Le dépôt de bilan de LIV Golf ne signifie pas la disparition immédiate du circuit. En se plaçant sous la protection du Chapter 11 devant un tribunal du New Jersey, l’organisation cherche surtout à gagner du temps, à protéger ses actifs et à restructurer ses dettes. La procédure américaine permet à une entreprise en difficulté de poursuivre ses activités tout en négociant avec ses créanciers.
Mais le symbole est considérable. Lancé en 2022 avec le soutien massif du PIF (fonds souverain saoudien), LIV Golf voulait bousculer l’ordre établi du golf mondial. Son format initial plus court, ses équipes, ses primes colossales et son ton de rupture avaient attiré plusieurs grands noms, tout en fracturant le sport entre le PGA Tour, le DP World Tour et cette nouvelle puissance financière.
Selon les documents de procédure cités notamment par Reuters, LIV Golf affiche un passif compris entre 500 millions et 1 milliard de dollars, pour des actifs estimés entre 100 et 500 millions. Parmi les principaux créanciers figurent aussi des joueurs sous contrat, dont Jon Rahm, Bryson DeChambeau, Dustin Johnson ou Cameron Smith. Autrement dit, la crise n’est pas seulement institutionnelle : elle touche directement ceux qui avaient incarné le projet.
Le retrait de l’Arabie saoudite chamboule tout
Depuis sa naissance, LIV Golf reposait sur une idée simple : utiliser une puissance financière hors norme pour acheter du temps, de l’attention et des talents. Les bonus de signature, parfois vertigineux, avaient permis d’attirer des vainqueurs de tournois majeurs et de fragiliser la position dominante du PGA Tour. Mais ce modèle exigeait une perfusion permanente.
Le tournant vient de la décision du PIF saoudien, annoncée en avril, de mettre fin à son financement à l’issue de la saison 2026. Le fonds s’est toutefois engagé à apporter un prêt de 49,6 millions de dollars pour accompagner la procédure, sous réserve de l’approbation du tribunal. Cette somme doit soutenir la restructuration, mais elle marque aussi la fin d’une époque : LIV ne peut plus compter sur le soutien financier permanent de son actionnaire saoudien.
La future version, présentée comme « LIV 2.0 », doit donc changer de logique. L’objectif annoncé est de bâtir une ligue plus légère, moins dépendante des contrats mirobolants et soutenue par BC Partners Credit, avec qui un accord de soutien à la restructuration a été conclu. Le projet prévoit aussi de faire des joueurs les actionnaires majoritaires de la nouvelle structure, afin d’aligner leurs intérêts avec ceux du circuit. Sa réalisation reste notamment soumise à l’approbation du tribunal et des parties concernées.
Des joueurs à la fois stars et créanciers
C’est l’un des paradoxes les plus frappants de cette faillite : les joueurs qui ont donné sa crédibilité sportive à LIV Golf se retrouvent désormais dans la liste des créanciers. Certains doivent encore percevoir plusieurs millions de dollars.
Plusieurs options pourraient se présenter aux joueurs : accepter le nouveau projet, avec moins de garanties financières immédiates mais une participation au capital, renégocier leurs engagements ou chercher une sortie. LIV Golf a demandé au tribunal l’autorisation de mettre fin à ses contrats de joueurs existants. Une autre possibilité serait de se tourner vers les circuits traditionnels, notamment le PGA Tour ou le DP World Tour.
Les possibilités diffèrent toutefois selon les circuits et la situation de chaque joueur. Le PGA Tour n’envisage pas, à ce stade, de rouvrir le programme de retour dont Brooks Koepka a bénéficié en début d’année. Plusieurs joueurs du LIV sont, en revanche, restés membres du DP World Tour. Pour certains joueurs, le dépôt de bilan pourrait donc signifier une perte financière, mais aussi un repositionnement délicat dans le golf professionnel.
Un séisme pour le golf mondial
Les conséquences dépassent largement LIV. Depuis quatre ans, l’existence même de la ligue saoudienne a transformé le marché du golf professionnel. Le PGA Tour a augmenté ses dotations, repensé certains formats et cherché à mieux rémunérer ses meilleurs joueurs. Même affaibli, LIV a donc déjà laissé une empreinte durable.
Sa faillite pose maintenant une autre question : jusqu’où peut aller la financiarisation du sport lorsque les recettes ne suivent pas au même rythme que les dépenses ? LIV a attiré des champions, mais n’a pas réussi à construire un modèle économique viable sans le soutien financier saoudien.
Pour les organisateurs de tournois, les diffuseurs et les sponsors, l’incertitude est immédiate. Le calendrier 2027, les événements internationaux et les engagements locaux pourraient être revus. L’organisation vise une sortie de la procédure début 2027, mais la réussite de cette transition reste à confirmer.
« LIV 2.0 », renaissance ou ambitions à la baisse ?
Le discours officiel insiste sur la continuité : LIV entend se réinventer pour poursuivre ses activités. Un circuit plus sobre, plus intégré au golf mondial, avec des joueurs propriétaires et une gouvernance repensée, pourrait théoriquement trouver sa place. Mais le succès d’un « LIV 2.0 » dépendra de plusieurs conditions : conserver suffisamment de stars, convaincre de nouveaux investisseurs, regagner la confiance des partenaires et clarifier ses relations avec les circuits historiques.
LIV Golf, qui prétendait imposer une nouvelle ère, doit désormais prouver qu’il peut survivre sans son arme principale : l’abondance financière. Le dépôt de bilan ferme un chapitre de sa courte histoire. La révolution annoncée laisse place à une restructuration. Et le golf mondial, après avoir résisté au choc LIV, observe désormais si son ancien perturbateur peut devenir un acteur durable.