À l’heure où les grands clubs européens se disputent autant les marchés mondiaux que les trophées, la puissance d’une institution ne se lit plus seulement au palmarès ou à son effectif. Elle se mesure aussi à la valeur de sa marque, à l’attractivité de son stade, à la fidélité de sa communauté internationale et à sa capacité à transformer chaque succès sportif en revenus commerciaux. Selon le dernier rapport de Brand Finance, la valeur cumulée des 50 marques de clubs les plus valorisées atteint désormais 23,9 milliards d’euros, enregistrant la plus forte croissance annuelle depuis la création du classement il y a quinze ans. Leur valeur d’entreprise cumulée grimpe, elle, à 79,7 milliards d’euros.
Brand Finance distingue ainsi la valeur de marque de la valeur d’entreprise : la première mesure l’avantage économique attribuable spécifiquement à la marque du club, tandis que la seconde correspond à la valeur globale de l’entreprise.
Le Real Madrid règne sur son trône, Arsenal monte sur le podium
Mais cette croissance profite d’abord aux plus puissants. Les dix premiers clubs concentrent désormais plus de 60 % de la valeur totale du classement. Autrement dit, l’élite européenne accélère plus vite que le reste du peloton.
Le Real Madrid conserve sa première place, avec une valeur de marque en hausse de 25 %, à 2,4 milliards d’euros. Le club espagnol bénéficie de son immense base de fans, de son portefeuille de sponsors et de la montée en puissance du Santiago Bernabéu rénové, dont les revenus dépassent désormais de plus du double leur niveau d’avant les travaux.
Le FC Barcelone reste deuxième, à 2 milliards d’euros, après une progression de 15 %. Le club a retrouvé le Spotify Camp Nou en novembre 2025, après plus de deux ans d’exil au Stade olympique Lluís Companys. Le club catalan a aussi profité de ses récents succès sportifs, avec deux Ligas consécutives remportées sous Hansi Flick.
La surprise vient d’Arsenal, qui intègre pour la première fois le trio de tête. Le club londonien voit sa valeur de marque bondir de 28 %, à 1,5 milliard d’euros, porté par un titre de Premier League attendu depuis 22 ans et une finale de Ligue des champions.
Le PSG, vitrine mondiale d’un championnat affaibli
Dans ce paysage dominé par les grands clubs espagnols, anglais et allemands, le Paris Saint-Germain reste l’exception française. Cinquième mondial, le club parisien voit sa valeur de marque progresser de 10 %, à 1,5 milliard d’euros. Sa saison historique, marquée par un deuxième sacre consécutif en Ligue des champions, un nouveau titre de Ligue 1, la Supercoupe de l’UEFA, la Coupe intercontinentale et le Trophée des champions, a renforcé son statut international.
Le PSG demeure aussi la marque de club la plus forte de France, avec un indice de force de marque de 86,7 sur 100. Son développement commercial reste impressionnant : Brand Finance souligne notamment une hausse de 210 % des ventes en ligne sur la saison, une présence massive sur les réseaux sociaux et un portefeuille de partenariats internationaux en expansion.
Mais cette réussite souligne aussi la fragilité du modèle français. La valeur de marque du PSG est désormais plus de onze fois supérieure à celle de l’Olympique de Marseille, deuxième club français du classement, évalué à 135,6 millions d’euros. L’Olympique lyonnais complète le podium national, à 89,5 millions d’euros. Surtout, les deux clubs reculent fortement : -31 % pour l’OM et -33 % pour l’OL.
Brand Finance dresse un constat sévère : huit des dix marques françaises les plus valorisées ont vu leur force diminuer. La crise des droits télé, avec l’effondrement de l’accord annuel de 400 millions d’euros conclu avec DAZN et le lancement de la plateforme Ligue 1+, pèse lourdement sur l’attractivité du championnat. Plusieurs clubs se retrouvent avec des perspectives de revenus de diffusion très réduites, certains prévoyant même des recettes quasi nulles dans leurs budgets.
Une fracture commerciale durable
Le contraste est saisissant. Alors que le Real Madrid tire pleinement profit de son Santiago Bernabéu rénové, que Barcelone retrouve son Camp Nou et qu’Arsenal capitalise sur son retour au sommet, la Ligue 1 reste dépendante d’un seul moteur : le PSG. Lille, Lens, Nice, Monaco, Rennes, Brest ou Nantes figurent bien parmi les principales marques françaises, mais aucun ne rivalise aujourd’hui avec l’échelle commerciale des grandes marques européennes.
« La progression de la valeur de la marque du Paris Saint-Germain cette année reflète parfaitement l’une des plus grandes saisons de l’histoire du club ; il demeure, à juste titre, le porte-étendard de la France parmi les marques de football les plus valorisées au monde. Toutefois, l’ampleur de l’écart avec Marseille et le classement de la Ligue 1 en queue de peloton de notre étude sur la puissance des championnats rappellent que la dynamique commerciale du football français repose actuellement davantage sur un club unique que sur le championnat dans son ensemble. Élargir cette base, par exemple grâce à des contrats de diffusion plus lucratifs et au renforcement des plateformes commerciales des clubs autres que le PSG, sera indispensable pour permettre au football français de réduire l’écart avec la Premier League, la Liga et la Bundesliga », analyse Bertrand Chovet, directeur général de Brand Finance France.
La valeur de marque devient ainsi un révélateur brutal des rapports de force du football européen. Elle récompense les victoires, bien sûr, mais aussi les stades modernisés, les revenus internationaux, la puissance commerciale, l’image du club, les sponsors et la capacité à se fondre dans un football de plus en plus mondialisé. À ce jeu, la France possède une locomotive de premier plan. Mais derrière le PSG, le train avance beaucoup plus lentement.