Les amoureux d’Arsenal diront « efficace », en évoquant le jeu de leur équipe. Pour les autres, et ils sont nombreux, les termes employés sont plutôt « triste », « ennuyeux », pour ne pas dire pire… Les journalistes, adversaires, consultants, observateurs voire joueurs eux-mêmes sont très sévères sur la manière de jouer d’Arsenal.
Bien sûr qu’Arsenal gagne, mais à quel prix ? Le jeu est jugé rigide et stéréotypé. Tout est programmé, mâché et recraché sans laisser de place à la créativité.
Et si Arsenal n’était que le reflet du football post-moderne, étouffé par l’enjeu ? Solide défensivement et discipliné tactiquement. La caractéristique rêvée d’une équipe de football, certainement, pour son entraîneur espagnol, Mikel Arteta, en poste depuis plus de six ans. Pour les autres, cela se discute. Et même beaucoup, dans la presse, sur les plateaux télé ou dans les pubs.
Même Thierry Henry, légende du club et consultant reconnu outre-Manche, juge le jeu trop restrictif.
« Je ne suis pas obligé d’aimer ça en tant que supporter d’Arsenal, mais je le respecte, c’est certain », a-t-il déclaré le mois dernier sur Sky Sport.
Le doublé ?
Jamie Carragher, l’ancien défenseur de Liverpool, connu pour être rarement dans la nuance, estime qu’Arsenal est trop dépendant de ses automatismes et que face à des adversaires suffisamment armés, le jeu devient lent, stéréotypé au point que l’équipe n’a plus de solutions.
Gary Neville, l’ex de Man United, résume par un « trop sécurisé, parfois au détriment du spectacle ».
Injuste ? Car Arsenal possède la meilleure attaque de Premier League, 61 buts. Toutes compétitions confondues, le total se monte à 108 ! Arsenal a même fini en tête de la première phase à 36 clubs de la Ligue des champions Mais il n’y a pas que les buts au football. Des séquences de jeu, un système tactique, des temps forts et faibles. Et c’est bien là qu’on s’ennuie…
À l’image des fameux corners d’Arsenal. Au moins 18 buts sur cette phase de jeu, la marque de fabrique de l’équipe. Un record en Europe. Le club a même un entraîneur dédié pour les coups de pied arrêtés, le Français Nicolas Jover. C’est clinique, étudié au tableau noir puis répété des centaines de fois sur le terrain d’entraînement. Marquer sans séduire, sans place à l’improvisation mais essentiellement à ce qui a été travaillé, retravaillé jusqu’à la robotisation.
Arsenal pourrait pourtant réaliser une saison historique pour le club. Le dernier titre de champion d’Angleterre d’Arsenal date de 2004. Celui des « Invincibles » de Thierry Henry, Patrick Vieira et Arsène Wenger. Quant à la Ligue des champions, les Gunners ne l’ont jamais gagnée mais ont pris une option, mardi soir, pour les demi-finales… Ils sont donc toujours en course pour un exceptionnel doublé national et continental.
Mais quels que soient ses succès, le probable futur champion 2026 (Arsenal compte 9 points d’avance sur Man City) provoquera surtout des moues dubitatives. Et le football champagne ?
« En Premier League, il n’existe plus depuis deux ou trois saisons. Si vous voulez regarder ce genre de football, il faut aller dans un autre pays », s’agaçait Mikel Arteta en conférence de presse le 3 mars dernier avant un déplacement à Brighton, où Arsenal a gagné… 1-0.
« Boring » souvenir
« Boring Arsenal »… Pour les plus anciens, cela rappelle des souvenirs. C’est ainsi qu’était surnommé le club du nord de Londres durant les années 80 et le début des années 90. Les supporters chantaient à l’époque « one nil for Arsenal », puisque leur club gagnait souvent un but à zéro en balançant devant jusqu’à ce que cela rentre une fois, puis bétonnant derrière.
« Une équipe se construit sur sa défense. Si vous faites autrement, vous construisez votre équipe sur des sables mouvants et ça ne marchera pas », prônait l’entraîneur de l’époque Georges Graham.
Un retour en arrière ? Le football moderne n’est plus comparable avec celui du « kick and rush » (on balance et on fonce), des tactiques aléatoires et des terrains boueux. Mais la réputation reste. Arsenal a été ennuyeux par le passé. L’Histoire est-elle un éternel recommencement ?
Declan Rice, milieu de terrain d’Arsenal, clôt le débat :
« Les gens vont aimer ou ne pas aimer certains aspects de notre jeu. Il faut juste se concentrer sur nous-mêmes. L’essentiel, c’est de gagner ».
Et pour l’instant, c’est le cas…