Dario Marrafuschi (Pirelli Motorsport) : « Il est préférable pour le sport de s’en tenir à cinq gammes de gommes »

Fournisseur exclusif de pneumatiques de la Formule 1 jusqu’en 2028, Pirelli a confié en mars la tête de sa division Motorsport à Dario Marrafuschi. Suite de l’entretien réalisé avec le dirigeant italien au Grand Prix de Barcelone.
Pirelli, pneu, Photo par Icon Sport

À l’aube du Grand Prix de Grande-Bretagne, à Silverstone, neuvième manche du calendrier 2026 de la Formule 1, Pirelli a annoncé, le 11 juin, la prolongation jusqu’en 2028 de son partenariat avec la Formule 1 en tant que fournisseur exclusif de pneumatiques de la discipline reine du sport automobile. Ce second volet prolonge l’entretien accordé à Sports Illustrated France par Dario Marrafuschi, directeur de Pirelli Motorsport.

Sports Illustrated : Pensez-vous que les matériaux durables atteignent aujourd’hui le niveau de performance exigé par la Formule 1 ?

Dario Marrafuschi : Oui, je le pense. D’après les retours que nous avons eus jusqu’à présent, je pense que nous avons atteint les objectifs fixés l’année dernière. Quoi qu’il en soit, nous analysons — et je répète, nous analysons toujours — chaque week-end après la course ce qui s’est passé, comment le pneu s’est comporté, et ces données intègrent le cycle de développement que nous menons déjà pour l’année suivante. 

« Le C6 n’aurait apporté aucune valeur ajoutée à la compétition »

En 2025, Pirelli avait introduit le pneu C6 afin d’accroître le spectacle, notamment sur les circuits urbains. Pour 2026, il n’a finalement pas été homologué. Comment l’expliquez-vous ?

Dario Marrafuschi : Le développement avance, les matériaux changent. Pour cette année, nous avons simplement jugé qu’il n’était pas nécessaire d’avoir six gammes de gommes différentes. Les qualifications avec le C5 ont été très réussies, je pense que c’était vraiment incroyable pour le public et pour le sport. Ce choix montre que le C6 n’aurait apporté aucune valeur ajoutée à la compétition. Et évidemment, si vous concevez un C6 et que vous ne le sélectionnez même pas à Monaco, cela signifie que vous n’en avez pas besoin pour le reste de la saison. Donc, jusqu’à présent, avec l’échelonnement des gommes de 1 à 5 de cette année, je pense que c’était le bon choix.

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Dario Marrafuschi (ITA), Photo : Icon Sport

Il y a quelques années, Pirelli avait développé un pneu « super dur ». Envisagez-vous d’ajouter un nouveau type de pneu à votre gamme dans les années à venir ?

Dario Marrafuschi : Je pense que pour l’année prochaine, nous resterons sur cinq gammes de gommes. Nous avons testé d’autres approches par le passé, mais au bout du compte, cela créait peut-être plus de bruit médiatique que de réelle valeur d’ingénierie. Nous constatons que nos partenaires, à commencer par les écuries, ont besoin de bien connaître les pneus ; ils étudient toutes les données et toutes les enveloppes. Pour les écuries aussi, il est préférable pour la compétition de maîtriser parfaitement un nombre restreint de produits plutôt que d’avoir une multitude d’options et de devoir avancer à l’aveugle. Je pense donc qu’il est préférable pour le sport de s’en tenir à cinq gammes de gommes.

« Nous avons besoin de recueillir plus de données »

Vous aviez annoncé travailler sur un pneu « super pluie », situé entre le pneu pluie extrême et l’intermédiaire. Ce projet est-il toujours d’actualité ?

Dario Marrafuschi : Oui, nous y travaillons, c’est l’un des domaines sur lesquels nous nous penchons. Après, il faut dire que nous n’avons pas encore utilisé de pneus pluie cette saison, et ce sera certainement le cas au moins jusqu’à l’Autriche, car il ne semble pas vraiment qu’il va pleuvoir demain ici. Nous avons donc besoin de voir comment se comportent en situation réelle les produits que nous avons conçus actuellement. Ensuite, cela alimentera nos réflexions pour l’année prochaine. Bien sûr, lorsque nous serons en mesure d’apporter ce pneu — que vous appeliez ça « super pluie » ou autrement —, il devra représenter une amélioration par rapport aux solutions existantes. Tant que nous n’avons pas vu comment fonctionnent les pneus pluie actuels et les intermédiaires sur cette configuration de monoplaces, je pense qu’il est trop tôt pour affirmer que nous l’introduirons l’année prochaine ou plus tard. Nous avons besoin de recueillir plus de données. Mais nous travaillons sur sa conception, nous faisons des tests. Ce n’est pas facile de faire des essais sous la pluie… et à l’approche de l’été, c’est encore plus difficile. Les essais sur piste mouillée prennent beaucoup plus de temps que les essais sur piste sèche pour les pneus slicks. Donc…

À titre personnel, êtes-vous satisfait de la nouvelle Formule 1, de ses règles et de ses monoplaces ?

Dario Marrafuschi : Oui, tout à fait. À titre personnel oui, et Pirelli l’est également. Nous faisons partie de ce projet et nous y croyons. Il est évident que lorsqu’on fait face à un changement d’une telle envergure, il y a toujours une période d’adaptation nécessaire. Mais j’ai pu constater lors des dernières courses, et encore ici ce week-end, que le système dans son ensemble est en train de délivrer ce que tout le monde en attendait. Nous en sommes donc très heureux. La compétition, le spectacle, oui, exactement. S’il reste encore des détails à ajuster, cela sera fait, mais je pense que toutes les parties prenantes travaillent main dans la main pour que cela fonctionne, et le résultat devient vraiment très satisfaisant.

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