AS Monaco Basket : champion de France, le club joue sa survie administrative

Sacrée championne de France en juin au terme d’un quadruplé national inédit, l’AS Monaco Basket lutte désormais pour obtenir son engagement en Betclic Élite. Après les échecs successifs de plusieurs projets de reprise, dont celui impliquant Ronaldinho, l’avenir du club reste suspendu à l’avis du CNOSF.
l'AS Monaco a remporté trois des quatre derniers championnats de France.

À l’automne 2025, Monaco regardait encore tout le basket français de haut. La Roca Team présentait un budget prévisionnel de 38,7 millions d’euros, record absolu en Betclic Élite, avec une masse salariale dépassant les 20 millions. L’objectif était clair : rester maître en France, retourner au Final Four d’Euroligue et, si possible, enfin remporter cette coupe d’Europe qui fuit le basket français depuis le sacre du CSP Limoges en 1993.

Le club sortait alors d’une finale d’Euroligue perdue contre Fenerbahçe, en mai 2025, et voulait donner à Mike James, Élie Okobo, Alpha Diallo ou encore Vassilis Spanoulis les moyens d’un projet continental. Mais derrière l’équipe vitrine, le modèle reposait sur un équilibre fragile : dépenses très hautes, recettes structurelles limitées, salle Gaston-Médecin peu adaptée à une économie moderne du sport-spectacle, et dépendance majeure au financement de son actionnaire.

Une saison folle, puis la facture

Sur le terrain, Monaco a pourtant tout raflé. En juin 2026, la Roca Team a remporté le Championnat de France face au Paris Basketball, au terme d’un match 5 gagné à l’Adidas Arena, complétant un quadruplé national inédit : Supercoupe, Leaders Cup, Coupe de France et Betclic Élite.

Mais cette réussite sportive a été l’arbre qui cache la forêt de la crise interne. Salaires versés en retard, tensions avec certains cadres, dettes envers des agents, contentieux autour de la luxury tax, sanctions de la LNB : le club le plus puissant sportivement était devenu, administrativement, l’un des dossiers les plus sensibles du basket français.

La Principauté a dû intervenir par l’intermédiaire de la Société nationale de financement, qui a initialement avancé 16 millions d’euros au club. Cette aide d’urgence devait davantage permettre à Monaco de terminer la saison que lui garantir un avenir durable. Dès lors, le titre national n’a pas refermé la crise. Il l’a seulement rendue plus spectaculaire.

Les instances serrent l’étau

Le 3 juillet 2026, le Conseil supérieur de gestion de la FFBB a refusé l’engagement de Monaco pour la saison 2026-2027, faute de garanties suffisantes sur la viabilité économique du club. Cette décision a ensuite été confirmée, le 1er août, par la chambre d’appel de la Fédération. Le champion de France en titre se retrouvait ainsi menacé de ne repartir ni en Betclic Élite ni en Élite 2, un scénario presque inconcevable quelques semaines plus tôt.

Monaco a multiplié les recours et tenté de présenter un nouveau plan. La piste Jamal Mashburn, ancien All-Star NBA à la tête du fonds Helen Holdings, a un temps semblé offrir une sortie honorable. Elle devait permettre une reprise, un budget ramené autour de 10 à 12,5 millions d’euros et une rupture avec l’ère Aleksej Fedoricsev, propriétaire depuis 2022.

Mais le dossier a vacillé au moment décisif. Mashburn n’a pas apporté les garanties financières attendues, provoquant un nouveau report et un climat de défiance. Pour les instances, le problème n’était plus seulement de savoir si Monaco pouvait présenter un budget, mais si ce budget reposait sur des fonds disponibles, vérifiables et immédiatement mobilisables.

Le projet impliquant Ronaldinho rejeté

C’est dans ce contexte qu’est apparue la piste la plus inattendue : Ronaldinho. L’ancien Ballon d’Or brésilien, associé au fonds andorran Clayton Sport et à plusieurs intermédiaires, a été présenté comme le visage possible d’un plan de sauvetage. L’hypothèse avait tout d’un coup médiatique : une icône mondiale du football appelée au chevet d’un club de basket français en perdition financière.

Le projet, relayé autour de Benjamin Erisoglu et Romain Goiran, promettait de reprendre une part majoritaire du capital et d’apporter des garanties. Mais mardi 25 août, lors de la conciliation devant le CNOSF, ce scénario a été écarté par les dirigeants monégasques, selon L’Équipe. Le camp monégasque a présenté un autre plan, reposant sur un budget désormais ramené entre 6 et 7 millions d’euros, très loin des 38,7 millions affichés quelques mois plus tôt.

Monaco n’est plus en train de bâtir une armada européenne. Le club cherche d’abord à obtenir le droit d’exister dans le paysage professionnel du basket français.

Un modèle à reconstruire

L’avis du CNOSF, attendu d’ici au jeudi 27 août 2026, ne sera pas contraignant. S’il recommande la réintégration de Monaco, la FFBB pourra suivre cette proposition ou maintenir son refus d’engagement. Même dans l’hypothèse favorable, l’ASM devra reconstruire presque intégralement son effectif, rassurer ses partenaires, clarifier sa gouvernance et redéfinir ses ambitions.

Monaco a prouvé qu’un club français pouvait viser la finale d’Euroligue et dominer son championnat. Il doit désormais démontrer qu’il peut survivre sans fuite en avant budgétaire. Après avoir été la locomotive du basket français, la Roca Team en révèle aussi les limites : celles d’un modèle où les rêves européens coûtent plus vite qu’ils ne rapportent.

Le Rocher attend encore le verdict. Mais une chose est déjà acquise : le club au plus gros budget de l’histoire du basket français n’est plus jugé sur ses trophées. Il l’est sur ses garanties.

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