La NBA est une ligue portée par ses stars, et chaque saison est marquée par les sommets extraordinaires qu’elles atteignent. À l’approche de la saison 2026-2027, nous avons sélectionné cinq joueurs qui, selon nous, marqueront cette campagne : des noms qui resteront dans les mémoires lorsque nous reviendrons sur les événements à venir. Le premier ? Jayson Tatum.
Le deuxième acte de la carrière de Jayson Tatum a débuté le 6 mars. Ce jour-là, la superstar des Celtics a retrouvé les parquets pour la première fois depuis sa rupture du tendon d’Achille, survenue neuf mois plus tôt. Son retour n’a pas été parfait. Le manque de rythme était aussi évident que celui de Tow Mater. Mais le voir rejouer devant les supporters de Boston, moins d’un an après les avoir laissés le cœur brisé en se tordant de douleur sur le parquet du Madison Square Garden, avait quelque chose de remarquable. Un véritable conte de fées, même.
La saison des Celtics s’est finalement achevée bien loin de ce scénario idyllique. L’équipe a laissé échapper une avance de 3-1 face à ses rivaux des 76ers, tandis que Tatum a dû assister depuis le banc au match 7 décisif, en raison d’une blessure. Pourtant, pour l’ailier superstar, la manière dont cette campagne s’est terminée pesait peu face à l’essentiel : il était de retour. Il avait traversé les épreuves d’une longue convalescence après une blessure grave et en était ressorti plus fort. La défaite en playoffs a fait mal, mais c’est la perspective à long terme qui primait.
Brad Stevens et la direction des Celtics partageaient manifestement cette vision. Deux mois après avoir vu leur avance s’envoler, ils ont décidé de tout miser sur Tatum.
Drafté par une équipe déjà en mesure de jouer les titres, Tatum a vu sa carrière évaluée jusqu’ici à l’aune de celle de ses coéquipiers. Son excellence a rarement été remise en question. Les critiques se sont plutôt interrogés sur son incapacité supposée à faire davantage avec autant de talent autour de lui. Une critique largement injuste, certes, mais qui n’était pas non plus totalement dénuée de fondement. Au cours de presque chacune de ses saisons en NBA, Tatum a pu compter sur des coéquipiers confirmés pour prendre le relais lors de ses soirées difficiles. Les victoires comme les défaites ne reposaient donc pas entièrement sur ses épaules à chaque match. Il bénéficiait d’une marge d’erreur dont toutes les stars ne disposent pas, un avantage que ses détracteurs brandissaient contre lui lorsque son équipe échouait.
Ce n’est désormais plus le cas. En juillet, les Celtics ont échangé Jaylen Brown, le coéquipier de toujours de Tatum. La décision de la direction repose sur la volonté de se donner davantage de possibilités pour l’avenir. Parallèlement, plusieurs analyses statistiques avancées ont mis en avant le rôle du système de jeu de Boston dans les succès de l’équipe, suggérant que sa force collective ne reposait pas uniquement sur Brown.
Ce qui n’a pas été dit explicitement, mais qui apparaissait comme une évidence ; c’est qu’il s’agissait bel et bien d’un pari sur Tatum.
Jamais encore nous n’avons vu un effectif construit exclusivement autour du talent d’une seule superstar. Les Celtics non plus. Ils ont pourtant décidé que c’était la meilleure voie à suivre. Selon la direction, le modèle reposant sur deux stars, qui avait permis à Boston de décrocher son 18e titre, avait atteint ses limites. À 28 ans, Tatum se retrouve donc privé de ses béquilles. Les ambitions et les espoirs de titre reposent désormais entièrement sur ses épaules. Une responsabilité qu’il n’a encore jamais eu à assumer à ce degré.
Lorsqu’un athlète est ainsi propulsé dans le grand bain, sa capacité à tenir le choc en dit long sur lui. Tatum a déjà prouvé qu’il pouvait être le meilleur joueur d’une équipe championne. Il a également porté des équipes diminuées par les blessures et les départs, en les menant à de nombreuses victoires au cours de la saison régulière. Mais ce qui l’attend aujourd’hui est d’une tout autre nature. Cette fois, il devra incarner à lui seul le système de jeu. Chaque soir, il sera en première ligne, sans pouvoir compter sur le même filet de sécurité. Soyons clairs : le reste de l’effectif n’est pas dénué de talent. Il est néanmoins loin d’offrir la profondeur et la richesse de rotation dont Tatum a bénéficié ces dernières années.
Sa capacité à relever ce défi aura des conséquences considérables sur la suite de sa carrière. S’il parvient à hisser une nouvelle fois les Celtics jusqu’au titre cette saison, il pourrait franchir un cap majeur et donner une tout autre dimension à son héritage. Son palmarès est déjà remarquable pour un joueur de son âge, mais remporter de grands succès en tant que leader incontesté lui permettrait de gagner un respect au sein de la NBA que peu d’autres accomplissements peuvent procurer. À court terme, tant que Tatum restera en bonne santé, Boston continuera de figurer parmi les prétendants sérieux au titre.
En revanche, s’il ne parvient pas à répondre aux attentes, c’est toute la première moitié de sa carrière que nous pourrions être amenés à réévaluer. Tatum était-il finalement un excellent joueur collectif, qui a surtout profité d’avoir été drafté par une franchise bien gérée et déjà riche en talents ? A-t-il toujours eu besoin de Brown à ses côtés pour prendre le relais lorsque les choses se compliquaient ? Les Celtics ont-ils commis une erreur majeure en misant sur sa capacité à tirer toute une équipe vers le haut, alors que son véritable talent résiderait plutôt dans sa faculté à atteindre des sommets lorsqu’il est entouré de coéquipiers d’élite ?
La réponse ne se dessinera pas nécessairement au cours de la seule saison 2026-2027. Mais cette campagne constituera notre premier véritable aperçu de Tatum dans son nouveau rôle de leader. Et les premières impressions comptent. Elles pourraient bien donner le ton des meilleures années de sa carrière. Dans dix ans, nous repenserons peut-être à cette saison comme à celle qui aura fait basculer le regard porté sur Tatum, pour le meilleur ou pour le pire.
« Ce n’est pas simplement une question de savoir : “Est-ce que c’est mon équipe ?” », expliquait Tatum lors de la journée presse des Celtics, en septembre. « Je comprends les rôles que nous jouons tous au sein de cette équipe. Le rôle de chacun est différent. C’est ce qui fait de nous une équipe. »
Une déclaration digne d’un leader. Et, dans l’absolu, il a raison. Pourtant, à tous les égards, cette équipe est bel et bien celle de Tatum. Pour la première fois, il n’y a plus aucun doute à ce sujet. C’est à lui d’écrire la suite, de donner vie au deuxième acte d’une carrière déjà légendaire.
De quoi Jayson Tatum est-il réellement capable ? Nous allons bientôt le découvrir.