg. Malgré cet écart de poids, Paul Dena a accepté de maintenir le combat, au grand soulagement des fans de MMA, qui craignaient une annulation de dernière minute.
Le baromètre de la soirée est sans équivoque : le favori du public s’appelle Paul Dena. Dans la continuité des mois précédant le combat, le Français de 24 ans concentre toute l’attention médiatique, tandis que son adversaire reste plus discret et peine parfois à trouver ses mots face à la presse.

Lorsque l’un des principaux espoirs français des poids coqs fait son entrée dans l’octogone sur FE!N de Travis Scott, drapeau français sur les épaules, toute la salle s’embrase. Le natif de Rennes semble prêt à vivre son heure de gloire.
Certains attendaient ce rendez-vous depuis trois ans et leur premier face-à-face sur la chaîne YouTube d’IbraTV. D’autres découvrent ce soir-là un nouvel espoir du MMA français. Au moment de pénétrer dans la cage, Paul Dena paraît habité par l’événement. Il crie à plusieurs reprises, harangue la foule et extériorise toute la tension accumulée avant ce combat.
Un KO qui glace la LDLC Arena
Comme souvent dans les grandes affiches, le combat débute par une phase d’observation, tandis qu’une Marseillaise est entonnée dans les tribunes dès les premières secondes. Les deux hommes échangent jabs, low kicks et crochets sans qu’aucun ne prenne réellement l’avantage. Après une minute trente de combat, la foule scande : « Paul Dena ! Paul Dena ! Paul Dena ! » Puis tout bascule.
Anzor Baybatyrov touche une première fois l’intérieur de la jambe avant droite de son adversaire avec un low kick qui le déséquilibre et l’envoie au sol. Une faille semble avoir été identifiée. Dans la continuité de l’action, le Caennais insiste sur cette zone avec un deuxième low kick. De nouveau déstabilisé, Paul Dena vacille.

Baybatyrov sent l’opportunité. Il se rue vers son adversaire et enchaîne trois coups : gauche, droite, gauche. Suffisant pour faire tomber le combattant jusque-là invaincu. Paul Dena s’effondre sur le dos, le regard tourné vers le jumbotron de la LDLC Arena, les bras en croix. La salle est pétrifiée.
Même les commentateurs de RMC Sport, Antoine Simon et Taylor Lapilus, peinent à croire ce qu’ils viennent de voir.
« Incroyable ! Oh là là là là là… Il l’a connecté sur un combo de trois coups ! C’est dingue, les gens sont choqués ! », s’exclame Antoine Simon à l’antenne.
« On savait que son menton était son point faible »
Dans les tribunes, au milieu de l’effervescence et des cris, un silence inhabituel s’installe. C’est le genre de KO qui hérisse les poils et glace le sang tant la violence de l’impact est saisissante. En une fraction de seconde, Paul Dena s’effondre, laissant la salle sous le choc.
Pour ceux qui voyaient Paul Dena s’imposer, c’est l’incompréhension. Pour les rares spectateurs qui avaient parié sur l’outsider Anzor Baybatyrov, c’est l’explosion de joie. En quelques secondes, le Tchétchène signe le plus grand exploit de sa carrière et fait tomber l’une des étoiles montantes du MMA français.

Tony Parker, président de l’ASVEL, est assis à quelques mètres en bord de cage et n’en croit pas ses yeux. Les caméras captent sa réaction stupéfaite. En conférence de presse d’après-combat, Anzor revient sur sa stratégie :
« On savait que son menton était son point faible. Ce n’est pas quelque chose qui s’apprend. Si ton menton n’est pas solide, ça restera ton point faible. »
« Il me faisait vraiment de la peine »
Au terme du combat, les deux combattants ont échangé quelques mots, bras dessus, bras dessous, mettant fin à une rivalité construite autour des réseaux sociaux.
« Je suis allé lui parler parce que je sais que c’est quelqu’un qui réfléchit beaucoup, qui est très pensif. J’étais obligé d’aller le voir, parce que je ne suis pas quelqu’un de méchant, explique Anzor Baybatyrov en conférence de presse. Il me faisait vraiment de la peine. J’étais obligé de lui parler pour la suite, parce que ça va être dur pour lui de revenir de ça, avec toute la pression. Rien que cette tension autour du combat et le fait qu’il soit monté dans la cage montrent que c’est un bonhomme. »

L’Hexagone MMA 45 restera dans les annales du MMA français, à l’image du KO infligé au quatrième round par Jordan Zebo à Baki lors de l’ARES 35 en 2025, ou de celui de Cédric Doumbé sur Jordan Zebo en neuf secondes au PFL Paris en 2023. L’organisation française tient désormais son moment d’anthologie.