Champion du monde avec l’Espagne et champion d’Espagne avec le FC Barcelone, Lamine Yamal figure parmi les 30 nommés au Ballon d’Or 2026, remis le 26 octobre à Londres. À 19 ans, l’ailier possède de solides arguments, mais sa candidature reste discutée au regard des critères du trophée.
Champion du monde en juillet dernier avec l'Espagne, Lamine Yamal soulève le trophée devenu argument majeur pour la conquête du Ballon d'Or - Photo Icon Sport
Lamine Yamal est champion du monde. Factuel, implacable. De là à emporter la décision pour le prochain Ballon d’Or, sans chercher plus en détail ?
Car les journalistes du monde entier, sélectionnés pour élire le lauréat du plus prestigieux trophée individuel en football sur la saison écoulée, « reçoivent un cahier des charges » avec des critères pour lesquels ils n’ont pas de compte à rendre mais qu’ils sont censés respecter.
Le premier d’entre eux est la performance individuelle et son caractère décisif lors des grands matchs ou des grandes échéances. Et les chiffres, eux aussi, sont implacables : Yamal a inscrit un but et n’a délivré aucune passe décisive en huit rencontres qu’il a disputées, en totalité ou en partie, durant la Coupe du monde. Le jeune joueur de 19 ans a donc apporté une contribution limitée à l’Espagne en matière de buts et de passes décisives, même s’il a provoqué la faute de Lucas Digne en demi-finale contre la France et donc le penalty qui a permis à son équipe de mener au score. Mais ce penalty provoqué n’apparaît pas dans son bilan de buts et de passes décisives.
« Beaucoup diront qu’il n’a rien fait au Mondial, mais ceux qui ont réellement regardé les matchs savent qu’il a été notre joueur le plus important. Je pense que Lamine Yamal devrait gagner le Ballon d’Or cette année », s’est empressé de déclarer, avec un brin de mauvaise foi, Luis de la Fuente, sélectionneur de l’Espagne, après le triomphe de ses hommes aux Etats-Unis.
Deux fois champion
Le bilan de Yamal n’est pas particulièrement impressionnant non plus en Ligue des champions 2025-2026. Le FC Barcelone a été éliminé en quarts de finale et Yamal a inscrit 6 buts pour 4 passes décisives. Un rendement proche de celui de Désiré Doué, auteur de 5 buts et 4 passes décisives avec le PSG. Et, en revanche, nettement moins bon que celui affiché par Khvicha Kvaratskhelia (PSG), qui, avec 10 buts et 6 passes, a été élu meilleur joueur de la compétition.
Lamine Yamal n’a donc pas été décisif au point d’emmener son équipe derrière lui, ni en Ligue des champions, ni à la Coupe du monde. Deuxième critère, le palmarès. Yamal est champion d’Espagne avec le Barça, champion du monde avec l’Espagne. Deux trophées qui « jouent » en sa faveur.
« Je ne pense pas que j’ai besoin de me vendre, je ne veux pas vous faire penser que je le mérite, chacun est libre de penser ce qu’il veut. Moi, je suis juste fier de ce que j’ai fait avec mon équipe et la sélection. Nous avons été champions du monde, nous avons gagné la Liga une deuxième fois, je ne peux rien demander de plus », a estimé Yamal en conférence de presse le 8 septembre dernier, avant le 1ere journée de la Ligue des Champions 2026-2027.
Avec le FC Barcelone, Yamal a remporté le championnat d’Espagne 2025-2026 mais les Catalans n’ont pas brillé en Ligue des Champions, éliminés en quart de finale – Photo Icon Sport
Troisième critère, « la classe et le fair-play ». Une interprétation large qui évalue le comportement du joueur sur et en dehors du terrain. Cette notion subjective, maintenue lors de la réforme du Ballon d’Or en 2022, figurait déjà parmi les critères auparavant. Elle peut notamment renvoyer au respect de l’adversaire, à l’attitude dans la victoire comme dans la défaite. Mais aussi, plus largement, à l’image que véhicule le joueur et à son exemplarité vis-à-vis des plus jeunes. Pas de points ni de barème précis concernant ce critère, mais chaque votant établit son propre classement en son âme et conscience.
Une vidéo rédhibitoire ?
Bonne ou mauvaise idée, ce critère est donc incontournable même s’il est placé en troisième dans la hiérarchie, derrière l’aspect sportif. Être un grand joueur est prioritaire, mais attention à ne pas déraper.
Cette fois, Yamal part avec un lourd déficit, ou plutôt un boulet accroché au pied. Car les images de son anniversaire ont laissé des traces. Nous sommes en juillet 2025 et le jeune Lamine fête ses dix-huit ans. Selon un témoignage rapporté dans la presse, des « filles de compagnie » auraient été recrutées pour la soirée. Des artistes atteints de nanisme sont également engagés pour assurer des animations. Choquant. L’affaire a suscité une plainte associative et le gouvernement espagnol a demandé l’ouverture d’une enquête sur une possible atteinte à la dignité. Des participants concernés ont toutefois défendu leur prestation. Yamal a répondu à ses détracteurs. Plutôt maladroitement.
« Je travaille pour le Barça, je joue pour le Barça, mais quand je ne suis pas au centre d’entraînement, je profite de la vie… »
Le temps fera son œuvre et la théorie de l’erreur de jeunesse finira par s’imposer. D’ailleurs, Lamine Yamal est favori pour se succéder à lui-même pour remporter… le trophée Jeune Talent, l’une des catégories de la cérémonie du Ballon d’Or et tremplin évident pour la consécration majeure. À moins qu’il ne la remporte dès le 26 octobre ? Cette 70e édition du Ballon d’Or aura lieu exceptionnellement à Londres, en hommage au premier lauréat en 1956, l’Anglais Stanley Matthews.