Philippe Thuret, légende du marathon, raconte son Paris

Une vie de marathons. À bientôt 64 ans, il en a déjà couru… cent-quarante-trois dans le monde entier ! Philippe Thuret s’élancera, dimanche, pour son 11e « Paris ». Il y a ses habitudes, ses repères, ses moments préférés, ses souvenirs. Visite guidée et conseils d’un expert…
Philippe Thuret a l'entraînement pour le marathon de Paris

Il a un petit regret concernant ses dix puis bientôt 11 marathons de Paris. Jamais, il n’a couru le jour de son anniversaire, le 10 avril. Mais dimanche, deux jours après ses 64 ans, il sera bien au départ, une fois de plus, du marathon de Paris. Lui qui a couru partout dans le monde, il fait une place spéciale, dans son cœur et dans ses jambes, à l’épreuve de la capitale. D’ailleurs il n’a couru dix fois aucun autre marathon dans le monde. Et pourtant, il a parcouru la planète en long et en large, chaussures de running au pied et il est même l’un des meilleurs guides possibles des 42,195 km du monde entier, sur tous les continents.

« Si New-York est le marathon que je considère comme le plus difficile, Paris n’est pas loin derrière… »

Son premier ? En 1993. À peine quinze mille participants et le même départ, déjà aux Champs-Élysées, pour tous car il n’y avait pas de chronométrage par puces à l’époque.

« C’est justement cette année que je réalise mon meilleur temps : 2h54 minutes et 19 secondes. »

Dimanche, Philippe se réveillera vers 5h du matin. Pour manger. Il compte toujours trois heures pour digérer. Un coup de métro pour rejoindre son sas de départ vers 8h30. Celui des 3h15, la première vague pour laquelle il n’y a pas besoin de justificatif de performance. Il prend toujours un objectif un peu supérieur à ce qu’il a dans les jambes, histoire de se motiver. Il entamera la conversation avec d’autres coureurs, comme il le fait souvent. Il risque fort de tomber sur un primo-marathonien car il y a chaque année une moitié de participants qui disputent l’épreuve pour la première fois.

« S’il me demande un conseil, je lui dirais de ne pas tomber dans l’euphorie au moment où, en sortie de bois de Vincennes, on entre sur les quais par une descente. Car derrière, cela monte sévère. Et justement, les quatre à cinq kilomètres de ces quais de Seine sont, selon moi, la partie la plus difficile de la course. »

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Philippe Thuret au marathon de Paris 2023

Attention aux quais…

C’est justement la principale difficulté à laquelle Philippe se prépare. Par expérience, il sait que cette portion-là doit être appréhendée avec soin.

« C’est le mi-parcours. Autour du vingt-et-unième ou vingt-deuxième kilomètres. On revient dans la ville après le calme du Bois. On se prépare à attaquer les quais, qui sont très « casse-pattes » même si le dénivelé n’est pas très important, de plus et moins 250 m environ. Avec, notamment cette descente et montée du Quai des Tuileries… »

Une année, il avait tenté de rassurer, au moment du départ, un jeune couple très inquiet, qui regrettait presque d’avoir voulu s’offrir un « baptême » avec un premier marathon à deux.

« Vous n’avez pas fait toutes ces démarches pour rien ! Bien sûr que vous y arriverez ! Et cela en vaut la peine, car on se souvient toute notre vie de notre premier marathon. »

Philippe n’est pas blasé mais il ne regarde pas trop la ville et ses charmes.

« Sauf au départ. La descente des Champs et la Concorde en perspective, c’est extraordinaire… Mais très vite, je rentre dans ma course. »

Lui qui n’est pas Parisien d’origine mais Creusois connaît très bien le parcours et les quartiers de la capitale.

« Je conseille à tous de bien profiter de la belle liesse populaire à République et Bastille. La foule des badauds et spectateurs qui encouragent et applaudissent nous porte. Même après tous mes marathons, j’aime ressentir, moi aussi, cette ferveur populaire. En revanche, dans les bois, Vincennes ou Boulogne, il n’y a personne… »

Depuis trois ans et le changement de parcours, il apprécie bien plus l’arrivée qu’il qualifie de « plus glamour »…

« Désormais, on ne sort plus directement du bois de Boulogne pour rejoindre l’avenue Foch. Les deux derniers kilomètres par la Muette, le Trocadéro et quelques petites rues charmantes qui nous mènent vers l’avenue Foch ont apporté un vrai plus à cette fin de course… »

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Philippe Thuret au marathon de Paris@Maya 2022

Snipers sur les toits

Le marathon de Paris le plus émouvant ? Celui auquel… il n’a pas participé en tant que coureur. Photographe accrédité par l’organisation, il a vécu au plus près cette course très spéciale d’avril 2015, trois mois après l’attaque terroriste avec prise d’otages de l’Hyper Cacher Porte de Vincennes.

« Il y avait des tireurs d’élite sur les toits, notamment en haut de l’Arc de Triomphe, et un silence impressionnant au départ de la course. On sentait une émotion très forte. »

Tout au long du parcours, Philippe n’a ni l’intention ni même le besoin de jouer des coudes pour sécuriser son espace.

« De ce point de vue-là, c’est un marathon de grande qualité car l’essentiel du parcours se fait sur des artères larges avant les derniers kilomètres mais la foule est alors moins compacte. Celui qui dit qu’on est à l’étroit et qu’on joue des coudes exagère beaucoup ! »

Au bout de trois heures et quinze, vingt ou trente minutes, Philippe Thuret franchira la ligne d’arrivée. Il ne rentrera pas immédiatement à son hôtel. Il restera un moment à profiter de l’atmosphère. Et regardera arriver les moins rapides que lui. Une demi-heure, une heure après, voire plus. Non pas pour le plaisir sadique de voir passer ceux qui sont derrière lui au classement. Mais au contraire, pour ressentir cette émotion que procure le finish de tous ceux qui pleurent ou rient de joie d’avoir réussi ce défi en étant allés au bout d’eux-mêmes.

« Certains courent en rémission d’un cancer, d’autres ont un poids trop élevé. D’autres encore, épuisés, sont portés par des amis ou des inconnus jusqu’à la ligne. Ce sont des moments extrêmement forts car il y a des histoires personnelles très complexes. Je suis très touché en voyant arriver les derniers, qui ne sont pas dans la performance mais ont des raisons plus intimes de courir ce marathon. Ils ont souvent surmonté leur courage pour s’inscrire et surtout pour finir. Ces gens-là ont bien plus de mérite que moi !»

Et c’est aux Pays-Bas qu’il a assisté à une scène trop rare.

« Il y a quelques années, le dernier du marathon de Rotterdam a été accueilli en héros, fêté comme le premier. Il faudrait le faire à Paris, cela donnerait beaucoup d’humanité à l’épreuve. »

Le message est passé et pas par n’importe qui. Par « Monsieur Marathon de Paris ». Peut-être sera-t-il exaucé pour son… 12e millésime en 2027.

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