Réunie jeudi à Monaco, en marge du tirage au sort de la Ligue des champions, l’UEFA a choisi de desserrer l’étau sportif sans relâcher la pression politique. Les sélections européennes devraient donc participer aux compétitions de la FIFA prévues au cours de la saison à venir, notamment les Coupes du monde féminines U20 et U17, ainsi que le Mondial masculin U17.
Cette suspension reste provisoire. Elle intervient après une confirmation écrite de la FIFA assurant que le projet « FIFA Forward Enterprise » avait été abandonné de manière « irrévocable et permanente ». Présenté comme un outil de développement, ce mécanisme prévoyait l’entrée d’investisseurs privés au capital d’une structure chargée de gérer les droits commerciaux des compétitions de la FIFA, dont les Coupes du monde masculine et féminine.
Pour l’UEFA, l’essentiel est acquis sur le papier : les compétitions de la FIFA ne seront pas ouvertes au capital privé. Mais l’affaire a laissé des traces. À Nyon, comme dans plusieurs fédérations européennes, on estime que le retrait du projet ne suffit pas à effacer les conditions dans lesquelles il a été conçu.
Une plainte pénale en préparation
Selon Associated Press et des documents judiciaires consultés par plusieurs médias, l’UEFA prépare une plainte pénale en Suisse contre Gianni Infantino et potentiellement d’autres responsables ou conseillers de la FIFA, pour des faits présumés de « gestion déloyale ». L’instance européenne a également saisi la justice américaine afin d’obtenir des documents liés à la préparation du projet.
La procédure doit notamment permettre d’éclairer le rôle de la société Thrive Capital Management, dirigée par Joshua Kushner, ainsi que les échanges internes à la FIFA. Le montage envisagé portait sur la cession d’une participation de 20 % dans la future structure, pour un apport de 4,2 milliards de dollars.
Au cœur des interrogations figurent la valorisation retenue, jugée trop basse par les opposants au projet, mais aussi l’absence présumée de mise en concurrence et d’évaluation indépendante. Dans ses documents judiciaires, l’UEFA accuse également Gianni Infantino d’avoir contourné le Conseil de la FIFA et d’avoir promu ce projet dans son intérêt personnel. Aucune juridiction n’a toutefois établi d’infraction à ce stade.
Infantino fragilisé avant l’élection de 2027
Gianni Infantino, qui a finalement retiré son projet le 1er août après une vague de critiques, se retrouve dans une position délicate. La FIFA a reconnu que des erreurs avaient été commises et présenté ses excuses, tout en défendant l’objectif affiché : augmenter les ressources redistribuées aux associations membres.
Mais pour l’UEFA, le problème dépasse les seules erreurs de méthode. Aleksander Ceferin et plusieurs responsables européens dénoncent une gouvernance trop verticale, dans laquelle les fonds de développement pourraient devenir un instrument d’influence politique. La bataille s’annonce donc autant institutionnelle que judiciaire.
La prochaine élection présidentielle de la FIFA, prévue en mars 2027, se profile déjà en toile de fond. L’UEFA a annoncé qu’elle travaillerait avec d’autres confédérations afin de proposer une alternative crédible si Infantino, qui envisage de briguer un quatrième mandat, se représentait.
Le football mondial sous tension
En suspendant son projet de boycott, l’Europe évite une crise sportive immédiate. Une absence des sélections européennes aurait bouleversé le calendrier international et affaibli plusieurs compétitions de la FIFA. Mais cette concession n’est pas synonyme de réconciliation.
L’UEFA veut désormais obtenir des garanties durables sur la gouvernance des compétitions, la gestion des réserves financières de la FIFA et l’encadrement des pouvoirs de sa présidence. Elle réclame également une enquête externe véritablement indépendante sur le projet « FIFA Forward Enterprise », estimant que la FIFA ne peut enquêter elle-même sur cette affaire.
La FIFA, forte de ses 211 associations membres, conserve des soutiens importants, notamment en Afrique et en Amérique du Sud. Mais l’épisode « FIFA Forward Enterprise » a fissuré l’image d’unité du football mondial. Le retrait du projet a éteint l’incendie sportif. Le bras de fer politique et judiciaire, lui, ne fait que commencer.