Sur le circuit ATP, où les titres français se comptent souvent sur les doigts d’une main au terme d’une saison, voir deux Bleus soulever un trophée à quelques heures d’intervalle tient presque de l’anomalie. Depuis le début de l’ère Open, ce scénario ne s’était produit qu’à quatre reprises avant le week-end dernier. Ce doublé présente même deux particularités inédites : pour la première fois, les deux vainqueurs ont ouvert leur palmarès ATP au cours du même week-end et se sont tous deux imposés sur terre battue.
2000, Golmard-Santoro, le premier doublé
Le premier doublé français de l’ère Open avait ouvert la saison 2000. Jérôme Golmard s’était imposé à Chennai, sur dur, en dominant l’Allemand Markus Hantschk en finale (6-3, 6-7, 6-3), pendant que Fabrice Santoro remportait le tournoi de Doha contre Rainer Schüttler, contraint à l’abandon dans le troisième set (3-6, 7-5, 3-0 ab.). Cette année-là marquait l’introduction de la « Race » : le temps de quelques jours, deux Français s’étaient retrouvés tout en haut du classement de la saison en cours. Golmard, gaucher puissant et parfois irrégulier, signait alors le deuxième titre de sa carrière. Santoro, lui, ajoutait un troisième trophée à son palmarès grâce à ce jeu atypique qui lui permettait de désorganiser ses adversaires.
2007, Santoro-Mathieu, symbole de la diversité du tennis français
Sept ans plus tard, Fabrice Santoro, alors âgé de 34 ans, était encore là. À Newport, sur gazon, le « Magicien » battait Nicolas Mahut dans une finale 100 % française (6-4, 6-4). Au même moment, Paul-Henri Mathieu remportait ce qui allait être le dernier titre de sa carrière sur la terre battue de Gstaad, face à Andreas Seppi (6-7, 6-4, 7-5), après avoir notamment écarté Gaël Monfils et Radek Stepanek. Les voir gagner la même semaine sur deux surfaces opposées en disait long sur la polyvalence des joueurs français de l’époque.
2018, Simon-Monfils, la relance des anciens
En janvier 2018, le doublé avait pris la forme d’une résurrection. Gilles Simon, tombé au-delà du top 80 après une saison 2017 pénible, lançait son année à Pune en battant Kevin Anderson, récent finaliste de l’US Open, 7-6, 6-2. Quelques heures plus tard, Gaël Monfils remportait le tournoi de Doha contre Andrey Rublev (6-2, 6-3), après avoir longtemps tourné autour du trophée au Qatar. Ce troisième doublé était celui de deux représentants des « nouveaux Mousquetaires », cette génération composée de Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Gilles Simon et Gaël Monfils, dont on avait longtemps attendu un sacre en Grand Chelem. Lors de cette semaine, le Niçois avait retrouvé son jeu de patience, de lecture et d’usure ; Monfils, lui, rappelait que son imprévisibilité constituait sa plus grande force.
2023, Humbert-Mannarino, une fin de saison en bleu
Le quatrième doublé est arrivé en novembre 2023, en toute fin de saison. Ugo Humbert gagnait chez lui, à Metz, contre Alexander Shevchenko (6-3, 6-3), tandis qu’Adrian Mannarino s’imposait à Sofia face à Jack Draper (7-6, 2-6, 6-3). Humbert confirmait alors son retour vers le haut niveau, porté par un tennis plus offensif et par l’énergie d’un titre à domicile. Mannarino, à 35 ans, bouclait la meilleure saison de sa carrière avec un troisième titre en 2023. Entre le gaucher messin et le faux lent génial de Soisy, ce doublé était symbolique. Le tennis français n’avait plus de tête d’affiche, mais il n’en avait pas besoin.
2026, Halys-Van Assche, deux premières fois à la fois
Avec Quentin Halys à Kitzbühel et Luca Van Assche à Estoril, ce cinquième doublé tricolore ajoute une dimension inédite : les deux Français ont ouvert leur compteur ATP le même week-end, tous deux sur terre battue. Halys, 29 ans, a battu Alexander Bublik en finale (6-4, 7-6) pour enfin décrocher le premier titre de sa carrière, quatorze ans après ses débuts sur le circuit professionnel.
Van Assche, 22 ans, a dominé Alexander Blockx au terme d’un combat en trois sets (6-4, 4-6, 7-5), après avoir notamment écarté Andrey Rublev en quarts de finale. Ce titre prolonge sa spectaculaire remontée : 238ᵉ mondial neuf mois plus tôt, le Français occupe désormais la 48ᵉ place du classement ATP, le meilleur rang de sa carrière.