LIV Golf : le rêve tourne court pour les joueurs

Malgré les grandes déclarations de Scott O’Neil, le PDG de LIV, le constat reste le même, écrit Michael Rosenberg : le nouveau modèle porté par la ligue pourrait finalement représenter le pire scénario possible pour l’ensemble de ses acteurs.
LIV Golf
Une pancarte « LIV Golf Hong Kong » posée sur l'herbe, le 4 mars 2026. Crédit photo : Icon Sport

Les affaires de LIV Golf semblaient florissantes — du moins en dehors des parcours. Car sur le plan purement sportif, le circuit dissident peine toujours à convaincre. Avec sa musique à fond et son ambiance de fête, LIV a même été contraint de reporter son tournoi prévu à La Nouvelle-Orléans, un revers symbolique pour une ligue qui avait fait de l’événementiel sa marque de fabrique.

Quelques semaines plus tard, le constat paraît encore plus clair : le projet soutenu par l’Arabie saoudite a perdu une partie de son éclat. Yasir Al-Rumayyan, gouverneur du Fonds public d’investissement saoudien (PIF), a progressivement pris ses distances avec ce qui ressemblait à un rêve de transformation du golf mondial. LIV a depuis annoncé la création d’un nouveau conseil d’administration, signe d’une réorganisation profonde qui place désormais l’avenir du circuit entre les mains d’investisseurs et de financiers.

Rien de tout cela n’est réellement surprenant. Le déclin du projet semblait déjà amorcé lorsque Brooks Koepka avait été autorisé à retrouver le PGA Tour l’hiver dernier. Depuis, les procédures juridiques et les négociations se sont multipliées, mais le PGA Tour semble plus que jamais en position de force dans ce bras de fer. Et pour s’en convaincre, il suffisait peut-être d’écouter un homme : Scott O’Neil, le PDG de LIV.

Au début du mois d’avril, O’Neil avait assuré dans un e-mail adressé aux employés que le circuit tournait « à plein régime », promettant :

« Nous entrons dans le vif du sujet de notre calendrier 2026 avec toute l’énergie d’une organisation plus grande, plus bruyante et plus influente que jamais. La vie d’un mouvement naissant est souvent définie par ces moments de pression. Nous nous sommes lancés dans cette aventure parce que nous croyons en la nécessité de bouleverser le statu quo. Nous avons dû faire face à des vents contraires depuis le début, et nous y avons répondu à chaque fois avec résilience et élégance. Aujourd’hui, nous répondons en faisant ce que nous faisons le mieux : organiser le spectacle le plus captivant du monde du sport. »

De grandes déclarations. Mais la suite mérite attention.

En novembre 2022, O’Neil était devenu PDG de Merlin Entertainments, une entreprise britannique spécialisée dans les parcs d’attractions. Quelques mois plus tard, au printemps 2023, il accordait un entretien au magazine spécialisé Attractions Management. En voici quelques extraits : « Je peux affirmer avec certitude où nous en serons dans cinq ans. Ce sera le meilleur environnement de travail au monde. Certaines entreprises licencient ; nous, nous recrutons. Nous sommes en pleine croissance… Nous serons présents dans encore plus de villes majeures et nos complexes seront les meilleurs du marché. Vous allez nous voir décoller comme une fusée. »

Les trois années suivantes ont pourtant été marquées par des pertes records, le départ de M. O’Neil de Merlin pour rejoindre LIV après seulement deux ans, plusieurs dégradations de la notation de crédit du groupe et cet avertissement d’un analyste de S&P : « Une consommation de trésorerie élevée et persistante pourrait entraîner un manque de liquidités dans les douze prochains mois sans nouvel apport de capitaux. »

Cela vous rappelle quelque chose ?

O’Neil n’était pas directement responsable des difficultés financières de Merlin, pas plus qu’il ne l’est de celles de LIV. Mais il a su saisir l’opportunité et multiplier les déclarations ambitieuses jusqu’à ce que la réalité le rattrape.

