Trois cent soixante-six jours. Voilà le délai dont a disposé Cadillac entre l’obtention de l’autorisation officielle pour devenir la 11ᵉ écurie du paddock de la saison 2026 et l’élaboration d’une voiture pour prendre le départ de la première course de la saison lors du Grand Prix d’Australie. Ce calendrier serré ainsi que les incertitudes de dernière minute ont marqué l’entrée de la maison mère General Motors en F1, même si le processus avait démarré bien avant que Cadillac ne décroche le sésame pour la catégorie reine de la course automobile. Toutefois, il a fallu tirer parti au mieux de ce temps, explique le directeur de l’écurie, le Britannique Graeme Lowdon. Ce dernier est impliqué dans le projet depuis un appel téléphonique au printemps 2022 alors qu’il était… dans sa voiture.
C’était il y a plus de mille jours. Et chaque seconde est précieuse. « Le sommeil, c’est un luxe jusqu’à Noël », assurait Graeme Lowdon à l’approche de la première saison en F1 de Cadillac. Au cours de cet appel en 2022, il a discuté avec l’ancien champion du monde de F1 Mario Andretti et son fils, Michael, copropriétaire d’Andretti Global, une organisation qui souhaitait obtenir son ticket d’entrée en F1. Graeme Lowdon était censé apporter son expertise en tant que l’un de ces « animaux rares », comme il se qualifie lui-même, ayant déjà vécu le processus de création d’une nouvelle écurie, en l’occurrence avec Virgin Racing en 2010. Et c’est exactement ce qu’il a fait durant cet appel, en conseillant les Andretti et plusieurs investisseurs sur le fonctionnement du processus de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) et sur les impératifs liés au respect des directives rigoureuses de la F1.

« Ne me déçois pas »
À la fin de l’appel, Mario Andretti, le deuxième et dernier Américain en date à avoir remporté un championnat de F1, en 1978, a adressé un message à Graeme Lowdon : « Ne me déçois pas. » Ce n’était que le début pour celui qui a ensuite rejoint l’équipe d’Andretti Global en tant que conseiller. La candidature initiale du groupe s’est heurtée à la résistance tant de la F1 que des dix écuries du paddock, obligeant Michael Andretti à se retirer de ses fonctions à la tête de l’opération fin 2024. Cette décision a ouvert la voie à General Motors, avec sa marque Cadillac, pour reprendre les rênes de cette candidature, sous la direction de Dan Towriss, PDG de TWG Motorsports.
Tout au long de ce processus, Graeme Lowdon est resté fidèle à son engagement : faire entrer une nouvelle écurie en F1. Après sa tentative précédente avec Virgin Racing, qui s’était soldée par de nombreux changements de nom avant que les dettes ne s’accumulent et que l’organisation ne mette la clef sous la porte après la saison 2016, Graeme Lowdon est resté dans le milieu de la F1. « J’aime à penser que j’ai développé une forme d’immunité, c’est-à-dire que plus grand-chose ne me surprend », a-t-il déclaré.

Et le 5 décembre 2024, Graeme Lowdon s’est vu offrir une nouvelle chance, en tant que directeur de l’écurie Cadillac. Quatre-vingt-douze jours plus tard, la F1 a approuvé l’arrivée de l’écurie dans le paddock. « L’une des principales raisons pour lesquelles nous en sommes là, c’est que les investisseurs ont cru au projet et ont investi autant que nécessaire, je tiens à le préciser, sans aucune garantie [que la candidature soit acceptée] », explique-t-il. À partir de ce moment, le compte à rebours officiel a commencé pour Cadillac. Cependant, le travail était déjà bien avancé.
143 265 candidatures !
Le nombre d’écuries peut varier d’une année à l’autre, comme en 2012 lorsque le paddock comptait douze écuries. Cependant, la grille de départ est restée plutôt stable au cours des dix dernières années, avec dix constructeurs en lice depuis 2017. Il n’existe aucun guide pratique pour toute écurie qui souhaiterait se lancer dans l’arène. « On peut télécharger tous les règlements sur Internet, mais rien ne précise quelles sont les modalités pour s’inscrire en tant que nouvelle écurie », explique Graeme Lowdon. Cadillac a donc concentré ses efforts sur un point de départ logique : l’humain. Graeme Lowdon et Dan Towriss ont reçu 143 265 candidatures de personnes souhaitant participer à la création d’une écurie de F1. Cadillac a présélectionné 9 051 candidats et « environ 6 500 » ont passé un entretien, précise Graeme Lowdon. Fin 2025, la future écurie comptait 525 employés à temps plein, auxquels s’ajoutait un certain nombre de sous-traitants et de partenaires répartis sur trois sites principaux : l’usine principale à Silverstone (Royaume-Uni), ainsi que les antennes américaines de Fishers (Indiana) et de Charlotte.
Évidemment, ce sont les pilotes qui seront les porte-drapeaux de l’écurie. Et Cadillac a pris soin de recruter des figures bien connues des fans de F1 : Valtteri Bottas et Sergio « Checo » Pérez. Ces deux pilotes chevronnés, qui comptabilisent à eux deux 26 ans de carrière en F1, 106 podiums et 16 victoires, apportent leur grande expérience à l’écurie. En coulisses, le pilote de réserve Zhou Guanyu attend son heure. Pendant trois saisons, le Chinois a piloté aux côtés de Valtteri Bottas chez Alfa Romeo et Sauber. Et son manager à l’époque était un certain Graeme Lowdon.
« C’est toujours très spécial quand on assiste et participe à la création d’une écurie », explique Zhou Guanyu, né à Shanghai et parti s’installer en Angleterre à l’âge de 12 ans. « On construit ensemble toute l’écurie, et en F1, on court ensemble, ce qui est vraiment palpitant. »

