Pourquoi Remco Evenepoel est devenu l’arme ultime du contre-la-montre

Déjà vainqueur au sommet du plateau de Solaison dimanche, Remco Evenepoel a enchaîné avec un deuxième succès consécutif sur le Tour de France 2026 en remportant le contre-la-montre de la 16e étape. Si son retard sur Tadej Pogačar reste conséquent, le Belge, deuxième du classement général, semble atteindre son meilleur niveau au moment où débute la dernière semaine de course.
Remco Evenepoel (Belgique) lors de la 1re étape du Tour de France 2026, un contre-la-montre par équipes de 19,6 km disputé à Barcelone. Photo : Alberto Gardin

Sa facilité dans l’exercice n’était plus à prouver depuis plusieurs années, mais la performance de Remco Evenepoel lors du contre-la-montre individuel de la 16ᵉ étape du Tour de France 2026 confirme encore un peu plus son statut de référence absolue dans la discipline. Vainqueur pour la deuxième fois consécutive sur cette édition 2026, le Belge, triple champion du monde, double champion d’Europe et champion olympique en titre de la spécialité, a écrasé la concurrence, au point de faire paraître Tadej Pogačar comme un coureur presque ordinaire.

Désormais seul leader de la Red Bull-BORA-hansgrohe après l’abandon de l’Allemand Florian Lipowitz, victime d’une chute durant l’étape, Remco Evenepoel a repris 28 secondes au Slovène, réduisant légèrement son retard sur le maillot jaune au classement général – 4’32’’ à l’issue du contre-la-montre. Sur un parcours taillé pour ses qualités, le Belge a survolé les 26,1 kilomètres entre Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains en 32’19’’33, à la moyenne de 48,45 km/h, malgré l’ascension de la côte de Larringes, classée en 2ᵉ catégorie et présentant une pente moyenne de 4,8 % sur 9,5 kilomètres. Il s’agit de sa neuvième victoire de la saison sous les couleurs de la Red Bull-BORA-hansgrohe, qu’il a rejointe en janvier 2026.

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Remco Evenepoel (Belgique, Red Bull-Bora-Hansgrohe) lors de la 16e étape du Tour de France 2026 entre Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains, aux côtés de Bernard Thévenet, ancien double vainqueur du Tour de France en 1975 et 1977. Photo : Sirotti / Icon Sport

« Le modèle ultime de la goutte d’eau »

Si Remco Evenepoel est aujourd’hui considéré comme l’une des références absolues du contre-la-montre, c’est notamment parce que son corps et ses caractéristiques physiques sont particulièrement adaptés à cet exercice. Sa réussite repose toutefois aussi sur sa puissance, sa stabilité, son travail postural et l’optimisation minutieuse de son matériel.

En contre-la-montre, l’objectif est simple : rallier un point A à un point B le plus rapidement possible. Pour y parvenir, l’aérodynamisme du coureur et de sa machine est poussé à son paroxysme. Chaque année, de nouvelles formes de casques, parfois étonnantes, voient le jour avec la même promesse : faire gagner quelques secondes, voire quelques centièmes, aux coureurs. Chacun développe ainsi les solutions qui lui semblent les plus efficaces pour réduire au maximum la résistance de l’air.

Selon Romain Heinrich, 10e de l’épreuve de bob à deux aux Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026, la référence absolue reste « le modèle ultime de la goutte d’eau ». Comme en bobsleigh, l’enjeu principal est de faire corps avec sa machine.

« Il faut que l’athlète s’intègre dans son matériel. L’idéal est d’obtenir une forme arrondie à l’avant qui s’effile progressivement, comme une goutte d’eau soumise au vent. C’est naturellement la forme qui génère le moins de contraintes », souligne-t-il.

« Sa tête posée sur ses avant-bras crée un véritable verrou aérodynamique »

Dans le peloton du Tour de France 2026, Remco Evenepoel est sans doute celui qui se rapproche le plus de cette fameuse goutte d’eau. Son physique naturellement aérodynamique semble taillé pour le contre-la-montre : un buste court et compact, des épaules étroites, une importante rotation du bassin, des jambes fines – toutes proportions gardées pour un cycliste professionnel – ainsi qu’une remarquable stabilité sur le vélo.

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Remco Evenepoel (Belgique, Red Bull-BORA-hansgrohe) lors de la 16e étape du Tour de France 2026, un contre-la-montre individuel de 26 km entre Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains. Photo : David Pintens / Belga News Agency / Alamy Live News

Cette morphologie lui permet de transformer trois segments distincts — la tête, le torse et les bras — en une seule ligne fluide, rendant sa position presque parfaite.

« Là où le gain est aussi très important, c’est sur la position de sa tête, posée sur ses avant-bras, qui crée un véritable verrou aérodynamique, explique Gérémie Degeilh, spécialiste en biomécanique cycliste et en étude posturale. Cela évite à l’air de s’engouffrer dans le creux épaule-thorax. Aujourd’hui, c’est l’un des principaux axes de travail avec les coureurs, car il s’agit d’une zone de turbulence majeure où la traînée aérodynamique augmente fortement. » Des propos tenus dans les colonnes de L’Équipe au lendemain de la victoire du Belge.

L’orientation du regard joue également un rôle essentiel dans la performance. Les yeux de Remco Evenepoel sont dirigés vers la route à travers le faible espace laissé entre ses avant-bras. Cette position lui permet de conserver la tête très basse sans compromettre sa vision, tout en maintenant un alignement optimal entre son casque, son dos et sa roue arrière. L’ensemble contribue à limiter au maximum sa traînée aérodynamique, tandis que ses performances témoignent, année après année, de l’efficacité globale de sa position.

À l’approche du dénouement du Tour de France 2026, le Belge semble enfin retrouver son meilleur niveau après deux premières semaines plus discrètes. Si son retard sur le quadruple vainqueur du Tour – en 2020, 2021, 2024 et 2025 -, Tadej Pogačar, demeure conséquent, les 19e et 20e étapes, toutes deux marquées par une arrivée au sommet de l’Alpe d’Huez et plusieurs ascensions hors catégorie, lui offrent encore deux occasions de réduire l’écart. Mais avec 4’32’’ de retard, un renversement de situation paraît désormais difficilement envisageable sans défaillance du maillot jaune.

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