Un point en 1966, autant en 1996, deux seulement en 1972 : certaines années, le Ballon d’Or s’est décidé sur un fil. Depuis sa création en 1956, le Ballon d’or a ainsi connu plusieurs scrutins particulièrement serrés, opposant des joueurs aux profils et aux palmarès très différents. Malgré l’évolution des règles et du barème, ces votes ont pu susciter autant de frustrations que de moments de joie.
1966 : Charlton résiste à Eusébio
Un point, et pas un de plus. En 1966, seulement 22 journalistes prennent part au vote. Bobby Charlton en récolte 81, Eusébio 80. Le milieu offensif de Manchester United bénéficie du sacre de l’Angleterre à domicile lors de la Coupe du monde.
Face à lui, l’avant-centre portugais du Benfica a pourtant réalisé un Mondial exceptionnel : neuf buts, le titre de meilleur buteur et une troisième place historique pour sa sélection, qui n’a jamais fait mieux. Sa campagne s’est arrêtée en demi-finales contre l’Angleterre de Charlton, auteur d’un doublé ce jour-là. Le détail du scrutin montre un Charlton davantage plébiscité avec douze premières places, contre cinq pour Eusébio, mais ce dernier figure sur davantage de bulletins. Et le juré anglais n’a même pas retenu Charlton dans son top 5. Le vainqueur du Mondial et l’une de ses principales vedettes finissent quasiment à égalité.
1972 : trois Allemands pour un trophée et Cruyff en embuscade
Il n’y a pas toujours besoin de deux adversaires pour faire monter le suspense. En 1972, ils sont trois, tous ouest-allemands, à terminer dans un mouchoir de poche. Franz Beckenbauer remporte son premier Ballon d’or avec 81 points. Derrière, Gerd Müller et Günter Netzer se partagent la deuxième place : 79 chacun. Deux unités séparent donc le vainqueur de ses deux poursuivants.
La République fédérale d’Allemagne vient de conquérir l’Euro, en écrasant l’URSS en finale (3-0). Le « Kaiser » est le patron de la défense, Müller est clinique en attaque et Netzer est le dépositaire du jeu de la Mannschaft. Le classement dépasse même ce trio : Johan Cruyff, vedette de l’Ajax vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions, suit à 73 points. Huit unités seulement séparent les quatre premiers.
1996 : Sammer et Ronaldo, un point c’est tout
C’est l’écart qui fait encore référence, trente ans plus tard : 144 points pour Matthias Sammer, 143 pour Ronaldo. En 1996, le libéro allemand du Borussia Dortmund arrache le Ballon d’or au prodige brésilien, alors âgé de 20 ans. Le scénario est d’autant plus saisissant que Ronaldo a été placé en tête par davantage de jurés : seize contre treize. Mais Sammer est plus régulièrement mieux classé et l’emporte au total des points.
L’Allemand possède un argument de poids : il a remporté le championnat avec Dortmund et surtout l’Euro avec la Mannschaft, dont il a été l’une des figures majeures. En face, Ronaldo incarne déjà l’avenir du football. Passé du PSV Eindhoven au FC Barcelone durant l’été, l’attaquant affole les défenses par sa vitesse et ses accélérations. Un an plus tard, Ronaldo prend sa revanche en décrochant le trophée, alors que Sammer venait de remporter la Ligue des champions avec le Borussia Dortmund.
2019 : Messi devance Van Dijk de sept points
Il avait l’habitude de partager l’affiche avec Cristiano Ronaldo. En 2019, Lionel Messi se découvre un autre rival, Virgil van Dijk. Le défenseur néerlandais a transformé l’arrière-garde de Liverpool et conduit les Reds au sacre en Ligue des champions. Une candidature rare pour un défenseur. D’autant que le poste n’a plus été récompensé depuis le sacre de Fabio Cannavaro en 2006.
Messi répond par une saison époustouflante avec Barcelone : un titre de champion d’Espagne, 36 buts en Liga et le Soulier d’or européen. Le verdict tient finalement à sept points sur un scrutin mondial : 686 à 679, devant Cristiano Ronaldo, loin derrière avec 476 unités. Van Dijk a même été désigné premier plus souvent que l’Argentin. Mais l’accumulation de places favorables permet à Messi de décrocher son sixième Ballon d’or. À l’échelle des 176 votants, c’est un écart minuscule. Le scrutin reflète également la forte présence de Liverpool, qui compte quatre joueurs dans le top 10, dont trois dans le top 5.
2024 : Rodri-Vinícius, l’incertitude vire à la crise
Vingt-huit ans après Sammer, un autre joueur peu habitué à faire la une des classements de buteurs devance un attaquant spectaculaire. En 2024, Rodri totalise 1 170 points, Vinícius Júnior 1 129. Quarante et une unités les séparent, avec un barème désormais bien plus généreux que celui des premières décennies.
L’Espagnol a mené Manchester City au titre en Premier League avant de remporter l’Euro avec la Roja, dont il a été désigné meilleur joueur. Le Brésilien, lui, a pesé sur la conquête de la Ligue des champions et du championnat d’Espagne par le Real Madrid. Après avoir appris que Vinícius ne remporterait vraisemblablement pas le trophée, le club madrilène annule le déplacement de sa délégation à Paris. Le Real Madrid est pourtant désigné club masculin de l’année et Carlo Ancelotti entraîneur masculin de l’année. La victoire de Rodri, venu recevoir son prix avec des béquilles après une grave blessure au genou, se retrouve éclipsée par la polémique.