S’il s’agit d’un nouveau départ pour Cadillac, ce n’est pas le cas pour la plupart des acteurs au sein de l’écurie. Né en Finlande, Valtteri Bottas a été le coéquipier du septuple champion du monde Lewis Hamilton chez Mercedes jusqu’en 2022, date à laquelle il a rejoint Alfa Romeo (Sauber). Cependant, il n’a marqué aucun point lors des vingt-quatre courses de la saison 2024 et il est retourné chez Mercedes la saison dernière en tant que pilote de réserve. Sergio Pérez, premier pilote mexicain à remporter une course en cinquante ans, a lui aussi été le coéquipier d’un champion du monde : Max Verstappen (quatre titres de champion du monde de F1) chez Red Bull. L’écurie sous licence autrichienne a remporté le titre de champion du monde des constructeurs en 2022 et en 2023, en partie grâce à Sergio Pérez. Après une saison 2024 difficile, le pilote mexicain s’est retrouvé sans écurie.
Les atouts Valtteri Bottas et Sergio Pérez
Zhou Guanyu a occupé le poste de pilote de réserve chez Ferrari la saison dernière, après un passage tout aussi difficile chez Sauber. Les trois pilotes ont côtoyé l’élite de la F1, mais à l’aube de 2026, ils n’avaient plus de place assurée dans ce sport. Plusieurs rumeurs laissaient entendre que Cadillac signerait un pilote américain afin de se créer une nouvelle base de fans. La star de l’IndyCar, Colton Herta, a effectivement franchi le pas pour devenir pilote d’essai de l’écurie et courir en F2 avec le soutien de Cadillac, mais il lui faudra encore beaucoup de temps avant d’être prêt à prendre le volant d’une F1. Graeme Lowdon n’avait aucun doute concernant le choix de Valtteri Bottas et de Sergio Pérez, et dès que l’écurie a pu avoir un premier aperçu de sa voiture lors des essais de présaison à Barcelone, il a été « totalement convaincu ».

« À mi-parcours durant les essais de Barcelone, j’étais assis sur le mur des stands, à écouter des commentaires qui n’auraient sans doute que peu d’intérêt pour une personne lambda , mais qui comptaient beaucoup pour moi, car c’étaient le genre de remarques que l’on entend de la part de pilotes très expérimentés, explique Graeme Lowdon. Ils font preuve d’une grande maturité, tant dans leur discours technique que dans la manière dont ils hiérarchisent les feedbacks. Il est évident qu’ils possèdent une grande expérience. Et aussi dans la manière dont ils motivent et encouragent leurs coéquipiers. »
Bien qu’il n’y ait aucun Américain au volant, le pays de l’Oncle Sam est profondément ancré dans l’ADN de Cadillac sur et en dehors du circuit. Les équipes marketing ont directement ciblé un public américain avec l’essor de la F1 outre-Atlantique depuis le début de la décennie. Cet investissement a abouti à la création d’un spot publicitaire de 30 secondes diffusé durant le Super Bowl LX, un autre projet mené dans l’urgence. Ahmed Iqbal, directeur marketing, explique que ce spot dévoilant la première livrée de Cadillac a été réalisé en moins de 90 jours.
Retrouvez l’intégralité de cet article dans le premier numéro de Sports Illustrated France, actuellement disponible en kiosque.