Qui était Matt Kiatipis avant de devenir MK ?
M.K. : Matthew et MK sont la même personne. C’est un gars qui a toujours eu un esprit de revanche permanent (chip on his shoulder). Dès 14 ans, j’ai quitté ma maison pour le basket. J’ ai voyagé partout : Caroline du Nord, Alaska, Seattle, Hawaï. J’ai toujours été compétitif. À 6 ans, je pleurais quand je perdais au foot. Ma mère me disait : « Pourquoi tu pleures ? Relève-toi et va gagner le prochain. » Sur le terrain, je suis impitoyable. En fait, je dois même me modérer hors caméra, car avec mes amis, je suis encore plus impitoyable.
À quel moment avez-vous réalisé que le parcours traditionnel n’était pas fait pour vous ?
M.K. : Je pense l’avoir toujours su. Aux entraînements ou en pickup, même face à des joueurs pros, je finissais toujours par tenter des entre-jambes, des dunks contre la planche ou des 360 à 3 points. C’est là que je suis le meilleur, mais tu ne peux pas faire ça dans un cadre professionnel ou universitaire. Être « bridé », voire « silencé » sur un terrain était douloureux. Dès que j’ai eu la liberté de faire ce que je voulais, je suis devenu dix fois meilleur.

Ressentez-vous une pression particulière à devoir divertir en permanence ?
M.K. : Jamais. Il n’y a pas de stress, car il n’y a pas d’acte. C’est moi, c’est pur, réel et authentique. Les gens ressentent cette énergie. Ma seule peur, c’est la logistique : aurons-nous assez de sécurité pour contrôler la foule ? Est-ce qu’on pourra jouer malgré l’affluence ? Pour le reste, c’est juste du plaisir.
On imagine souvent une grosse agence derrière un succès comme le vôtre, mais votre business est géré exclusivement par votre cercle proche. Comment s’organise le « clan MK » ?
M.K. : C’est véritablement une entreprise familiale à grande échelle. Mon père est le cerveau, le « mastermind » qui brainstorme les idées et gère le montage. Ma sœur s’occupe de la gestion des comptes et de la mise en ligne. Même ma mère est impliquée : elle gère la logistique, les vols, les livraisons. Et puis il y a mes deux meilleurs amis, Tanner et Yianni, qui gèrent tout le reste : ils filment, postent et organisent. On a grandi ensemble, on se connaît depuis toujours. Travailler avec eux, c’est l’assurance d’une loyauté totale. Ils me gardent humble et vivent ce projet autant que moi.
Le un-contre-un est-il mal compris par les instances du basket classique ?
M.K. : Totalement. Le basket traditionnel juge un joueur sur sa division ou ses stats en NBA. Le un-contre-un, c’est un autre sport. Je change de terrain, de sol, de langue et de climat à chaque fois. Je dois m’adapter à tout, contrairement au pro qui a un seul job précis. J’ai prouvé que le 1v1 est plus divertissant. On fait plus de vues que beaucoup de ligues professionnelles, NBA incluse. Aujourd’hui, un contrat pro serait presque une distraction par rapport à ma mission : faire du basket 1v1 un sport global sans limitation ni exclusivité.
Dans dix ans, que souhaitez-vous que MK représente ?
M. K. : Je veux être le « trait d’union ». Connecter les écosystèmes, les cultures, les langues à travers le sport. Je veux rassembler les gens. Que ce soit pour un shooting, un projet de film ou un événement, je veux connecter avec chaque personne présente. Nous créons un produit qui est là pour rester.

Votre passage à Paris en février dernier a été explosif. Quel regard portez-vous sur le basket français ?
M. K. : Je dis à mes fans parisiens : « Merci beaucoup, je vous aime. » J’aime la mode et l’individualisme ici. Tout le monde est expressif. Sur le terrain, j’étais détesté, tout le monde voulait ma chute et les fans parlaient énormément de trash talk. Mais les joueurs français sont excellents. Certains des meilleurs matchs de rue que j’ai vus viennent de Paris. Concernant Brisco – double champion du monde de basket freestyle –, je n’aurais pas dû perdre. Je suis fier de lui, mais ne vous y habituez pas : je suis de retour. À tous les fans français, je dis : je suis désolé. Je suis désolé pour ce qui va arriver, car je ne perdrai plus un seul match quand je reviendrai à Paris.
Pour finir, si vous deviez retenir une idée de cet échange pour votre livre Open When Ready, actuellement en préparation, laquelle serait-elle ?
M. K. : Une phrase inspirée de Napoléon : « Un homme ne choisit pas son destin, il l’accepte. »
Retrouvez l’intégralité de cet article dans le premier numéro de Sports Illustrated France, actuellement disponible en kiosque.