Viaduc de Millau, la course en l’air

Courir sur le plus haut pont autoroutier du monde. Voilà ce que propose la Course Eiffage du viaduc de Millau qui fête sa 8e édition, le 13 septembre prochain. L’ouvrage d’art sera, ce jour-là, exceptionnellement ouvert aux piétons sportifs. Pour un défi de 23,7 kms mais également une sensation rare.
La course Eiffage du viaduc de Millau est expérience sportive à part, avec près de 5km sur le viaduc de Millau à environ 250 m du sol ©GregAlric

Ils ne cherchent pas la performance. Ou si peu. La distance est totalement atypique et ne permet aucune référence pour les obsédés du chronomètre. Les 10 000 coureurs de la Course Eiffage du viaduc de Millau veulent surtout voir la star, qui n’est ni le vainqueur, ni le dernier, ni une célébrité quelconque. Mais le viaduc de Millau, monument célèbre dans le monde entier. Et courir dessus pour une expérience rare et différente. Le moment tant attendu « dure » un peu moins de 5 kilomètres, soit l’aller-retour sur le tronçon.

« Le viaduc de Millau est une portion de l’A75. Notre course est la seule en France qui se déroule sur une autoroute, évidemment fermée pour l’occasion », explique Hervé Pardailhe-Galabrun, directeur de course, qui s’est spécialisé dans l’association sport et monuments puisqu’il organise également la Verticale de la Tour Eiffel.

La course compte également 390 m de dénivelé positif. Départ de Millau, puis le long du Tarn. Le début est « roulant ». Avant, au pied de l’un des piliers du viaduc, la montée sur la « piste noire », une partie très raide où transitaient les véhicules de chantier lors de la construction de l’ouvrage au début des années 2000. Puis, le réconfort après l’effort avec ce pour quoi ils sont tous venus, les foulées sur le Viaduc de Millau. A 245 mètres au-dessus du Tarn. Courir en l’air.

« On a la sensation d’être un oiseau. Que le vent et aucun bruit du quotidien puisqu’on est loin au-dessus de tout. Voilà ce que les coureurs viennent chercher », raconte Hervé Pardailhe-Galabrun.

montee sur la fameuse piste avant dacceder au viaduc floe Viaduc de Millau, la course en l’air
Montée sur la fameuse « piste » avant d’accéder au viaduc ©FLOÉ

Puis retour à Millau en passant par les contreforts du Causse Rouge. Si la préparation d’une telle course représente plus d’un an de travail, la logistique le jour même est impressionnante.

« Près d’une centaine de personnes est mobilisée pour le bon fonctionnement de la course et la sécurité notamment de ce tronçon si particulier. C’est donc un lourd dossier, cette organisation car il s’agit d’une course différente. Nous bénéficions d’une autorisation ministérielle pour la mettre en place tous les deux ans seulement. »

Même les sujets au vertige…

La Course Eiffage du viaduc de Millau a été épargnée des critiques récurrentes que subissent, ces dernières années, les trails ou autres courses en pleine nature, concernant la dégradation des sols et l’impact environnemental.

« L’épreuve a lieu essentiellement sur route à part une petite portion d’environ un kilomètre. Elle est aujourd’hui une fierté, je pense, pour les habitants de la ville de Millau et de la région. Mais nous prévenons bien en amont les riverains avec des distributions de prospectus dans les boîtes aux lettres. Car nous condamnons tout de même une autoroute mais entre 8h15 et aux alentours de 13h le dimanche matin, pas plus », souligne Hervé Pardailhe-Galabrun

Quelles conséquences, pour le viaduc, des vibrations provoquées par ces 10 000 coureurs, même s’ils sont étalés sur plusieurs vagues prévues toutes les trente minutes ? Chaque foulée produit une petite force verticale et chacune d’entre elles additionnées peuvent provoquer une oscillation du tablier, la partie horizontale du viaduc. Évidemment, la structure est prévue pour être sollicitée et elle est surveillée par des capteurs.

« Il n’y a aucun risque avant ni pendant et aucune conséquence après, sinon, nous n’organiserions pas une telle épreuve », assure Aurélie Heitzmann, responsable exploitation chez Eiffage, qui gère la fermeture du Viaduc le jour J.

Le viaduc de Millau est même conçu pour être capable d’encaisser des « déformations » sous le poids des charges ou en cas de tempêtes de vent. Et justement, la sensation du vent participe de cette expérience.

« Les brise-vents, au niveau des corniches, cachent la visibilité qui risquerait de donner cette sensation de hauteur. Et ils bloquent le vent latéral. Donc les coureurs le prennent en face ou dans le dos. Exception en 2022 où, à cause d’une canicule, il n’y en a pas eu et la chaleur était intense. Et là, l’absence de vent s’est vraiment ressentie et a surpris car il est normalement toujours présent ! », poursuit Aurélie Heitzmann.

Les bandes d’arrêt d’urgence à droite des voies principales, qui mesurent trois mètres, sont neutralisées et occupées par 55 bénévoles en VTT qui font des allers-retours permanents pour s’assurer du bon fonctionnement de la course sur cette portion. Donc les sujets au vertige peuvent, sans crainte, courir tout là-haut puisqu’ils ne risquent pas de s’approcher, même visuellement, du grand vide.

Ces dernières années, les coureurs venaient d’une trentaine de pays différents découvrir une course à part. Et charge aux meilleurs d’entre eux de battre le record, qui tient toujours depuis 2018, de 1 h 16’56 chez les hommes et 1 h 27’48 chez les femmes.

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