Grégory Lorenzi savait que son arrivée à l’Olympique de Marseille ne se ferait pas dans un contexte ordinaire. Recruté après son long passage réussi à Brest, où il s’était bâti une réputation de dirigeant capable d’optimiser des moyens limités, le nouveau directeur sportif marseillais a découvert un club contraint à une cure d’austérité immédiate.
À Marseille, le chantier ne consistait pas seulement à renforcer l’effectif de Bruno Genesio. Il fallait d’abord ramener le club dans les limites fixées par les instances. L’OM sortait d’une saison financièrement délicate et doit désormais composer avec l’absence de Ligue des champions en 2026-2027, ainsi qu’avec le recul des droits télévisés domestiques. Dans ce cadre, le recrutement est devenu secondaire par rapport au redressement des comptes.
La DNCG a verrouillé la marge de manœuvre
Le 26 juin, la DNCG a prononcé un encadrement de la masse salariale et des indemnités de mutations de l’OM. Cette double mesure a fortement réduit la capacité du club à engager de nouveaux joueurs, même sous forme de montages prudents.
Concrètement, Marseille ne pouvait pas simplement vendre un élément pour en acheter un autre. Le club devait d’abord prouver qu’il réduisait durablement ses charges. Les départs attendus devaient permettre de dégager de la trésorerie, mais aussi d’abaisser la masse salariale et de respecter les engagements transmis au gendarme financier du football français.
Lorenzi l’a reconnu publiquement à la fin du mois d’août : une seule vente n’aurait pas suffi à débloquer une arrivée. Le dirigeant marseillais a même expliqué qu’il aurait fallu plusieurs départs pour ouvrir la possibilité d’un enregistrement. L’OM n’était pas seulement en manque de liquidités, il était sous surveillance administrative.
L’UEFA a ajouté une pression supplémentaire
La contrainte nationale s’est doublée d’une pression européenne. En juin, l’UEFA a sanctionné l’OM pour non-respect de ses règles financières, avec deux amendes représentant un total de 10 millions d’euros. Le club risque également une exclusion de la prochaine compétition européenne pour laquelle il se qualifierait au cours des trois prochaines saisons s’il ne respecte pas l’objectif financier fixé pour 2026-2027.
L’instance européenne a également limité la capacité du club à inscrire de nouveaux joueurs sur sa liste A en compétitions européennes pour la saison 2026-2027. Pour une équipe engagée en Ligue Europa, cet élément a pesé dans les arbitrages. Recruter sans pouvoir inscrire librement les nouveaux venus aurait exposé l’OM à un risque sportif et réglementaire supplémentaire.
Dans ce contexte, la direction olympienne a privilégié une ligne de prudence. Frank McCourt continue pourtant de soutenir financièrement le club pour couvrir ses pertes, mais la politique sportive a changé : les ventes doivent désormais précéder les dépenses sur le marché des transferts. Le mot d’ordre a donc été clair : vendre avant d’acheter, puis vérifier que les ventes suffisaient réellement à respecter les seuils imposés.
Des ventes trop limitées, des dossiers trop lents
Le problème principal de Lorenzi a été l’insuffisance des sorties. Selon L’Équipe, plusieurs joueurs ont quitté Marseille au cours de l’été, auxquels s’est ajouté ces derniers jours le prêt de Leonardo Balerdi à l’AS Rome, sans que cela permette jusqu’ici de libérer l’espace financier nécessaire à une arrivée.
Plusieurs dossiers majeurs n’ont pas permis de dégager les sommes espérées. Pierre-Emile Höjbjerg a notamment repoussé une proposition de Newcastle, tandis qu’un départ de Nayef Aguerd vers la Real Sociedad a été proche d’aboutir avant de finalement échouer. Le cas Igor Paixao a également illustré le dilemme marseillais : le vendre aurait pu rapporter, mais sans garantie de pouvoir lui trouver un remplaçant enregistré dans les temps.
L’OM s’est donc retrouvé pris entre deux impératifs : alléger son effectif sans l’affaiblir brutalement, et obtenir assez de départs pour satisfaire les autorités financières. À défaut de ventes massives ou rapides, les pistes étudiées par Lorenzi sont restées en attente.
Des pistes activées mais jamais transformées
L’absence de recrue ne signifie pas pour autant l’absence de travail. Le directeur sportif a étudié plusieurs profils, notamment dans l’optique de renforcer un groupe appelé à jouer la Ligue 1 et la Ligue Europa. Des pistes en Ligue 1 ont été évoquées, tandis que des solutions sous forme de prêt ont également été envisagées.
Mais chaque dossier dépendait du même impératif : une sortie suffisante dans l’effectif marseillais. À mesure que le marché avançait, cette dépendance a réduit les marges de négociation. Les clubs vendeurs ne pouvaient pas attendre indéfiniment, les joueurs ciblés avaient d’autres options, et l’OM ne pouvait pas garantir la faisabilité administrative d’une arrivée.
Le mercato marseillais s’est ainsi transformé en salle d’attente. Lorenzi pouvait identifier, négocier, anticiper, mais pas conclure. Le dirigeant a dû assumer publiquement une réalité rare pour un club de cette exposition : Marseille n’avait pas la liberté d’agir comme un acteur classique du marché.
Un premier été révélateur du nouveau cycle
À quelques heures de sa clôture, ce mercato sans recrue marque pour l’OM une rupture avec les étés précédents, souvent animés par de nombreux mouvements. Il traduit la fin d’une logique d’investissement massif fondée sur l’espoir de recettes sportives futures, notamment celles de la Ligue des champions.
Le nouveau cycle, incarné par le président Stéphane Richard, le directeur sportif Grégory Lorenzi et l’entraîneur Bruno Genesio, hérite donc d’un effectif qu’il n’a pas réellement choisi et d’un cadre financier qu’il ne peut pas contourner. L’objectif immédiat n’est plus seulement de bâtir l’équipe la plus compétitive possible, mais de restaurer une crédibilité budgétaire auprès de la DNCG et de l’UEFA.
Ce premier mercato laisse Lorenzi avec une marge sportive réduite et un message clair pour les prochains mois : l’OM devra vendre mieux et plus tôt pour pouvoir recruter à nouveau. En attendant, Marseille commence sa saison avec un effectif quasiment figé, symbole d’un club contraint d’assumer aujourd’hui les conséquences financières de ses choix passés.