Marathon en « sub 2h » : la course à la chaussure parfaite

Les deux premiers hommes de l’histoire à passer sous la barre mythique des deux heures au marathon, Sabastian Sawe et Yomif Kejelcha, avaient un point commun : ils chaussaient tous deux les Adidas Adizero Adios Pro Evo 3. Un exploit qui pourrait rapporter gros à la firme allemande.
Sabastian Sawe à côté du chronomètre après avoir établi un nouveau record du monde lors du marathon TCS de Londres 2026. Date de la photo : dimanche 26 avril 2026.

Le record était espéré, attendu depuis longtemps : eux l’ont fait. Sabastian Sawe, Kényan, et Yomif Kejelcha, Éthiopien, ont brisé la barre des deux heures sur marathon à Londres. Ils portaient la même chaussure : l’Adidas Adizero Adios Pro Evo 3. Une aubaine pour la marque aux trois bandes, qui détient désormais la chaussure capable de passer sous les 2 heures. Mise en vente le jeudi 30 avril, la paire incarne le graal pour toute marque de running.

Le « sub 2h », enfin une réalité

En 2026, la course à pied est devenue un sport où les avancées technologiques permettent aux athlètes de briser des barrières à la fois physiques et chronométriques, inimaginables il y a encore quelques décennies. Réaliser un temps inférieur à deux heures sur marathon dépend aujourd’hui en grande partie de la chaussure portée par les athlètes.

Ce nouveau bijou technologique d’Adidas ne pèse que 97 grammes. À titre de comparaison, le modèle iconique de son rival Nike, la Vaporfly 2, affiche 190 grammes. Certains experts estiment qu’avec 100 grammes en moins, le coureur peut économiser jusqu’à 1 % d’énergie, soit un gain de performance bien réel.

La chaussure comme ambassadrice de la performance

À l’image de cette photo de Sabastian Sawe, prise sur la ligne d’arrivée, où il arbore sa chaussure avec fierté, sur laquelle est inscrit le nouveau record du monde, cet accessoire de course apparaît presque comme le prolongement du corps humain pour les coureurs de haut niveau.

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Sabastian Sawe après sa victoire lors de l’épreuve élite masculine et l’établissement d’un nouveau record du monde durant le marathon TCS de Londres 2026. Date de la photo : dimanche 26 avril 2026.

Une publicité à moindre coût pour Adidas, qui vient rentabiliser des années de recherche et développement. Dans un marché ultra-concurrentiel, où les marques innovent, s’inspirent et rivalisent, le running reste un secteur porteur. Nike, Hoka, Brooks, Saucony, Kiprun, On Running, Asics : autant de marques que de modèles, tous engagés dans une quête permanente d’optimisation de la performance.

La croissance annuelle du marché de la chaussure de course est estimée à 5,5 % sur les dix prochaines années, avec des projections plus optimistes autour de +7 % par an. Ce coup de maître d’Adidas est d’autant plus significatif que la marque historique enregistrait une croissance en recul depuis 2021. Son cours en Bourse a d’ailleurs chuté de 37 % sur la dernière année.

Nike précurseur, Adidas vainqueur

La course des marques au « sub 2h » avait déjà presque dix ans. En 2017, Nike lance sa campagne avec l’athlète kenyan Eliud Kipchoge, qui tente de franchir la barre mythique. La légende des longues distances échoue de peu : 2 h 00 ‘ 25  » Mais le record n’est pas homologué, car pas réalisé dans des conditions de course officielle.  La campagne marketing à l’époque avait réalisé un buzz international, plaçant Eliud Kipchoge comme le prétendant principal à ce record. Nike crée la Vaporfly 4%, car c’est cette paire qui a permis d’exploser le record du monde précédent de 4%, améliorant le chrono de plus de deux minutes.

Nike est alors précurseur dans la course au « sub 2h » et devient la première marque à démocratiser les plaques carbone, révolution technologique à l’origine de ce record. Aujourd’hui, tout amateur de course à pied sait ce qu’est des chaussures à plaques carbones, ce qui illustre le progrès fait en seulement quelques années. La gamme de chaussures Vaporfly cartonne et la marque au Swoosh atteint un pic historique de chiffre d’affaires de 5,2 milliards de dollars, contre 4,8 milliards en 2024. Dans les années qui suivent, d’autres marques se lancent sur le marché des plaques carbones.

Pour mesurer la portée de la campagne de Nike, en 2019, environ 41 % des marathons courus en moins de trois heures l’étaient avec des Vaporfly, selon le New York Times. En 2026, la quasi-totalité des coureurs visant les trois heures sont équipés de chaussures à plaque carbone. Malgré un prix nettement plus élevé (environ 250 € en moyenne), cette technologie a séduit de nombreux pratiquants réguliers. Pourtant, les plaques carbone n’apportent que des gains limités au-delà d’un rythme de 3’30’’ au kilomètre.

Après les « hyper cars » l’arrivée des « hyper shoes »

La Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 qui sort ce jeudi est vendue pour 500€, un prix deux fois plus élevé que la moyenne des plaques carbones sur le marché. Certains analystes estiment que le prix s’éloigne trop des habitudes de consommation des coureurs. La question de la durabilité de la paire de chaussure est aussi centrale, par rapport au prix. Les toutes premières paires à plaques carbones ne tenaient pas plus de 100 kilomètres. Avec un poids très léger, la Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 doit forcément s’user plus rapidement qu’une paire plus lourde, plus renforcée sur la semelle extérieure.

Quoi qu’il en soit, cette performance inédite des deux marathoniens « sub 2h » bénéficiera longuement à Adidas. Une sortie est annoncée pour l’automne 2026 pour l’Adidas Adizero Adios Pro 5, version « amateur » de la Evo. Elle reprendra les codes de sa version professionnelle avec ces technologies de pointe, tout en restant plus accessible pour le coureur amateur.

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Jimmy Gressier de France, Yomif Kejelcha d’Éthiopie et Andreas Almgren de Suède participent à la finale du 10 000 mètres hommes lors du deuxième jour des Championnats du monde d’athlétisme, le 14 septembre 2025 à Tokyo. Photo : Joel Marklund / BILDBYRÅN / code JM / JM0730 bbeng, athlétisme, Championnats du monde d’athlétisme 2025, Tokyo.

Avec l’arrivée de ce nouveau modèle sur le marché du running, Adidas devient précurseur et initie les « hyper-shoe ». La recherche est constante dans le secteur des chaussures de course à pied. Nous l’avons vu dernièrement avec les produits Décathlon et leur gamme très accessible Kiprun, destinée à la performance et portée par la popularité du champion du monde du 10 000 m à Tokyo, Jimmy Gressier, devançant d’ailleurs l’Éthiopien Yomif Kejelcha, dauphin en 2h41 de Sabastian Sawe au marathon de Londres 2026.

Il y a plusieurs années, les plaques carbone ont lancé les « super shoe ». Aujourd’hui, la technologie Evo est une telle rupture avec le passé, qu’elle pourrait être à l’origine d’une nouvelle ère, celle des « hyper shoe ».

Comme l’a montré Nike, cette phase d’euphorie ne devrait être que temporaire, le temps que la concurrence s’approprie la technologie et regagne du terrain. Il ne s’agit que d’une étape supplémentaire vers des performances toujours plus optimisées. Les modèles de chaussures s’enchaînent, ne se ressemblent pas toujours, mais constituent un véritable point d’ancrage dans la quête de nouveaux records.

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