S’il croit réellement à ce qu’il écrivait à ses employés, alors il se berce d’illusions. S’il n’y croit pas, alors il vend du vent. Dans les deux cas, sa crédibilité est comparable à celle d’un golfeur avec un handicap de 18 affirmant qu’il remportera le prochain Masters.

Depuis le départ d’O’Neil, Merlin a multiplié les annonces de restructuration. Le groupe a notamment mis en avant un programme de « dépenses intelligentes » — le genre d’initiative qu’on ne lance généralement pas lorsque les finances ont été gérées avec rigueur. L’entreprise évoque également des « mesures décisives » dans le cadre d’un « programme de transformation » et assure vouloir « simplifier et rationaliser son modèle opérationnel ».

En quoi cela concerne-t-il LIV ? Même en difficulté, Merlin disposait au moins d’un véritable modèle économique. L’entreprise possède et exploite plusieurs attractions mondialement connues, parmi lesquelles les parcs Legoland, Madame Tussauds ou encore le London Eye.

LIV, lui aussi, a un modèle. Mais un modèle dont la viabilité reste largement contestée. L’accord du circuit avec Fox Sports ainsi que son offre de streaming à 59,99 dollars par an sont manifestement loin de suffire à couvrir les dépenses. O’Neil lui-même reconnaît d’ailleurs que LIV devra trouver de nouveaux financements pour survivre au-delà de 2027. Et si la ligue se lançait dans un programme de « dépenses intelligentes », elle risquerait surtout de perdre ses joueurs vedettes, qui constituent son seul atout.

Yasir Al-Rumayyan voulait bâtir un circuit de golf dominant et financièrement durable. Les nouveaux membres du conseil d’administration, eux, chercheront avant tout à maximiser la valeur des actifs encore disponibles. Autrement dit, ils tenteront d’exploiter tout ce qui peut encore l’être.

Pendant longtemps, le pire scénario imaginable pour les joueurs de LIV semblait être un retrait du financement du PIF suivi de la disparition pure et simple du circuit. Mais la réalité actuelle pourrait être encore plus inquiétante : Al-Rumayyan a réduit son soutien financier, tandis que LIV continue d’exister. Le nouveau conseil d’administration pourrait désormais chercher à rentabiliser au maximum ce qu’il reste du projet — sans que l’intérêt des joueurs ne soit forcément sa priorité.

Les golfeurs qui souhaiteraient imiter Brooks Koepka ou Patrick Reed en faisant leur retour sur le PGA Tour pourraient toutefois se heurter à la résistance des deux camps. Lorsque le directeur général du PGA Tour, Brian Rolapp, expliquait que le « Returning Member Program » ne constituait qu’une opportunité limitée à un petit nombre de joueurs, il prenait soin de se laisser une marge de manœuvre en vue d’un tel scénario. Mais un autre élément doit être pris en compte : les dirigeants de LIV qui avaient autorisé le départ de Koepka ne sont désormais plus aux commandes.

Exigeront-ils des frais de départ exorbitants ? Organiseront-ils 12 tournois d’hiver consécutifs dans le nord du Groenland et exigeront-ils que les joueurs s’y présentent ? En théorie, les contrats des joueurs devraient leur offrir une certaine protection. Mais que se passera-t-il si le conseil d’administration décide de traîner l’affaire devant les tribunaux ?

Il y a quatre ans, deux circuits se disputaient les services des meilleurs golfeurs du monde. Aujourd’hui, ce sont les joueurs qui supplient. Scott O’Neil affirme que LIV tourne « à plein régime », mais il assurait aussi que Merlin allait « décoller comme une fusée ». À sa décharge, il n’avait jamais promis que la fusée atterrirait en toute sécurité.

Article publié le 30/04/2026 sur si.com. Traduction : Lisa Deleforterie
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